Le PQ cultive la polarisation de l’électorat

Le chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, veut faire le plein d’appuis d’« anciens souverainistes » et de « nationalistes » accourus dans les bras de la Coalition avenir Québec au fil des dernières années.

Il entend ainsi contribuer à la polarisation de l’électorat québécois entre fédéralistes et indépendantistes en ne cachant pas son ambition de faire l’indépendance du Québec. « C’est clair, net et précis. Il n’y a pas d’ambiguïté chez Pierre Karl Péladeau, il est celui qui veut faire du Québec un pays », a-t-il déclaré au terme du caucus présssionnel du PQ mercredi. « Cette polarisation va faire en sorte que nous reparlerons de l’indépendance du Québec, chose que, tristement, nous n’avons peut-être pas suffisamment faite », a-t-il ajouté.

M. Péladeau a souligné que le PQ et la CAQ partageaient la « fierté d’être Québécois » en plus d’un certain nombre de préoccupations pour le développement économique du Québec.

« Tournée des décideurs économiques »

D’ailleurs, l’ex-président et chef de la direction de Québecor s’affairera à démontrer l’existence d’une solution à l’« austérité » libérale au cours des prochaines semaines. « Les libéraux n’ont pas de plan économique. Ils ont une machine à taxer », a-t-il dénoncé. Le gouvernement libéral a haussé de 1479 $ la facture annuelle d’une « famille type », soit de deux parents et deux enfants, bénéficiant d’un revenu brut total de 90 000 dollars, a-t-il précisé, pointant une affiche coiffée du titre « L’effet libéral coûte cher aux familles ».

M. Péladeau s’est toutefois fait avare de commentaires mercredi sur les principales mesures proposées par sa formation politique pour « stimuler l’économie ». Il amorcera prochainement une « tournée des décideurs économiques » du Québec afin de « donner une impulsion aux idées nouvelles ». « Nous croyons qu’il existe une autre façon de s’en sortir. »

À ses yeux, le premier ministre Philippe Couillard est pris en otage par « la logique comptable et doctrinaire du président du Conseil du trésor [Martin Coiteux], qui n’hésite pas à sacrifier le modèle québécois [pour colmater] un déficit imaginaire, gonflé, de 7 milliards de dollars ». « Le problème n’est pas au niveau des dépenses. Il est au niveau des revenus », a répété M. Péladeau, entouré des députés économistes Nicolas Marceau et Alain Therrien. « L’austérité libérale, ça ne marche pas », a-t-il poursuivi.

Austérité démoralisante

Selon lui, l’équipe libérale sape le moral du Québec inc. en répétant sa volonté de resserrer les dépenses de l’État. « Lorsque vous lancez le message de l’austérité […] vous envoyez le message que, malheureusement, nous ne sommes pas des gagnants, qu’il n’est pas utile de créer des entreprises », a-t-il affirmé, avant de rappeler que plus de 11 000 emplois se sont évaporés depuis la fin de la session parlementaire. Il a aussi minimisé les retombées attendues du Plan Nord et de la Stratégie maritime.

Le chef péquiste s’est porté à la défense du « modèle québécois » tout au long de la conférence de presse. « [Celui-ci] a fait ses preuves depuis les 50 dernières années », a-t-il dit. Les Québécois subissent certes une « pression fiscale importante », mais bénéficient notamment d’un système de santé universel. Le Québec constitue une « société distincte », notamment en raison du fort sentiment de « solidarité » qu’on y trouve, a-t-il poursuivi.

M. Péladeau s’est toutefois gardé d’appuyer publiquement les employés de l’État, actuellement en négociations avec M. Coiteux. Il a dit souhaiter « un règlement bénéfique pour toute la collectivité ».

Bannir les applaudissements ?

Les élus péquistes sont « tout à fait favorables » à l’idée de bannir les applaudissements à la période des questions soumise par le doyen des élus de l’Assemblée nationale, François Gendron, a indiqué Pierre Karl Péladeau. Le député d’Abitibi-Ouest veut voir cesser les applaudissements, mais aussi les appels au règlement, qui raccourcissent la durée des questions des élus d’opposition et des réponses des membres du gouvernement. « Il n’y a pas de logique là-dedans », a-t-il déploré. M. Gendron reproche à certains députés de se comporter en « showmen » durant la période des questions, cherchant les applaudissements de leurs collègues. « [Le Salon bleu] prend à différents moments les allures de cour d’école. Il faut plus de hauteur. »
9 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 06 h 11

    Québecor n'a t'elle pas bénéficié des largesses de l'état?

    La fierté d'être québecois n'est pas exclusive aux séparatistes, Monsieur Péladeau....et s'il y a quelqu'un qui a bénéficié de la largesse de l'état c'est bien vous...et de plus dans vos palabres récentes à partir de Rimouski, vous seriez encore prenant pour faire financer une équipe de hockey professionelle dans la ville de Québec qui naturellement vous aurait comme propriètaire majoritaire....ce que le premier ministre Couillard est en train de faire avec les finances du Québec semble être apprécié par la population du Québec....à regarder les résultats du dernier sondage sur les partis poliques du Québec, il semblerait que votre popularité est en baisse de cinq points par rapport au précèdent....pour ma part tout ce que j'entends du chef du PQ, est du réchauffé, partage de l'équipement militaire, et la garde des ports et des aéroports comme si le gouvernement fédéral pouvait partir avec un quai et un tarmac....avouez-le donc Monsieur Péladeau vous seule présence en politique est de faire avancer vos intèrêts personnels....

