Tourisme Québec à l’heure des coupes

Québec a l’intention de confier tout le volet promotion du ministère du Tourisme au privé, ce qui entraînerait la suppression de 170 à 250 emplois et, du même coup, la perte d’une importante expertise gouvernementale, a appris Le Devoir.

Le gouvernement Couillard planche depuis un an sur une révision du « modèle d’affaires et de gouvernance » de l’industrie touristique pour mettre fin aux dédoublements et à la multiplication des intervenants. Après avoir consulté les acteurs de l’industrie depuis un an et envisagé divers scénarios, il a fait connaître son choix aux employés de Tourisme Québec la semaine dernière : la création, à compter du 1er avril 2016, d’une alliance réunissant sous un même chapeau les trois regroupements existants (les Associations touristiques régionales associées du Québec [ATRAQ], les Associations touristiques sectorielles [ATS Québec] et l’Association québécoise de l’industrie touristique [AQIT]).

« On nous a dit : “ voici les différentes options qui n’ont pas été retenues. Ce qui a été retenu, c’est de faire une alliance qui est un organisme à but non lucratif (OBNL), privé  », indique une source au sein du ministère qui a assisté à la présentation du sous-ministre du Tourisme, Marc Croteau. Ce dernier aurait indiqué que les emplois de 170 des quelque 260 fonctionnaires du ministère seraient menacés par cette décision.

« Il y a beaucoup de gens au ministère qui sont là depuis des lunes. Du 20, 25, 30 ans, ce n’est pas rare. Ce sont des passionnés, des gens qui ont un bagage, des connaissances. En renvoyant des responsabilités au privé, on perd toute l’expérience et les connaissances de ces personnes-là », fait remarquer notre source.

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) — les deux organisations qui représentent les employés du ministère — ont tour à tour dénoncé la voie privilégiée par le gouvernement sur la base des informations obtenues auprès de leurs membres.

Le SFPQ estime que 200 des quelque 230 employés qu’il représente à Montréal et à Québec (essentiellement du personnel de bureau) se verraient obligés de se trouver un nouvel emploi ailleurs dans l’appareil gouvernemental.

« C’est presque la disparition de Tourisme Québec. Ce qui va rester à la fin, c’est de l’administration des subventions que le gouvernement doit distribuer au privé », affirme le président régional du syndicat pour Montréal et Laval, Jean-François Sylvestre.

Le SPGQ évalue pour sa part qu’environ 48 de ses 106 professionnels (des employés chargés de la planification touristique ou du contrôle financier, par exemple) seraient affectés par la création du nouvel organisme.

« La recommandation du Vérificateur général [en 2013], c’était de mieux contrôler les petits organismes qui se servent des fonds publics pour faire de la promotion touristique et éviter les dérapages, et c’est ce que veulent nos professionnels. Mais en leur coupant les vivres, on ouvre la porte de la bergerie toute grande au loup », fait valoir le président du SPGQ, Richard Perron.

Il ajoute au passage qu’en confiant des responsabilités à un OBNL privé, le gouvernement du Québec contreviendrait possiblement à l’article 45 du Code du travail, qui encadre ce genre de transfert. Il a donc l’intention de commander un avis juridique à ce sujet.

Les responsabilités transférées au privé concerneraient la promotion du Québec comme destination touristique ainsi que les relations avec les médias et les entreprises. La nouvelle alliance répondrait ainsi aux demandes formulées par l’ATRAQ dans un mémoire déposé en novembre dernier. Elle y réclamait la création d’une « entité de promotion touristique non gouvernementale » assurant notamment la gestion des fonds gouvernementaux dédiés à la promotion. L’ATRAQ n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue mardi.

Réponse en octobre

Au cabinet de la ministre du Tourisme, Dominique Vien, on refuse de confirmer les informations rapportées par les syndicats et certains fonctionnaires. Une annonce sera effectuée à Québec à la fin du mois d’octobre, en marge des Assises du tourisme, explique l’attachée de presse Cynthia St-Hilaire.

