Clivage libéral en vue autour de l’économie du partage

Le ministre des Transports, Robert Poëti
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Transports, Robert Poëti

Les jeunes libéraux veulent ouvrir toute grande la porte aux petits et aux géants de l’économie du partage : de Feastly à Uber. Ils comptent sur l’aide du gouvernement libéral pour y arriver. Ils risquent toutefois de se heurter à la résistance farouche de certains membres de l’équipe Couillard, dont le ministre des Transports, Robert Poëti.

Le député montréalais s’est dit à plusieurs reprises opposé à la présence des automobiles d’Uber sur les routes québécoises. « Il faut appeler ça du transport illégal. J’encourage, je salue le covoiturage : c’est une très bonne idée. Cependant, quand vous utilisez du covoiturage à des fins commerciales, je n’ai pas de problème, mais vous allez suivre les mêmes règles que tout le monde, sinon, ça devient de la concurrence déloyale », a-t-il répété sur différentes tribunes.

« Nous, ce qu’on veut faire, c’est légaliser ça », affirme sans détour le président de la Commission-Jeunesse du PLQ (CJ-PLQ), Nicolas Perrino, dans un entretien avec Le Devoir. Il pointe les sites Web et les applications mobiles permettant de louer un appartement à un autre particulier (Airbnb), d’être conduit par un autre automobiliste (Uber, Lyft, Side Car), de savourer un repas cuisiné par un voisin (Feastly) ou encore d’acheter des vêtements usagés (Vinted), habituellement contre rétribution. « L’économie de partage, c’est aussi offrir la perceuse que tu as, mais que tu n’utilises pas. […] Dans le temps de nos grands-parents, c’est comme ça que ça fonctionnait », dit M. Perrino.

L’industrie du taxi québécoise a accueilli avec une volée de bois vert l’arrivée des chauffeurs d’Uber. Elle les a accusés de lui livrer une concurrence déloyale, notamment en faisant fi des règles de sécurité et en éludant le fisc canadien et québécois.

Le président de la CJ-PLQ a quant à lui vu d’un bon oeil l’arrivée de la « start-up » californienne — dont la valeur marchande est aujourd’hui évaluée à 50 milliards de dollars — dans le paysage québécois. Elle a notamment forcé la compagnie montréalaise Taxi Diamond à permettre à ses clients de commander un véhicule, de payer et d’évaluer leur course sur leur téléphone intelligent, fait-il remarquer. « Pour ça, une chance qu’Uber est arrivé. Ç’a permis à l’industrie du taxi de s’adapter », affirme M. Perrino. « Je ne travaille pas pour Uber », précise-t-il, avant d’esquisser un large sourire.

Cela dit, les utilisateurs doivent percevoir les taxes de vente sur les produits et les services, poursuit-il. « Il faut que l’application le permette. […] Uber facture la TPS et la TVQ. Il n’y a pas de problème avec ça. » Cependant, Uber a soustrait du fisc canadien ses revenus tirés de certains services au moyen d’une structure complexe de filiales aux Pays-Bas et aux Bermudes.

Dissiper le flou

À quelques jours du Congrès-Jeunes du PLQ, M. Perrino insiste sur la nécessité pour le gouvernement libéral de dissiper le flou juridique autour de l’économie de partage. « Les lois ne sont pas à jour présentement », déplore-t-il.

Selon la firme PricewaterhouseCoopers, les cinq secteurs clés de l’économie du partage (hébergement, transport, finance, main-d’oeuvre, musique et vidéo) généreront des revenus de quelque 335 milliards de dollars en 2025 à l’échelle mondiale, comparativement à 15 milliards de dollars actuellement. « C’est impossible qu’on fasse fi de cette économie-là. Il faut qu’on s’adapte », souligne M. Perrino.

En prévision du Congrès-Jeunes, le président réélu de la CJ-PLQ a sillonné le Québec. « Tout le monde nous a parlé de ça », fait-il valoir. L’économie du partage permet à des milliers de Québécois d’« arrondir leurs fins de mois », mais aussi de « rencontrer des gens ».

M. Perrino salue la volonté de la ministre du Tourisme, Dominique Vien, de légaliser la location sur une courte durée d’un appartement au moyen d’Airbnb, par exemple. « On en a parlé en premier ! » Il appelle toutefois le gouvernement du Québec à barrer la route aux « grands acheteurs immobiliers qui achètent des milliers d’unités et les louent [par le biais] d’Airbnb ».

Les jeunes « libs », âgés de 16 à 25 ans, seront réunis sous le thème « Un Québec à la hauteur de tes ambitions » à l’occasion du 33e Congrès-Jeunes, samedi et dimanche, à Shawinigan. Ils causeront « développement régional ».Le premier ministre Philippe Couillard ainsi qu’un bataillon d’élus libéraux assisteront aux travaux. Ils profiteront également de l’occasion pour se réunir en caucus, à quelques semaines de la rentrée parlementaire du 15 septembre.

8 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 12 août 2015 06 h 08

    Un permis de taxi c'est plus de 100,000.00$.

