Québec désapprouve l’abolition de la banque de données des statistiques officielles

Le ministre des Finances, Carlos Leitão
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre des Finances, Carlos Leitão

Carlos Leitão « n’est pas à l’aise » avec la décision de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) d’abolir une importante base de données. Le cabinet du ministre des Finances assure examiner des solutions pour assurer la viabilité de la Banque de données des statistiques officielles (BDSO) sur le Québec.

L’ISQ a annoncé que le site Web de la BDSO serait mis hors ligne dès le 19 août, invoquant des contraintes financières. Faisant office de guichet unique pour un très vaste éventail d’indicateurs, cette banque est utilisée par des employés du gouvernement, des chercheurs, des étudiants et des journalistes.

M. Leitão a déjà fait part de son désaccord à Stéphane Mercier, le directeur général de l’ISQ. Pas question de renoncer à l’effort budgétaire exigé, avertit Dominic Cormier, directeur adjoint au cabinet du ministre, duquel relève l’organe public. Le gouvernement compte demander aux 28 ministères et organismes publics dont les données sont publiées dans la BDSO de contribuer financièrement afin de la maintenir.

La directrice des services informationnels et technologiques assure pourtant avoir déjà fait cette démarche auprès de ses partenaires. « Nous avons tenté de partager les coûts avec les autres, mais tous sont dans la même situation [de restrictions budgétaires] », explique Annie Giguère. C’est son institut qui assumait les coûts de près de 1 million de dollars annuellement depuis la création du guichet unique en 2003.

« L’autre avenue à évaluer est de faire des choix différents pour boucler son budget annuel », suggère M. Cormier. Il rappelle que l’Institut est en difficultés financières depuis plusieurs années et que la transparence, un engagement de son gouvernement, ne peut être sacrifiée pour revenir à l’équilibre budgétaire d’ici le 31 mars 2016. Une réunion était prévue ce jeudi matin entre les gestionnaires de l’ISQ et des représentants du ministère des Finances.

Mine d’informations menacée

La décision a été vivement dénoncée mercredi, notamment par des chercheurs qui y avaient recours. « La banque de données fait partie de ces coupes dont on s’évertue à faire croire qu’elles n’auront pas d’impacts sur les usagers. Mais elles en auront », s’est indigné André Lemelin. Ce professeur d’économie à l’Institut national de recherche scientifique (INRS) s’intéresse de près aux statistiques régionales et utilise régulièrement les données de l’ISQ, dont celles de la BDSO.

« Les chercheurs devront dorénavant courir à droite et à gauche, trouver quel ministère et qui est responsable de quoi pour pouvoir obtenir des données. C’est décidément une perte déplorable », décrit-il. L’ISQ effectuait en effet un travail de sélection, de préparation et de mise en forme des données pour les rendre « intelligibles, conviviales et accessibles », mentionne Patricia Caris, directrice générale adjointe aux statistiques et à l’analyse sociales. Des compilations statistiques sur mesure, un service déjà offert moyennant plusieurs centaines de dollars, pourront être obtenues. M. Lemelin doute toutefois que les chercheurs soient prêts à assumer ce fardeau supplémentaire pour leurs fonds de recherche qui fondent aussi.

Le président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, Robert Perron, s’inquiète aussi vivement : « C’est une “ harpérisation ” de l’État qui rendra plus difficile la dénonciation de ce qui se passe », croit-il.

« La transparence est l’un des outils de la démocratie, l’information nous permet de comprendre la société dans laquelle on vit », renchérit Lise Millette, présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Elle déplore le fait que les journalistes devront « reprendre le bâton du pèlerin et cogner à la porte de chacun des ministères quand notre coffre à outils n’est déjà pas très garni ».

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