J. Michel Doyon entend garder une «distance nécessaire» de l’arène politique

Le nouveau lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, en compagnie du premier ministre Philippe Couillard, jeudi à Québec
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le nouveau lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, en compagnie du premier ministre Philippe Couillard, jeudi à Québec

Même s’il a été imposé par Ottawa, le 29e lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon, entend s’ériger en gardien de la démocratie.

« Nous avons la chance de vivre tous que nous sommes au sein d’un régime démocratique. La démocratie, source de liberté et d’État de droit, est toutefois un régime politique bien fragile », a-t-il déclaré après avoir prêté un serment d’office et un serment d’allégeance à la reine Elizabeth II jeudi après-midi.

Après les salutations d’usage, le nouveau représentant de la reine du Canada a signifié devant un parterre de dignitaires que le « non-respect », l’« abus » et le « désintéressement » constituaient une menace à la démocratie. « Les jeunes se montrent de plus en plus désintéressés quant aux institutions démocratiques », a noté l’avocat-historien.

Le vice-roi a par la suite appelé ses sujets à « respecter » et à « défendre » les institutions politiques québécoises, y compris celle de lieutenant-gouverneur, « à défaut de quoi ces valeurs de liberté, si chèrement acquises au cours siècles, pourraient ne devenir que de lointains souvenirs ». « La fonction de lieutenant-gouverneur […], partie constituante de notre régime parlementaire, représente l’une de ces institutions garantes de nos libertés individuelles et collectives », a-t-il soutenu 800 ans bien tassés après la signature de la Grande Charte (Magna Carta) par Jean sans Terre. « En limitant l’arbitraire, il marquait le début d’une évolution vers la démocratie. »

À l’écart de la joute politique

J. Michel Doyon entend garder une « distance nécessaire » de l’arène politique tout au long de son mandat, ce qui ne l’empêchera toutefois pas de « se montrer généreux de sa personne » auprès de la population québécoise. « Le rôle politique discret du lieutenant-gouverneur, au sein du régime constitutionnel, ne signifie pas pour autant qu’il doive se désintéresser de la communauté à laquelle il appartient. Bien au contraire, il ne saurait être une créature désincarnée », a-t-il soutenu.

Le Parti québécois, qui a boycotté la cérémonie de 45 minutes, avait prié en début de journée le 29e lieutenant-gouverneur de garder profil bas en « se limit[ant] à la tâche constitutionnelle qu’est la sienne, c’est-à-dire d’ouvrir, fermer une législature [et] de sanctionner les lois ». « That’s it, that’s all », alancé le député de Verchères, Stéphane Bergeron.

Le Bureau du lieutenant-gouverneur, actuellement doté d’un budget de fonctionnement de quelque 750 000 $, doit aussi faire les frais de l’« austérité », selon lui. « Le gouvernement libéral dit : “Non, nous, on va maintenir le budget du lieutenant-gouverneur.” Ça fait que des petites réceptions, des petits fours, puis des diplômes et des médailles, il va pouvoir continuer à en distribuer, puis à faire ses petits partys », a-t-il déploré.

Le PQ milite en faveur de l’abolition « purement et simplement » du lieutenant-gouverneur. D’ici là, il réclame que le gouvernement fédéral nomme la personnalité « désignée démocratiquement » par l’Assemblée nationale.

Le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s’est aussi plaint jeudi du processus de sélection du 29e lieutenant-gouverneur du Québec. À ses yeux, le premier ministre fédéral, Stephen Harper, a fait entorse aux principes de « relation ouverte et respectueuse » entre Ottawa et Québec en n’ayant pas eu le « réflexe » de consulter son homologue québécois, Philippe Couillard, avant de couronner M. Doyon. « Il me semble que c’est élémentaire de pouvoir entrer dans une saine discussion [avant de procéder à une telle nomination] », a-t-il affirmé.

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