Québec adopte une motion contre l’islamophobie

« Il faut appeler un chat, un chat », a insisté Françoise David, qui s’est indignée de l’agression subie par une femme voilée, mardi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Il faut appeler un chat, un chat », a insisté Françoise David, qui s’est indignée de l’agression subie par une femme voilée, mardi à Montréal.

L’Assemblée nationale a adopté une motion pour dénoncer les manifestations d’islamophobie et de racisme qui ont cours sur les réseaux sociaux. Mais si les parlementaires ont voté à l’unanimité pour cette motion, elle n’est pas passée comme lettre à la poste.

Présentée à l’initiative de la députée de Québec solidaire Françoise David et conjointement avec la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, et de la députée indépendante et ex-caquiste, Sylvie Roy, la motion se lit comme suit :

« Que l’Assemblée nationale réitère que le Québec a toujours été une terre d’accueil pour les personnes réfugiées venant y chercher un avenir, la paix et la sécurité ; »

« Que l’Assemblée nationale prenne acte des nombreuses déclarations inappropriées faites à l’encontre des réfugiés syriens ; »

« Qu’elle s’inquiète de l’augmentation des vidéos et déclarations à caractère islamophobe et raciste qui fusent sur les réseaux sociaux ; »

« Que l’Assemblée nationale affirme que les Québécoises et les Québécois de confession musulmane sont des citoyens à part entière et que cette Assemblée condamne sans réserve les appels à la haine et à la violence contre tous les citoyens du Québec. »

Tant le Parti libéral du Québec que le Parti québécois ont voulu chipoter et convaincre Françoise David de modifier sa motion pour que son libellé ne fasse plus précisément mention du caractère « islamophobe » des déclarations et vidéos en cause. Ils souhaitaient que la motion s’étendît aux propos discriminatoires envers les Québécois de toute croyance ou origine.

Mais la députée de QS a refusé. « De la même façon qu’à d’autres moments, cette Chambre a condamné, par exemple, des gestes antisémites, de la même façon nous devons être capables, dans cette Chambre, de condamner des paroles ou des gestes islamophobes », a-t-elle déclaré lors du débat sur la motion.

Le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’immigration et de communautés culturelles, Maka Kotto, a signifié son « étonnement » devant le fait que la motion ne fasse pas mention du « niqab qui avait motivé hier [mercredi], à travers les médias, les sorties de ma collègue de Gouin ». Il a dit espérer que ce ne soit pas là « une tactique pour aider un parti, en l’occurrence orange, au Québec, embourbé dans cette question de valeurs entourant le port ou non du niqab au Québec ».

La porte-parole en matière d’immigration de la Coalition avenir Québec, Natalie Roy, jugeait, pour sa part, que le terme « islamophobe » devait être biffé parce qu’il a plusieurs significations, dont la simple peur de l’islam. L’Assemblée nationale aurait dû non seulement défendre les opprimés mais aussi dénoncer les oppresseurs et l’islamisme radical, a avancé la députée.

« Il faut appeler un chat, un chat », a insisté Françoise David, qui s’est indignée de l’agression subie par une femme voilée, mardi à Montréal. La question du port du niqab, qui a surgi durant la campagne électorale, est « un débat qui n’en finit plus », a-t-elle déploré.

« On a commencé à avoir un débat sur le niqab, débat où les femmes sont complètement instrumentalisées, par le chef du Parti conservateur à Ottawa, a accusé l’élue solidaire. Et qu’est-ce qu’on a commencé à voir ? Une remontée de l’intolérance, une remontée de discours xénophobes, racistes, à caractère haineux à certains moments, contre la communauté musulmane et même des commentaires inappropriés vis-à-vis l’arrivée, dans certaines régions, de plus ou moins nombreux réfugiés syriens. »

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