PKP n’est ni pour ni contre

La question des pêcheries représente un moteur économique significatif pour l’est du pays.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La question des pêcheries représente un moteur économique significatif pour l’est du pays.

Pierre Karl Péladeau refuse de prononcer pour ou contre l’éventuelle exploitation de pétrole dans le secteur de Old Harry, en plein coeur du golfe du Saint-Laurent. Mais le chef du Parti québécois estime que ce serait uniquement au Québec de prendre une telle décision dans ce dossier, qui suscite de vives inquiétudes aux îles de la Madeleine.

Dans le cadre d’une entrevue accordée au Devoir dans le secteur de Fatima, sur l’archipel, le leader souverainiste a d’ailleurs dit comprendre les critiques soulevées par les pêcheurs des Îles, qui exigent un moratoire complet sur tout projet d’exploration pétrolière dans le golfe.

« On comprend les inquiétudes, a souligné M. Péladeau, qui prenait part à une activité partisane du Bloc québécois. On a vu ce qui s’est passé avec la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique. On comprend aussi que l’exploitation du pétrole en mer requiert une expertise bien particulière. »

Au-delà de la question des méthodes d’exploration et d’exploitation des énergies fossiles en milieu marin, les pêcheurs des cinq provinces des maritimes réclament un moratoire complet sur « toute activité de développement pétrolier » dans le golfe. Ils exigent aussi la tenue d’une « étude environnementale complètement indépendante » sur la question.

Il faut dire que la question des pêcheries représente un moteur économique significatif pour l’est du pays. En fait, les pêcheries génèrent des retombées estimées à 2 milliards de dollars par année, en plus de faire vivre environ 5000 entreprises.

Même s’il se dit conscient de l’importance économique du secteur des pêcheries, Pierre Karl Péladeau refuse toutefois de dire s’il serait judicieux d’aller de l’avant avec une éventuelle exploitation pétrolière, avec les risques environnementaux que cela comporte.

« C’est un dossier qui requiert davantage d’approfondissement. Moi-même, j’ai besoin d’éclairages. Je n’ai pas eu l’occasion de m’asseoir avec les pêcheurs », a admis le chef péquiste, qui possède lui-même une maison aux Îles-de-la-Madeleine. « Je ne suis pas un expert », a-t-il ajouté. Ce serait donc « prématuré » de se prononcer pour ou contre.

Peu importe la décision qui pourrait être prise, M. Péladeau estime toutefois que celle-ci doit revenir entièrement au Québec. Il critique d’ailleurs la décision du gouvernement Couillard de présenter, en juin, le projet de loi qui doit permettre de concrétiser la « gestion conjointe » du dossier pétrolier avec le fédéral dans le golfe. Est-ce que le golfe est de « compétence fédérale », a-t-il demandé, rappelant que « c’est Ottawa qui décide des quotas de pêche ». « Dans un pays indépendant, la question ne se posera pas », a-t-il laissé tomber.

Selon les termes du projet de loi du Québec, les entreprises qui voudront chercher d’éventuels gisements d’énergies fossiles devront notamment démontrer qu’elles détiennent les ressources financières nécessaires pour payer la somme de 1 milliard de dollars en cas de désastre environnemental. La tragédie humaine et environnementale provoquée par l’explosion de la plateforme de BP dans le golfe du Mexique, en 2010, a coûté plus de 50 milliards de dollars à la pétrolière.

Jusqu’à présent, une seule entreprise a démontré son intérêt à mener des travaux d’exploration. Il s’agit de Corridor Resources, qui détient des permis dans le secteur Old Harry, à 80 kilomètres des îles de la Madeleine. Aucun forage n’a été mené jusqu’à présent. Au cours des dernières décennies, d’autres forages ont été réalisés par diverses entreprises, sans succès.

Au-delà de la bonne entente politique entre libéraux et conservateurs sur l’exploration pétrolière, les risques environnementaux d’une telle industrie sont bien réels, selon ce qui se dégage d’une évaluation environnementale stratégique (EES) menée par Genivar à la demande de l’ancien gouvernement libéral.

Le rapport, rendu public en septembre 2013, conclut qu’il demeure « plusieurs lacunes » dans l’état actuel des connaissances sur le golfe. Les carences concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les « effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation, ainsi que des déversements accidentels ».

Le document met en lumière notre incapacité à répondre à une éventuelle marée noire et les données nous manquent pour bien évaluer le mouvement et les aires de fréquentation des espèces menacées. Bref, « plusieurs données factuelles précises ne sont actuellement pas disponibles », ce qui ne permet pas de mesurer les véritables impacts environnementaux, même au moment de l’exploration.

Malgré les conclusions de ce rapport, le gouvernement Couillard a décidé d’inclure le cas du golfe dans une nouvelle EES lancée en juin pour toute la filière des hydrocarbures. Cette étude est dirigée par des membres du gouvernement Couillard. Son rapport doit être achevé cet automne.

Un déversement provoqué par l’exploitation pétrolière maritime dans le secteur d’Old Harry menacerait tout l’est du golfe du Saint-Laurent, mais aussi les îles de la Madeleine, concluait l’an dernier la première étude scientifique indépendante sur le sujet.