« Ce n’est pas arrêté. Il y a encore des choses à ficeler, il y a encore des démarches qui sont faites dans ce dossier-là », dit-elle, en précisant que la réflexion entourant le nouveau modèle d’affaires s’est faite en collaboration avec l’industrie touristique et les fonctionnaires du ministère.

Mme St-Hilaire dément la fermeture des centres d’information touristique de Rivière-Beaudette, Rigaud et Dégelis, comme rapporté en journée par le SFPQ. Elle reste cependant muette lorsqu’on l’interroge sur le recours au secteur privé ou la suppression de postes. Chose certaine, précise-t-elle, « la révision du modèle d’affaires n’est pas du tout faite dans une optique de compressions. C’est pour faire en sorte que notre industrie soit plus performante ».

Des compressions de 1 million de dollars ont été exigées au ministère du Tourisme pour l’exercice 2015-2016, mais elles ont déjà été appliquées aux dépenses de fonctionnement, sans supprimer de postes, conclut Mme St-Hilaire.

C’est presque la disparition de Tourisme Québec. Ce qui va rester à la fin, c’est de l’administration des subventions que le gouvernement doit distribuer au privé.

La révision du modèle d’affaires n’est pas du tout faite dans une optique de compressions. C’est pour faire en sorte que notre industrie soit plus performante.

21 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 9 septembre 2015 02 h 02

    Des carriéristes, décidés de s'enrichir au détriment du collectif

    Voila ce qui arrive quand un gouvernement est au service des petits amis, tout ce que le collectif a construit de peine et de misère pendant des années est spolié sous prétexte que les petits amis peuvent faire mieux, va-t-il falloir couper des têtes pour qu'ils comprennent, que ce sont des détournements qui ne se font pas, que les petits amis sont juste des carriéristes decidés de s'enrichir au détriment du collectif

    • Gilles Théberge - Abonné 9 septembre 2015 11 h 43

      Et voilà pourquoi il devint urgent de se débarrasser de ce gouvernement

  • Yves Côté - Abonné 9 septembre 2015 04 h 22

    Ah, la belle province !!!

    Autrefois moi-même guide touristique, j'ai vu de mes yeux vu le pays du Québec être réduit peu à peu par des agences touristiques privées, de nouveau à celui tant aimé du Canada, de "Belle Province".
    Pourquoi par elles ?
    Parce qu'elles y reconnaissaient leur intérêt finacier et qu'elles se plièrent donc presque toutes à ce seul impératif puisqu'une partie significative des aides qui leur étaient versées (argent et services multiples) venait du gouvernement du Canada et que celui-ci ne mettait en avant que les agences qui se conformaient. Processus aussi croissant chez celles-ci que le fut en même temps la disparition des assises culturelles des Québécois dans le travail commercial de représentation et de réception des touristes.
    Entre autre dans les Salons Intenationaux, et très souvent de manière assez perturbante pour plusieurs "réceptifs",aux auquels il participait (en commençant par celui de Deauville...) et par les liens commerciaux qu'il développait et entretanait avec les pays et les agences qui vendaient à leurs clientèles le Québec. A condition qu'il soit canadien, bien entendu...
    D'ailleurs, si tout de nous n'a pas fini par disparaître aux yeux de nos visiteurs, notre personalité collective y étant définitivement remplacé par le très pratique folklore, ce ne fut que grâce à ces personnes qui portaint bien haut la fierté de leur pays et de leur peuple, celles-ci offrant leur attachement patriotique et leurs connaissances générales (et particulières parfois) aux touristes, portent le titre ou font fonction de guides touristiques
    Leur travail et leur esprit de résistance ont été salutaires.
    Ce que fit un jour remarquer un journaliste bien connu du nom de Pierre Foglia, sans toutefois pour autant en comprendre la raison, je crois par un manque évident d'information sur le dit-phénomène de passage de connaissance et de sensibilité aux touristes...
    Alors, Québec : une belle province ?
    Ah non !
    Bien que déjà un pays attachant...

