La FIQ s'invite sur la colline parlementaire

Plus de 500 infirmières ont afflué sur la colline parlementaire jeudi en fin d’avant-midi pour barrer la route aux voitures de fonction des ministres. 
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Plus de 500 infirmières ont afflué sur la colline parlementaire jeudi en fin d’avant-midi pour barrer la route aux voitures de fonction des ministres. 

Les promesses du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, — mêlé « activement » aux négociations de la prochaine convention collective des infirmières — se sont souvent butées à un obstacle de taille au fil des trois dernières semaines : les négociateurs de l’État.

« Les bottines des fonctionnaires ne suivent pas toujours les babines du ministre », souligne un témoin des négociations au Devoir. M. Barrette s’affaire à « récupérer les gaffes » des commis de l’État, poursuit-il.

Après avoir subi une « volée d’insultes », la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) a claqué la porte la semaine dernière de la table de négociation sectorielle, estimant avoir été « emberlificotée » par le gouvernement libéral. La présidente de l’organisation syndicale, Régine Laurent, a reproché publiquement à M. Barrette d’avoir « fait plein de promesses », mais de n’avoir « rien livré » par la suite.

Cela dit, « les discussions sont bonnes avec lui. D’ailleurs, il n’est pas content de la job qui a été faite » lors du dépôt des nouvelles offres des négociateurs du ministère de la Santé le mardi 22 septembre, dit-on à micro fermé.

Les délégués des 66 000 membres de la FIQ — des infirmières, des infirmières auxiliaires, des inhalothérapeutes et des perfusionnistes — discutent en conseil fédéral jeudi et vendredi du retrait de leur exécutif de la table des négociations, en plus de discuter du « plan d’action » pour les semaines à venir. « Il n’y a rien qui est exclu », a précisé Mme Laurent, disant attendre de « nouvelles offres » du gouvernement libéral avant d’acquiescer à une reprise des négociations.

De son côté, le ministre Gaétan Barrette s’est refusé à « interférer » jeudi avant-midi avec les affaires internes de la FIQ. « Il faut toujours être optimistes. Il y arrive un moment dans une négociation où les personnes qui sont au sommet de leur organisation respective doivent se parler. On est à ce moment-là », a-t-il laissé tomber.

À ses yeux, les infirmières ont formulé des « revendications qui à de nombreux égards sont légitimes ». Le président du Conseil du trésor est-il votre allié ? lui a demandé un journaliste. « Vous lui poserez la question », s’est contenté de répondre M. Barrette.

« Temps supplémentaire obligatoire »

Un demi-millier d’infirmières ont afflué sur la colline parlementaire, en marge de leur conseil fédéral jeudi en fin d’avant-midi, pour barrer la route aux voitures de fonction des ministres. « Vous allez savoir c’est quoi, faire du temps supplémentaire obligatoire », a déclaré la présidente de la FIQ, Régine Laurent, quelques minutes après son arrivée.

Vêtus d’un sarrau blanc, les délégués du syndicat se sont agglutinés pendant 45 minutes à différents endroits derrière l’Hôtel du Parlement, empêchant le départ des ministres après la période des questions et des réponses orales. Ceux-ci ont été confinés à leurs bureaux de l’Assemblée nationale.

Une vingtaine d’infirmières ont été impliquées dans un accrochage avec des agents de sécurité, qui tenaient mordicus à ouvrir un passage à un véhicule officiel. « On ne veut pas blesser. On veut soigner », a lancé une infirmière aux policiers s’affairant à briser la chaîne humaine à laquelle elle participait. « On n’est pas des médecins. Ils peuvent nous écraser », a ajouté un de ses confrères. Mme Laurent a alors accourue pour s’interposer entre les agents de sécurité et les protestataires. « Ils sont en train de foncer sur le monde ! » s’est indignée la chef syndicale. « On peut-tu se calmer ! On peut-tu se calmer ! » a-t-elle répété, priant du même souffle un policier de « ne pas [la] toucher ».

La présidente de la FIQ a par la suite défendu le caractère improvisé et « pacifique » du coup d’éclat des infirmières ; des personnes « toujours polies et respectueuses ». « Ralentir une sortie de voiture, on s’entend qu’il y a bien pire que ça dans la vie », a-t-elle fait valoir.

Les infirmières militent notamment pour l’abandon du « temps supplémentaire obligatoire » de 8 heures, mais pour le maintien des primes majorées de soir et de nuit, ainsi que pour les soins critiques. « Chaque fois qu’on négocie, ce n’est jamais notre tour. Un moment donné, il va falloir que ce soit notre tour », a conclu Mme Laurent.

1 commentaire
  • Colette Pagé - Inscrite 2 octobre 2015 12 h 17

    Les infirmières : ces laissés pour compte !

    Les infirmières ces laissés pour compte ! Après avoir pigé effrontément dans le plat de bonbons en s'appuyant sur l'argumentaire que les médecins spécialistes avaient un traitement inférieur à la moyenne canadienne, les ministres de la santé, médecins successifs, ont accepté leur demande en sachant très bien qu'une fois retourné à la pratique ils pourraient en profiter. Aujourd'hui alors que les infirmières ont recours au même argument, l'ont qualifie leur demande de déraisonnable.