Les compressions touchent de plus en plus les services, juge la protectrice du citoyen

Les compressions budgétaires dans les services gouvernementaux ont « de plus en plus d’impact » sur les personnes les plus vulnérables de la société, déplore la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain.

Clairement, certains choix gouvernementaux « se font au détriment des citoyens », a dénoncé la protectrice, jeudi, en déposant à l’Assemblée nationale son rapport annuel, qui contient comme chaque année un chapelet d’histoires d’horreur, particulièrement en lien avec le réseau de la santé.

En conférence de presse, elle a dit ne pas remettre en cause le choix du gouvernement Couillard d’imposer des compressions budgétaires dans les services pour équilibrer les finances publiques. Mais elle se dit persuadée que ces coupes ont « un impact, quand les choix [de compressions] ne sont pas les bons ».

« C’est ce que je constate et que je dénonce », a dit Mme Saint-Germain.

Laxisme et délais en santé

Parmi les citoyens vulnérables les plus touchés, elle nomme les personnes éprouvant des problèmes de santé mentale. Car Québec se traîne les pieds en santé mentale, conclut le rapport du Protecteur du citoyen.

L’organisme reproche au ministère de la Santé et des Services sociaux de ne pas faire de cet enjeu une priorité, de sous-financer ce secteur et de retarder la publication d’un plan d’action attendu depuis longtemps. Le dernier date de 2010 et « il n’avait pas atteint ses cibles ».

Il pointe du doigt le laxisme du ministère dans la livraison de services et l’application des lois en santé mentale, malgré des rappels à l’ordre faits dans le passé et le fait que les besoins sont criants.

Plus précisément, on déplore de nombreuses dérives dans l’application de la loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui.

Même constat pour l’absence de progrès en ce qui touche les services rendus disponibles aux détenus à la santé mentale vacillante, un enjeu important de sécurité publique pourtant négligé, selon Mme Saint-Germain.

Elle exhorte, de plus, le ministère à réduire les trop longs délais d’attente avant de prendre en charge les patients lorsqu’il est question de santé mentale.

« Il y a des personnes qui ont besoin de soins, de services en temps opportun, qui ne les ont pas présentement à la hauteur qui est souhaitable », conclut-elle, après avoir examiné quantité de plaintes.

Dans son rapport, le Protecteur relate notamment le cas d’un citoyen ayant porté plainte à propos d’un proche aux idées suicidaires. Après avoir reçu son congé de l’hôpital, cette personne a été mise sur une liste d’attente d’une clinique externe en santé mentale. Le délai d’attente était de six semaines. Entretemps, la personne avait mis fin à ses jours, sans avoir été vue.

Soins palliatifs inégaux

Dans le même esprit, le Protecteur du citoyen déplore les grandes variations dans la disponibilité et la qualité des services offerts en soins palliatifs de fin de vie.

La protectrice se désole de plus en voyant la réduction des services de soutien à domicile, pour les personnes âgées ou handicapées, qui doivent composer « avec des services moindres, des services qui ne sont pas à la hauteur qui est souhaitée et qui est nécessaire ».

Les personnes âgées vivant dans les Centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) demeurent elles aussi parmi les plus vulnérables et les plus affectées par les réductions de services. Par exemple, certains CHSLD ont diminué les mesures d’hygiène, alors qu’ils devaient les accroître. Un cas parmi d’autres : une dame vivant en CHSLD n’ayant pas pris un bain depuis neuf mois, faute d’équipement adapté.

Toujours en santé, de nombreuses plaintes portées à l’attention de l’organisme portaient sur la facturation de services de santé qui devraient être normalement gratuits.

En santé, les lacunes quant à la qualité des services sont en hausse, écrit le Protecteur. Dans ce secteur, on constate cette année une hausse de 21,4 % de plaintes fondées et une hausse de 64,9 % des signalements fondés.

Barrette se fait rassurant

Questionné en Chambre, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, s’est fait rassurant, en promettant que « des actions seront posées prochainement », dans le sens des recommandations du Protecteur.

La porte-parole péquiste en santé, la députée Diane Lamarre, a relevé qu’en santé mentale « les problèmes d’accessibilité, pour des personnes dont les besoins sont pressants, engendrent des coûts psychologiques et sociaux ».

De son côté, le porte-parole caquiste en santé, le député François Paradis, a dénoncé en point de presse « le manque flagrant de ressources » dans le réseau de la santé.

