Les bibliothèques des ministères écopent

L'édifice Marie-Guyart à Québec qui accueille les ministères de l'Éducation, de l'Environnement notamment
Photo: Jean Gagnon / CC / Wikimedia L'édifice Marie-Guyart à Québec qui accueille les ministères de l'Éducation, de l'Environnement notamment

Une vaste restructuration des bibliothèques des ministères et organismes du gouvernement risque d’entraîner la fermeture d’une série de centres de documentation au sein de l’État québécois, a appris Le Devoir.

La bibliothèque du ministère de la Santé et des Services sociaux — le plus important ministère du Québec — doit fermer ses portes dès le mois prochain, ce qui entraînera une perte d’expertise « irremplaçable » pour les gestionnaires, les chercheurs et les étudiants du domaine de la santé, déplorent des sources qui connaissent bien le dossier.

Le centre de documentation du ministère met à la disposition du public un trésor inestimable composé de plus de 30 000 livres, 400 titres de périodiques et des documents audiovisuels (DVD, CD et vidéocassettes). Sans pouvoir préciser quelle proportion de ces ouvrages restera offerte, le gouvernement explique que le centre de documentation du ministère de la Santé sera déménagé à la bibliothèque Cécile-Rouleau, située dans l’édifice G à Québec.

Cette bibliothèque, créée en 1972, héberge déjà les centres de documentation d’au moins 17 ministères et organismes de l’État qui ont fermé leurs portes au fil des ans. Le gouvernement Couillard accélère les fusions dans l’espoir d’éliminer des postes et de mettre fin à des achats en double de documents ou d’abonnements, indique un document interne du Secrétariat du Conseil du trésor obtenu par Le Devoir. Le nombre de fusions ou de fermetures reste à préciser, mais tous les ministères ont eu le mot d’ordre de déterminer des façons de « rationaliser » leurs services de documentation.

Dès mars 2012, le gouvernement Charest estimait que la fermeture récente de cinq bibliothèques avait permis d’éliminer 12 des 19 postes au sein de ces centres de documentation de ministères — une économie de 63 % en matière de ressources humaines. Le document invitait tous les ministères et organismes à examiner les possibilités de fusions de service au sein de leurs services de documentation.

Cette « modernisation » des services de bibliothèque permettra d’économiser 4,5 millions de dollars par année à la fin de l’exercice, dans les prochains mois, estime le Centre de services partagés du Québec, qui exploite la bibliothèque Cécile-Rouleau. L’opération entraînera notamment des « gains en efficacité, un accès simplifié aux ressources et la mise en commun de l’expertise » des centres de documentation.

Cette restructuration provoque de la grogne au ministère de la Santé et des Services sociaux. Le centre de documentation du ministère représente une mine d’or pour les gestionnaires et les chercheurs, qui seront « privés de données scientifiques essentielles à la prise de décisions éclairées ». Sous le prétexte d’économiser des fonds publics, le gouvernement Couillard provoque une perte d’expertise scientifique comparable à celle qui sévit à Ottawa sous le gouvernement Harper, dit une source qui a demandé à garder l’anonymat.

Les techniciens en documentation compilent des documents et des statistiques exhaustives sur les maladies, la santé publique, les services sociaux et la recherche de partout dans le monde. La documentation a beau être offerte en ligne, il n’y a rien de mieux qu’un contact direct avec les décideurs pour améliorer le processus de gestion.

« Le gouvernement coupe les services sans mesurer l’impact de ses décisions », a réagi Lucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), en entrevue au Devoir.

Le syndicat « ne dit pas non à toute restructuration », mais invite le gouvernement à réfléchir pour éviter de sacrifier une précieuse expertise. « Ce n’est pas vrai qu’on trouve tout sur Google et sur Wikipédia », dit Lucie Martineau.

Cessation complète des activités

« Nous voulons vous informer que le Centre de documentation du ministère de la Santé et des Services sociaux fermera définitivement ses portes au mois de septembre 2015 », indique un courriel interne du 7 août 2015 obtenu par Le Devoir.

« Si vous avez en votre possession des documents nous appartenant, nous apprécierions grandement que vous nous les retourniez au plus tard le 28 août. Par contre, nous offrons encore le prêt entre bibliothèques d’articles de périodiques. Vous pouvez donc nous acheminer vos demandes. […]. Dans les prochaines semaines, nous vous informerons de la date de cessation complète. »

Depuis une dizaine d’années, une série de centres de documentation gouvernementaux ont fermé leurs portes et ont déménagé à la bibliothèque Cécile-Rouleau, dans l’édifice G : ceux de la Régie des rentes du Québec, de la Société de l’assurance automobile du Québec, en plus des ministères du Tourisme, de l’Environnement, du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, des Affaires municipales, de l’Éducation et de la Famille, notamment.

5 commentaires
  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 15 août 2015 07 h 11

    Logique

    Comme les mots commençaient à nous manquer face à la bêtise/austérité/démantèlement que nous inflige le CA de Couillard Inc., normal qu'ils s'en prennent aux livres.

  • Sylvain Patenaude - Abonné 15 août 2015 09 h 16

    L'expertise, les services et les collections menacées

    Ces bibliothèques assurent des services spécialisés au personnel gouvernemental, gèrent des collections souvent inestimables sur les dossiers gouvernementaux et une expertise offerte par les bibliothécaires, spécialistes de la gestion de ces services et de la recherche informationnelle. Il faut sauver ces services qui appuient les ministères et organismes.

  • Yvon Bureau - Abonné 15 août 2015 10 h 49

    Une grande tristesse,

    cette nouvelle.

    Une pauvreté de visions.

    Le 1e rôle d'un Gouvernement est d'enrichir sa population. Point de l'appauvrir.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 août 2015 12 h 03

    Un suggestion M.Couillard

    Pourquoi ne pas tout simplement éliminé tout cela. Avec vos ''jeunes libéraux ouvert sur le monde pour un Québec à la hauteur de leurs ambitions''.

    Aujourd'hui il y a wikipedia et les tableaux interactifs pour la recherche et quand il ne sont pas sûr de la réponse il peuvent consulté le ministre et ses ''sous'' ministres. Après y restera juste à recycler tout ce beau monde.

  • Yves Côté - Abonné 16 août 2015 06 h 35

    N'en dites rien...

    Ce que le gouvernement Couillard fait progressivement à l'échelle du Québec, est ni plus ni moins que l'équivalent moderne, mais plus hypocrite, de l'incendie volontaire par les marchands anglais de Montréal, de la bibliothèque et des archives françaises qui se trouvaient au Parlement canadien, rue Notre-Dame.
    Ignorants de nous nous devions être, ignorants de nous nous devons selon lui redevenir après un demi-siècle de lutte pour nous instruire.
    Cette démarche est à mon sens l'équivalent d'un acte de mépris envers un peuple, le nôtre, geste qui non seulement est détestable, mais est carrément illégal en terme de droit international.
    Le gouvernement Couillard, du moins ses ministres en chef, à mes yeux et de toute évidence, s'empresse sans cesse plus à anéantir ce qui reste de notre personalité collective.
    Cette urgence signant déjà à la manière explicite des kamikhases, sa certitude qu'il ne résistera pas aux prochaines élections.
    Mais cela, surtout, n'en dites rien à des troupes de bénévoles et d'électeurs qui n'ont véritablement plus en termes politiques, de libérales que le nom...

    Merci de m'avoir lu.