    Le partage c'est très bien, nais si tu fais du commerce, tout le monde doit jouer avec le même deck de cartes...si Uber veut fonctionner ici que ses chauffeurs s'achètent un permis de taxi (s'il en reste) et qu'ils fassent comme les autres paient les taxes etc. Uber ce n'est pas du co-voiturage de voisins, c'est commercial...et si c'est si interessant pour les gens derrière Uber c'est qu'ils doivent avoir un tour de passe-passe pas très catholique en arrière..comme ne pas rembourser les taxes etc...pource qui est des perçeuses non-utilisées, il y a les fins de semaines les ventes de garages...

  • Bernard Terreault - Abonné 12 août 2015 07 h 16

    L'enjeu

    L'enjeu c'est la taxation et l'imposition des revenus. Si on laisse faire, perte de revenus pour les gouvernements, obligation d'augmenter TPS, TVQ pour le commerce traditionnel et/ou l'impôt sur le revenu des salariés ordinaires. Est-ce que le PLQ est pour cela?

  • Gilles Théberge - Abonné 12 août 2015 08 h 35

    Libéral?

    Qu'est-ce que ça veut dire être libéral? Si on en croit cette manchette, il semble que la conception que se font les uns les autres dans ce parti ont de quoi surprendre.

    Jadis être libéral a signifié être progressiste. C'était une conception moribonde sous charest, elle est maintenant enterrée sous couillard. Aujourd'hui on a l'impression nette que cela signifie n'importe quoi. On le voit dans pratiquement tous les dossiers. Dans celui de l'environnement, dans celui du développement social, dans celui du développement économique.

    Ainsi cette position des jeunes libéraux est caractéristique de ce que professent les libertariens. Et ils ne semblent même pas en être conscients. Pas de règles, pas de normes, une conception de la liberté qui frôle la license. Précipitation absolue vers un gain à court terme, et tant pis pour le contrat social, sans quoi pourtant une société court à sa perte.

    • Hélène Paulette - Abonnée 12 août 2015 17 h 15

      Au fond,ils ne font que ''pitonner'' sur l'application toute préparée par Über...

  • Édith Brunette - Abonnée 12 août 2015 09 h 06

    Dans le temps de nos grands-parents...

    Dans le temps de nos grands-parents, ils se prêtaient la perceuse. Depuis quand faut-il louer et se louer pour « rencontrer des gens »? Über, ce n'est rien d'autre qu'un commerce. Le nom "économie de partage" prétend à une générosité qu'il ne frôle même pas.

    • Jean Richard - Abonné 12 août 2015 10 h 38

      Deux points intéressants dans votre commentaire, le temps des grands-parents et le prétendu partage.

      Les jeunes libs semblent taire ou ignorer bien des choses quand ils parlent de leurs grands-parents. Ainsi, les grands-parents pouvaient prêter leur perceuse à un voisin qui en avait besoin, les grands-parents pouvaient donner ou même vendre une scie dont ils n'avaient plus besoin. Ils pouvaient même la louer. Mais la grande différence entre ce genre de troc et les Uber de ce monde, c'est que les échanges des grands-parents se faisaient dans un environnement social restreint et contrôlé. Il n'y avait pas quelque part très loin à l'autre bout d'une ligne téléphonique, des inconnus qui empochaient des milliards $ en redevances sur ces échanges privés.

      Et l'économie de partage ? Partage de quoi ?

      Nous avons déjà une économie de partage social. Ainsi, nous partageons collectivement le coût de diverses infrastructures, de transport, de santé, d'éducation entre autres. L'idéologie néolibérale s'obstine à nous dire qu'il s'agit de dépenses et non d'investissements, mais ça, c'est une autre histoire. Le concept de partage tel que nous le connaissons aujourd'hui est mis en péril par cette fausse économie de partage des Uber, Google et Amazon de ce monde. Le partage implique une contribution.

      Ne soyons pas naïfs : si des entreprises créées à partir d'un courant d'air deviennent si rapidement multimilliardaires, c'est que quelque part, quelqu'un contribue à les rendre aussi riches. Les clients d'Uber sont des contribuables d'Uber. La perception des redevances se fait avec une incroyable facilité alors que les gouvernements élus ont de plus en plus de difficultés à percevoir les taxes et les impôts qui servent à entretenir les services et infrastructures partagées. Les Uber et autres Google seront-ils là pour PARTAGER le coût de notre système de santé ou d'éducation ? La réponse est NON.

      Les jeunes libs seraient-ils naïfs ?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 août 2015 13 h 38

      Les vieux libs n aident que les nombreux ti-namis :autre style de naiveté. J-P.Grise

  • Hélène Paulette - Abonnée 12 août 2015 17 h 12

    Foutaise!

    L'Économie du partage dont se réclame ces jeunes ''branchés'' n'est que de la poudre aux yeux tout comme l'économie ''durable'' de Charest.. Des mots qui ne veulent rien dire pour des gens qui n'écoutent pas de toute façon. Qu'est-ce que le travail au noir et l'évasion fiscale ont à voir avec le partage? Et le partage avec qui déjà? De jeunes branchés privilégiés? Rien ne change chez les jeunes libéraux, vraiment!