Il a déploré le fait que la ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau, n’avait pas dit un mot à la suite de la publication du rapport.

« Où est la ministre des Aînés qui se lève au conseil des ministres pour demander haut et fort qu’on protège nos aînés ? », a-t-il demandé, estomaqué d’apprendre que certains pensionnaires des CHSLD n’avaient même pas accès à une baignoire pour leur hygiène personnelle.

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5 commentaires
  • - Inscrit 17 septembre 2015 16 h 28

    PLQ et CAQ : mêmes bêtises et quel gâchis pour la société !

    Plus la politique régressive des libéraux aura des répercussions concrètes auprès des secteurs de la société qui seront affectées (c'est-è-dire presque tous), plus il apparaitra que cette politique néo-libérale est un phantasme idéologique déconnecté de la réalité.

    J'espère que l'opposition du PQ et de QS sauront montrer l'avanie d'une telle bêtise et mettre dans le même sac la CAQ (l'inspiratrice) et le PLQ (l'élève), deux partis irresponsables qui font reculer le Québec de près de soixante ans.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 17 septembre 2015 16 h 34

    c'est certain!

    Et c'était ça le but, détruire l'état!

  • Donald Bordeleau - Abonné 17 septembre 2015 21 h 04

    École un investissement payant

    Madame Raymonde Saint-Germain a particulièrement pour l'éducation.

    Lorsqu'un enseignant ouvre un plan d'intervention pour un élève en difficulté, il ne reçoit pas une prime » comme pour un médecin prenant en charge un nouveau patient.

    Le gouvernement coupe dans les ressources les plus essentiels pour les plans d’intervention en psychoéducation, vraisemblablement de l’orthophonie, de la psychologie et de l’ergothérapie.

    Ses ressources coûtent au privé plus de 80$ / heure pour les familles à faible revenu.

    Les mesures d’austérité du gouvernement prives 10% des enfants des mesures d’intervention pour corriger en quelques rencontres des problèmes de Dysphasie , de dyslexie et autres problématiques d’apprentissage. Il faut intervenir dès la maternelle pour le dépistage afin d’établir un diagnostic pour établir un plan d’intervention de quelques mois qui feront toute la différence dans l’AVENIR DE L’ENFANT.

    Les parents ne sont pas des spécialistes des troubles d’apprentissage de leur enfant.
    Pour les directions d’écoles, ce n’est pas un problème qu’ils connaissent. Il y a encore beaucoup d’ignorance. Avoir un diagnostic, c’est très important pour l’enfant, car les parents peuvent alors se renseigner.
    Au Québec, il n’existe pas de programme de dépistage de la dyslexie et des troubles d’apprentissage dans le réseau scolaire. Mais il est urgent d’agir pour les 50,000 enfants ayant des problématiques d’apprentissage. Un enfant sur dix peut présenter des troubles d’apprentissage.
    Que voila une noble indignation...que ne pourront lire les 800.000 analphabètes et les 45 % de la population en situation d'illettrisme fonctionnel...
    http://www.ledevoir.com/societe/education/449099/l

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 septembre 2015 23 h 56

    POURSUIVRE MASSIVEMENT LE GOUVERNEMENT

    J'émets le souhait que

    -les directions de protection de la jeunesse,
    -la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse,
    -l'OPHQ,
    -tous les protecteurs de élèves,
    -toutes les directions des établissements scolaires,
    -tous,

    poursuivent
    -le gouvernement,
    -le premier ministre Couillard,
    -le ministre Blais de l'Éducation
    -et le ministre Barrette de la Santé et des Services sociaux

    en raison des articles 38 et 39 de la Loi de protection de la jeunesse : négligence et compromission du développement des écoliers de la province en situation de vulnérabilité scolaire, faute des évaluations et des services requis.

    Il est évident que l'enquête de la vérificatrice générale expose clairement les réalités qu'imposent les coupes décrétés par ce gouvernement, réalités que décrivent depuis longtemps les enseignantes et enseignants.

    Il est impératif que les tribunaux soient saisis des méfaits du gouvernement libéral commis au nom de l'austérité.
    Des milliers d'écoliers sont concernés.
    Nous le sommes toutes et tous.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 septembre 2015 09 h 48

    Solution !

    La solution du gouvernement aux dépenses grandissantes : Fermer le service à la clientelle.