Le nouveau lieutenant-gouverneur du Québec, un militant conservateur de longue date

Celui qui sera élevé ce jeudi à la dignité de vice-roi, J. Michel Doyon (à gauche) pose avec le gouverneur général du Canada, Daniel Johnston, le 21 juillet dernier.
Photo: La Presse canadienne/HO-Twitter@GGDavidJohnston Celui qui sera élevé ce jeudi à la dignité de vice-roi, J. Michel Doyon (à gauche) pose avec le gouverneur général du Canada, Daniel Johnston, le 21 juillet dernier.

Le 29e lieutenant-gouverneur du Québec (LG), J. Michel Doyon, a une vaste connaissance des rouages de la politique. L’avocat-historien a fait ses armes dans les années 1970 et 1980 au Parti progressiste-conservateur, formation politique pour laquelle il a même consacré sa thèse de doctorat en histoire.

« J’ai en effet oeuvré, depuis nombre d’années, dans toutes les sphères d’activité du Parti progressiste-conservateur. J’y ai travaillé à tous les échelons, détenant le rôle de simple militant jusqu’à celui d’organisateur », souligne-t-il dans sa thèse intitulée Opération survie : le Parti conservateur à la recherche d’une nouvelle identité [1942-1948], qui a été publiée en 1978. Ce projet de recherche « est né du besoin de faire le point sur notre militantisme politique », explique-t-il.

M. Doyon décrit le Parti conservateur des années 1942-1948 — une période de « grandes mutations » au Canada — comme « un parti arriéré dont l’idéologie nourrit ses racines dans une époque dépassée ». Les conservateurs, relégués dans l’opposition lors de la défaite électorale de Richard Bedford Bennett en 1935, ont démontré leur incapacité à lire les « aspirations profondes des Canadiens » ainsi qu’à « réunir les deux solitudes ».

Une poignée de personnes influencées par des « idéologues » gardaient la mainmise sur le parti politique, fait aussi remarquer le jeune universitaire. « Ce ne sont pas les militants qui font le programme, malgré les assemblées annuelles […] en réalité, ils ne décident rien et ne sont que des acteurs qui ne jouent qu’un rôle secondaire, celui de simples figurants », indique-t-il.

Par ailleurs, l’avocat-historien met en garde dans sa thèse les partis politiques contre les dangers de l’« idéologie ». « L’idéologie devient une arme dangereuse au fur et à mesure que la cote de popularité du parti augmente », écrit-il tout en précisant que « ce n’est certainement pas à cause de sa seule force intellectuelle qu’un idéologue peut maintenir son influence au sein d’un parti politique ».

J. Michel Doyon a prêté main-forte aux chefs conservateurs Robert Stanfield et Joe Clark. Il a aussi donné un coup de main à Brian Mulroney. L’homme peu connu du grand public a par la suite pris ses distances de l’univers politique, faisant carrière en droit commercial. Passionné d’histoire, il a été fellow de la Société napoléonienne internationale (1997) et a même pris la barre de la Société historique de Québec (1998-1999). En juillet dernier, le « conseiller de la Reine » a été désigné 29e LG du Québec par le premier ministre conservateur Stephen Harper. Celui-ci n’avait pas préalablement consulté son homologue québécois.

« Institution archaïque »

Les élus de l’Assemblée nationale n’afflueront pas en grand nombre ce jeudi après-midi dans la salle du Conseil législatif où l’avocat-historien sera élevé à la dignité de lieutenant-gouverneur du Québec.

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire boycotteront l’événement mi-royal. Ils dépêcheront tout au plus un représentant. Selon eux, le représentant de la reine Elizabeth II doit passer à la trappe.

« Nous n’y sommes jamais allés et n’y serons pas [jeudi]. C’est peut-être une personne très sympathique, mais les représentants de la reine, ce n’est pas pour nous », a déclaré le député solidaire Amir Khadir.

Le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, y voit une « institution archaïque » dont le budget de fonctionnement — 750 000 $ — devrait plutôt être alloué « au service des citoyens » comme la « lutte contre le décrochage scolaire ».

« Pas un partisan de la monarchie, au contraire », le chef de la CAQ, François Legault, se montre aussi favorable à l’abolition du poste de LG, plaidant que « tous les députés de la CAQ aimeraient, souhaiteraient, remplacer cette institution archaïque ». « Maintenant, il faut trouver une solution, puis ce n’est pas simple », a-t-il soutenu.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, déplore l’absence des élus d’opposition à la cérémonie de prestation de serment de M. Doyon. Il y voit un pied de nez à l’« institution » du LG.

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