Les organismes d’accueil du Québec sont prêts à recevoir des réfugiés

Des réfugiés syriens fuient les jets des canons à eau utilisés par l’armée turque presque quotidiennement pour les éloigner des clôtures de barbelés, à la frontière près de la ville syrienne de Tal Abyad.
Photo: Bulent Kilic Agence France-Presse Des réfugiés syriens fuient les jets des canons à eau utilisés par l’armée turque presque quotidiennement pour les éloigner des clôtures de barbelés, à la frontière près de la ville syrienne de Tal Abyad.

Alors que le Québec prévoyait d’accueillir un total de 1650 réfugiés en 2015, les organismes qui travaillent avec eux sur le terrain se disent capables d’en recevoir jusqu’à 5000, dont des milliers de Syriens.

« J’en ai discuté avec les collègues et je mettrais ma main au feu qu’on serait capable d’en avoir 5000 », a déclaré Stephan Reichhold de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Le TCRI fait ici référence à des réfugiés pris en charge et parrainés par l’État. En 2014, le Québec en a accueilli 1515, mais aucun n’était Syrien. Le groupe le plus important provenait de la République démocratique du Congo (RDC). Depuis janvier dernier, seulement huit réfugiés syriens parrainés par le Canada se sont installés au Québec.

Cette évaluation survient alors que le premier ministre Philippe Couillard se dit ouvert à accueillir « des milliers » de réfugiés en provenance de Syrie.

Des ressources sous-utilisées

Le Centre multiethnique de Québec a accueilli 310 réfugiés en 2014. L’année précédente, ils n’étaient que 235, note sa directrice, Dominique Lachance.

« La capacité, on l’a. À l’époque des Bosniaques, on accueillait jusqu’à 700 réfugiés par année. Maintenant, on a plus de personnel et des installations. »

L’organisme vient en effet de déménager dans un tout nouveau centre (Le Canopée) équipé de chambres d’urgence pour les réfugiés qui viennent d’arriver. Sur les 20 chambres, trois sont occupées à l’heure actuelle.

À Sherbrooke, le discours est le même. Le Service d’aide aux néo-Canadiens aimerait bien accueillir davantage de réfugiés cette année. « On a reçu 218 personnes cette année, explique sa directrice, Mercedes Orellana. Avec 300 ou 350 personnes, on ne se sentirait pas débordés », poursuit-elle. Son organisme est tout à fait disposé à en accueillir davantage, mais pour cela, il faudra ajouter des ressources et enrichir la banque de bénévoles.

Contrairement à Québec, Sherbrooke a déjà accueilli des réfugiés syriens, mais ceux-là étaient parrainés par des organisations privées qui ont des ententes avec le gouvernement. Il s’agit souvent de congrégations religieuses qui peuvent amasser jusqu’à 30 000 $ pour parrainer une seule famille.

D’autres organismes laïques comme Action réfugiés Montréal aident des Syriens vivant au Québec à faire venir leurs familles ou des connaissances. « Les gens d’ici nous proposent des noms. Nous, on prépare tous les documents et on soumet ça au gouvernement », explique le directeur, Paul-Anthony Clarke.

Action réfugiés parraine ainsi 45 dossiers par an, la plupart de Syrie. Il lui est impossible d’en prendre davantage faute de ressources. Les autres aboutissent sur une liste d’attente.

Ces dernières années, le gouvernement conservateur a priorisé le parrainage privé au lieu du parrainage par l’État. En 2014, 772 réfugiés sont arrivés au Québec de cette façon, dont 403 Syriens.

Comme la plupart des intervenants dans ce domaine, M. Clarke croit que le gouvernement devrait augmenter le nombre de réfugiés parrainés par l’État. Or, cela va nécessiter selon lui davantage de services d’intégration sur le terrain.

« L’avantage avec le parrainage privé, c’est qu’il y a de la famille ou encore une communauté religieuse qui est là pour soutenir les réfugiés. […] Admettons que les gens ont un problème de plomberie dans leur appartement, ils vont appeler leur oncle ou quelqu’un de la paroisse. Mais le réfugié parrainé par l’État, il va appeler qui ? »

Tous s’entendent pour dire que cela va requérir plus d’organisation, mais c’est tout à fait faisable, dit-on. « Avec le Kosovo, ça avait super bien marché, explique M. Reichhold, de la TCRI. Le programme avec les familles haïtiennes avait aussi bien été. Il y a eu une mobilisation des acteurs, les organismes ont eu un financement additionnel pour développer des choses et il y a aussi eu une grande mobilisation des bénévoles. »

Dominique Lachance renchérit en ajoutant que l’arrivée de groupes importants de réfugiés, surtout lorsqu’elle est médiatisée, permet aux organismes d’attirer un nombre impressionnant de bénévoles.

Du jamais vu !

Depuis que circule la photo du bambin trouvé sur une plage de Turquie, le téléphone n’arrête pas de sonner chez Action réfugiés Montréal. « Nos lignes sont congestionnées, raconte le directeur Paul-Anthony Clarke. Il y a des gens qui appellent parce qu’ils veulent aider. J’ai un monsieur de Berthierville qui m’a appelé parce qu’il veut parrainer des Syriens, lance-t-il, étonné. Je reçois des messages de gens qui veulent faire des dons. On n’a jamais vu une réaction de la population comme ça ! »


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