    • Bernard Plante - Abonné 27 août 2015 08 h 11

      Quel rapport entre le fait que Quebecor ait profité des largesses de l'Etat comme vous dites et le présent article? À trop vouloir tirer partout l'argumentaire devient ridicule, surtout lorsqu'on sait que pour vous peu importe ce qu'un indépendantiste dira ce ne sera jamais bon. Meilleure chance la prochaine fois.

    • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 08 h 58

      Monsieur Plante effectivement je suis nationaliste et fédéraliste...si vous croyez encore que PKP est là pour les beaux yeux du monde et bien je vous laisse à vos illusions...dans sa manière expliquée de voir le déficit imaginaire de 7 milliards, PKP réagit de la même manière que les banquiers de la FED aux USA....faire beaucoup d'argent mais endetter la population avec la dette gouvernementale...Péladeau n'a rien inventé dans ce domaine car cela fait depuis 1913 que cela fonctionne à Washington....et en ce qui concerne le service de santé publique universel et bien Monsieur Plante ceci fait partie du système de santé universel canadien qui est parti de Saskatchewan.....et oui mon argumentaire est large, mais tout est relié quand on est capable de relier les ''DOTS'' et il y a sûrement une majorité de la population québecoise qui pense comme moi....37 % seulement favorisent l'indépendance, et ceci peut-être pas à n'importe quelle condition!!!Je ne comprends pas la gloire à ce devoir le c.., et à depenser sans compter....

    • Donald Bordeleau - Abonné 27 août 2015 16 h 47

      Il ne faudra pas répéter les erreurs de la réingénérie de Monsieur Charest qui ont augmenté de 30% les coûts sur les contrats d'infrastructures au Québec depuis plusieurs années. Les allégations de collusion et de corruption au service de la caisse du parti libéral qui reçoit plus d'argents que tout autre parti au Canada, la caisse occulte débordait d’argent pour payer les attachés politiques et les soit disant bénévoles en période électorale. Beaucoup de révélations chocs sont à venir selon les révélations des journalistes d’enquêtes ou les documents caviardés montrent des liens ténus avec des personnalités liées au PLQ.

      Donc pour l'avenir, il ne faudra pas se pincer le nez lors de future campagne électorale

      Les pertes sèches du précédent gouvernement du PLQ auront couté près de 50 milliards.

  • Colette Pagé - Inscrite 27 août 2015 09 h 50

    Sortir du flou ! Pour des actions concrètes.

    Au point de presse de Rimouski il aurait été intéressant que le chef du PQ annonce la composition des membres de son cabinet d'Opposition, de la création de l'Observatoire sur la souveraineté de même que l'échéance portant sur le dépôt de ses avoirs dans une fiducie. Mais le plus surprenant : que sont devenus des ténors du parti comme Alexandre Cloutier et Véronique Hivon. Quels ont été les résultats de leur démarche en regard du Regroupement des forces souverainistes. Bref, pour le dire autrement : il faut sortir du flou et poser des actions concrètes. Car 4 ans avant la prochaine élection, c'est vite passé !

  • Raymond Labelle - Abonné 27 août 2015 10 h 07

    La polarisation est la dernière chose que le PQ peut souhaiter

    Car il est fort probable qu’une plus grande partie d’un éventuel effritement de la CAQ se fasse au profit du PLQ que du PQ. C’est ce qui arrivé aux dernières élections (disons en gros, pour détails, voir la très bonne analyse de JF Lisée à : http://jflisee.org/comprendre-le-choc-davril-2014-

    Par contre, que le PQ crée volontairement ou non une polarisation, la récupération du vote de la CAQ sera un enjeu clef si la CAQ s’effrite.

    Si le PQ croit avoir souffert aux dernières élections, il a quand même bénéficié de la présence de la CAQ dont l’effondrement pourrait favoriser encore plus le PLQ. Si le vote du PQ s’accroît, celui du PLQ pourrait s’accroître encore plus.

    Pourquoi ? Ma forte intuition est que c’est parce que la majorité de la population du Québec ne veut absolument pas de référendum. Il a suffi que PKP le nouveau candidat-vedette lève le poing à la dernière campagne électorale pour que cette campagne tourne de bord. Comme PKP est perçu comme quelqu’un qui a du succès et qu’il a manifesté la volonté de faire l’indépendance, cela a polarisé le vote, créé un transfert de votes vers le PLQ, avec le résultat que l’on connaît.

    Cette question de référendum est un boulet dans notre vie politique. Ceci est d’autant plus absurde que si, par miracle, un parti souverainiste prenait le pouvoir, il ne pourrait pas faire de référendum gagnant. Et on préfère qu’il ne fasse pas de référendum perdant – je ne blâme pas le PQ au pouvoir de n’avoir pas fait ça.

    Le PLQ n’a qu’à promettre de ne pas faire de référendum pour être élu pour l’éternité. Ou en tout cas, pour reproduire ce cycle ad infinitum : 4 mandats, usure du pouvoir, minoritaire PQ, court gouvernement, et on recommence. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

    Pourtant, il y a tant de choses à faire (et à ne pas faire) dans la juridiction actuelle…

  • Patrick Boulanger - Abonné 27 août 2015 12 h 21

    « Le chef péquiste s’est porté à la défense du « modèle québécois » tout au long de la conférence de presse. » (Le Devoir)

    Il est pour le moins paradoxal que celui qui a fait la promotion du néolibéralisme (!) par l'intermédiaire de son entrepise médiatique se prononce aujourd'hui contre l'austérité libéral et pour le « modéle québécois ».

  • Roland LeBel - Abonné 27 août 2015 12 h 32

    La CAQ et le PQ : point de « convergeance ».

    M. François Legault, ex-porte-parole du PQ en matière de finances, a publié en mai 2005 un excellent projet de « bugget de l'an un » d'un futur Québec devenu souverain.