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17 commentaires
  • Anne-Marie Bilodeau - Abonné 5 août 2015 22 h 14

    Commentaire de Daniel Breton via Facebook

    "Contrairement à ce que certains pensent, PKP n'est pas parti en croisade en faveur de l'exploitation du gisement Old Harry... et des autres gisements sur le territoire québécois. Il aborde la question avec humilité... et veut rencontrer les pêcheurs. Il tient à écouter les acteurs économiques tout comme les acteurs sociaux, écologiques et scientifiques.

    Il a d'ailleurs annoncé qu'il tiendrait une consultation nationale sur la transition énergétique. Et pour ceux et celles qui le qualifient d'"extractiviste", je dois dire que je trouve ce qualificatif ridicule. Quel gouvernement de gauche ou de droite a cessé toute extraction de ressources naturelles? La Suède, la Norvège, l'Allemagne, le Venezuela sous Chavez, la Bolivie sous Morales, le Brésil sous Lula ou tout autre pays a-t-il stoppé l'extraction de ressources naturelles?

    Non.

    Et ça n'aurait AUCUN sens.
    Pour développer les énergies renouvelables AUSSI, il faut des matières premières. Et le débat sur notre approvisionnement en pétrole pour les prochains 30 à 40 ans sera des plus importants.
    --------------
    "« C’est un dossier qui requiert davantage d’approfondissement. Moi-même, j’ai besoin d’éclairages. Je n’ai pas eu l’occasion de m’asseoir avec les pêcheurs », a admis le chef péquiste, qui possède lui-même une maison aux Îles-de-la-Madeleine. « Je ne suis pas un expert », a-t-il ajouté. Ce serait donc « prématuré » de se prononcer pour ou contre."https://www.facebook.com/daniel.breton.52?ref=br_rs

    • Patrick Boulanger - Inscrit 6 août 2015 08 h 57

      Mme Boileau, voici une citation de M. Péladeau au sujet de l'exploitation pétrolière : " « Moi je considère que c’est un atout majeur, majeur pour la souveraineté et on ne peut pas purement et simplement ’discarter’ un potentiel énorme pour faire du Québec un pays riche et un pays prospère. » " (Le Devoir)

      Voir: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/435862/le

    • Patrick Boulanger - Inscrit 6 août 2015 10 h 29

      " Quel gouvernement de gauche ou de droite a cessé toute extraction de ressources naturelles? " (M. Breton)?

      Il est ici question de débuter (et non de cesser) l'extraction pétrolière au Québec. En outre, je ne pense pas qu'il y a beaucoup de gens au Québec qui parlent de cesser " toute extraction de ressources naturelles " dans la province. Et j'ajouterai qu'il me semble hasardeux de confondre la question du pétrole avec celle des autres " ressources naturelles " comme si les enjeux étaient les mêmes pour toutes ces ressources.

    • Marc Brullemans - Abonné 7 août 2015 13 h 13

      Il y a extraction et extraction! Un baril de pétrole n'est pas égal à 1 million de barils et, comme l'indique monisur Boulanger, du pétrole n'est pas équivalent à l'uranium ou au fer: il contient une bonne part de carbone qui se retrouvera finalement dans l'atmosphère et dans les océans, contribuant donc à l'acidification de ses derniers. En ce qui concerne l'empreinte eau et l'empreinte carbone, le pétrole issu d'un puits particulier en Gaspésie, d'un autre au large de Terre-Neuve ou d'un troisième en Californie ne peuvent être traités comme équivalents. Et il reste la pertinence de l'utilisation que l'on en fait... une meilleure compréhension des mécanismes fondamentaux de la maturation du kérogène ou le transport par combustion de mazout lourd d'un Père Noel de plastique de la Chine au Québec?

  • Patrick Boulanger - Inscrit 5 août 2015 22 h 41

    Et le PQ, quelle est sa position là-dessus?

    " Ce serait donc « prématuré » de se prononcer pour ou contre. " (PKP)?

    Difficile de croire que le PQ ne s'est pas déjà prononcé sur cette question-là. Quelqu'un sur ce site peut-il m'éclairer à cet égard?

  • Mario Jodoin - Abonné 5 août 2015 22 h 47

    Position floue?

    Je suis le premier à déplorer la position floue sur Énergie Est du NPD et du Bloc (respectivement «oui, si» et «non, à moins que»). Mais, là, PKP les surpasse tous les deux!

  • Yves Côté - Abonné 6 août 2015 04 h 21

    Moratoire...

    Je suis absolument contre le projet mais étant un démocrate, bien que je ne sois pas péquiste, la réponse de Monsieur Péladeau pourrait me convenir.
    il y a un temps pour tout et celui qui nous est propre et urgent, c'est celui de notre affirmation collective exclusive en décisions et rassemblée en conviction populaire sur notre territoire.
    Le débat sur la pertinence du projet en question devra ne pas traîner ensuite...
    En attendant, que Monsieur Péladeau exige en notre nom à tous un moratoire complet sur celui-ci, et je le suivrai sur ce sujet des plus importants.

    Vive le Québec, libre de prendre exclusivement et démocratiquement, toutes les décisions qui concernent l'avenir de son peuple et de son territoire !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 août 2015 06 h 16

    Mer du nord

    Je serais curieux de savoir comment se débrouillent les écossais avec leur forage en mer du nord. On en entend pas parler beaucoup. S'ils réussisent, que font-ils que le Mexique n'a pas fait ? Une piste a envisager ? La différence est-elle la fracturation ? Si la différence est là, c'est toujours non à la fracturation. Ça c'est mon point de vue.

    Bonne journée.

    PL