    VLQL !

  • Jacques Boulanger - Inscrit 9 septembre 2015 07 h 07

    Québec Inc.

    Voilà, encore un démentèlement qui va profiter aux amis du régime. On se dirige lentement mais sûrement vers un Québec Inc. Pour le Mont Orford, les mentalités n'étaient pas prêtes, mais maintenant devant l'indolence des populations, tout est désormais permis à commencer par nos vaches à lait SAQ, Hydro, tout va y passer. Bientôt, on va ressembler à la république de Poutine. Ce gouvernement pour ne pas dire ce parti dévoile de plus en plus ses accointances libertariennes.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 9 septembre 2015 09 h 37

      Pas un Québec Inc. Monsieur Boulanger, mais un PLQuébec Inc. gouverné par une seule tribu dite néo-libérale pour qui toutes les raisons sont bonnes pour légitimer et justifier l'idéologie qui cherche à tout privatiser même ce qui ne devrait pas l'être, incluant la politique de la coupe qui organise le sabordement d'un modèle dont les preuves étaient trop éloquentes...Froideur d'esprits comptables noyés dans la seule intelligence des chiffres qui ne font l'affaire que de ceux qui cherchent à tout posséder pour ne servir que leur seul profit...

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 septembre 2015 07 h 18

    Combien de temps pour guérir ces plaies béantes ?

    Les erreurs que ce gouvernement accumule sont si grandes que nous en aurons pour une génération, ou plus, pour reconstruire ce qui aura été brisé.

    Le Tourisme n'est pour le moment que la dernier sur une liste interminable.

    Dans sa volonté de tout faire commes les américains, Couillard est en passe de réussir à démolir tout ce qui fait du Québec la société la plus bouillonnante d'Amérique du Nord. La sclérose est en vue, tout juste devant nous.

    Ma colère est profonde.

    Couillard se fait élire sur la base d'environ 20% de la population dont il entretient la paranoïa envers les indépendantistes (non mais, quel millage il fait sur l'indépendance!) et en fait contre les francophones puisqu'il les décrit comme incapables de se gérer eux-mêmes, sinon intolérants, sinon.... pires.
    Ce en quoi il a l'appui de tous les médias anglophones du Canada, à un point qui rejoint la religion.

    Depuis cette base, il croit pouvoir tout se permettre, et sa première priorité est de détruire l'État Québécois brique par brique. Il déteste sa propre job!

    Depuis mon besoin de comprendre je passe à ses motivations, et je me retrouve dans l'impossibilité de ne pas lui faire de procès d'intention.

    Est-ce que le mot "traître" est trop fort? Peut-être.
    Démissionnaire, aucun doute.
    Décrocheur, évidemment.
    Malhonnête intellectuellement est carrément un euphémisme.

    Ou encore, est-il un parfait imbécile ? J'en doute. Disons plutôt, autre euphémisme, que son analyse de sa société et de la situation éconnomique mondiale est extrêmement faible.

    Face aux moyens extrêmes qu'il prend pour tout détruire autour de lui, je ne vois plus comment mesurer mes paroles.

    Et moi je sens en moi
    Dans le tréfonds de moi
    Malgré moi, malgré moi
    Pour la première fois
    Malgré moi, malgré moi
    Entre la chair et l'os
    S'installer la colère
    - Félix, L'alouette en colère

  • Patrick Daganaud - Abonné 9 septembre 2015 07 h 47

    L'inventaire du carnage

    Les libéraux au pouvoir n'auront de cesse qu'après avoir démembré l'État et, interposant l'hypertrophie du profit privé entre les citoyens et les bénéfices et services tirés de la richesse collective, nourri une société de plus en plus inégalitaire.

    Seuls les citoyens les mieux nantis auront encore accès à ces bénéfices et services.

    Ce gouvernement est un mauvais gouvernement.
    Il faut impérativement le freiner et l'éliminer à la prochaine élection.