Québec abandonne l’idée des fusions

Considérées comme inévitables il y a un an à peine, les fusions de commissions scolaires au Québec sont désormais écartées par le gouvernement Couillard. « Il n’y aura pas de redessinage de la carte des commissions scolaires », a tranché le ministre de l’Éducation, François Blais, mercredi.

M. Blais ne partage pas l’avis de son prédécesseur, Yves Bolduc, selon lequel une réduction du nombre des commissions scolaires de 72 à 46 se traduirait par des économies de dizaines de millions de dollars. « Mon prédécesseur a estimé qu’il y avait peut-être des économies à faire, mais il n’y en a pas dans un processus forcé de diminution rapide », a-t-il fait valoir, rappelant que les fusions de commissions scolaires (156 à 72) commandées par le gouvernement Bouchard en 1998 avaient entraîné des dépenses de 70 millions, plutôt que des économies de 100 millions. « Ça a apporté d’autres avantages, mais ça n’a certainement pas apporté d’économies », a-t-il dit.

Tandis que les fédérations des commissions scolaires, francophones et anglophones, exprimaient leur soulagement, le député péquiste Alexandre Cloutier a dénoncé une manoeuvre de « diversion » du gouvernement. Selon lui, M. Blais cherche à jeter une ombre sur les coupes dans les services offerts aux élèves au moyen d’un nouveau « débat de structures ». « On coupe des postes d’orthophonistes, d’orthopédagogues, de psychoéducateurs, de techniciens spécialisés… C’est du vrai monde ! » a-t-il fait valoir.

Abolition des élections

M. Blais demeure toutefois ferme dans sa volonté d’abolir les élections scolaires au suffrage universel des commissaires scolaires francophones et anglophones. « Nous dénicherons une autre façon de trouver des gens ayant à coeur les intérêts des élèves et des écoles. » Il déposera prochainement un projet de loi afin de renforcer l’« autonomie de l’école » pour que « les commissions scolaires ne soient pas là pour organiser les services des écoles, mais plutôt pour les soutenir dans leurs projets scolaires ».

Le comité piloté par l’ex-députée fédérale Marlene Jennings, qui s’est penché sur l’avenir de la gouvernance scolaire à la demande de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec et du Quebec Community Groups Network, a plaidé mercredi pour le maintien des élections et des commissions actuelles, tout en proposant des mesures pour améliorer la démocratie scolaire. Ces groupes se disent déterminés à se tourner vers les tribunaux si Québec va de l’avant avec l’abolition du scrutin, estimant qu’il s’agirait là d’une violation de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège l’éducation dans la langue de la minorité. « Ils ont des arguments juridiques sérieux », est d’avis M. Cloutier.

Le gouvernement libéral n’abdiquera pas sa « responsabilité de protéger les droits de la minorité anglophone », a réagi M. Blais, reprochant du même souffle au « rapport Jennings » de s’en être tenu à relayer la « position » des commissions scolaires.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 16 septembre 2015 12 h 47

    Il parle

    Monsieur le ministre Blais ne dit pas ce qu'il pense et pense pas ce qu'il dit.

  • Robert Beauchamp - Abonné 16 septembre 2015 13 h 38

    chichi et les amis

    Tout ce chichi pour revenir à la case départ. Mais tout n'est pas perdu, au lieu des élections le ministre va «nommer». Comme en santé

  • Claude Girard - Abonné 16 septembre 2015 17 h 11

    Rappel

    En 1998, le Québec a converti les commissions scolaires confessionnelles en commissions scolaires linguistiques. La délimitation de ces nouvelles commissions scolaires tenait compte des MRC avec l’idée de stabiliser la taxe scolaire. La proposition de monsieur Bolduc s’appuyait sur des économies en fusionnant ces entités, ce qui n’était pas convainquant. Attendons la suite qui se voudrait la mise en place d’une nouvelle gouvernance ; question de savoir s’il appartiendra aux conseils d’établissement de décider de l’organisation du transport scolaire ou de la réfection des toitures et autres préoccupations du genre...

  • Jacques Boulanger - Inscrit 17 septembre 2015 07 h 16

    Les Anglos au pouvoir

    Pour un parti voué aux anglos, le recul était prévisible. Le gouvernement a cédé aux pressions des milieux anglophones dont il est tributaire pour son maintien au pouvoir. Et les Québécois dans tout ça ? Le paisible troupeau bêlant dans le pré sous la férule de son maître de toujours.

    • - Inscrit 17 septembre 2015 17 h 16

      Je pense que cegouvernement est plutôt tributaire du "troupeau bêlant" pour se maintenir au pouvoir... Pourtant il faudrait tellement peu pour que ce troupeau, un jour, se réveille ! Ce "si peu" c'est que les partis d'opposition tiennent un discours cohérent montrant la vraie nature de ce parti et de ce gouvernement colonisé.