Québec propose deux comités aux Innus

L’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand et, derrière, le ministre responsable des Affaires autochtones Geoffrey Kelley
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand et, derrière, le ministre responsable des Affaires autochtones Geoffrey Kelley

La première rencontre entre les Innus et le gouvernement Couillard, organisée mercredi à la suite du blocage du chantier de la Romaine, s’est conclue sans réelle avancée, mise à part la création de deux comités pour poursuivre les échanges.

Les cinq heures de discussions à Québec entre les chefs innus Rodrigue Wapistan (communauté de Nutashkuan) et Jean-Charles Piétacho (Ekuanitshit), le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, celui de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, de même que des représentants d’Hydro-Québec n’ont pas permis à l’une ou l’autre des parties de crier victoire.

« On a convenu de faire des comités à deux niveaux », a expliqué en point de presse le ministre Kelley. Le premier se penchera sur les revendications des Innus de Nutashkuan, qui ont bloqué l’accès au chantier de la Romaine la semaine dernière, tandis que le second s’attardera plus largement aux demandes des autres communautés innues de la province.

« C’était une discussion très franche et très cordiale. Je crois que nous avons réussi à trouver les mécanismes pour améliorer le dialogue entre le gouvernement et la nation innue », a ajouté M. Kelley.

Le ministre Arcand a précisé que de nouveaux rendez-vous seraient fixés « le plus rapidement possible » en présence d’Hydro-Québec et du gouvernement. Le président d’Hydro-Québec, Éric Martel, ira également à la rencontre des chefs de la nation innue, a-t-il dit.

« On avance dans la bonne direction […]. Au moins, il y a du progrès qui est fait, et en ce sens-là, je pense que c’est très positif. »

Les Innus n’affichaient pas le même optimisme à leur sortie de la rencontre, en milieu d’après-midi. Ils n’ont pas participé au point de presse des ministres Kelley et Arcand et ont refusé de commenter les discussions du jour.

En fin de journée, leur porte-parole a fait savoir que les chefs étaient toujours en discussion. Il n’a pas été possible de savoir si les Innus accepteront de siéger aux deux comités annoncés par le gouvernement.

Entente en cause

Les Innus de Nutashkuan prétendent notamment qu’Hydro-Québec a bafoué l’entente Nanemessu-Nutashkuan, conclue en 2008 dans le cadre du projet de la Romaine, dont les modalités sont confidentielles.

Le ministre Arcand a laissé entendre mercredi qu’Hydro-Québec n’a pas accordé le minimum de contrats garanti aux Innus, tout en rappelant que le projet n’est pas achevé.

La question de l’embauche des travailleurs innus et les cas présumés d’intimidation sur le chantier sont également sur la table. De manière plus large, les représentants de la communauté de Nutashkuan reprochent à Hydro-Québec d’avoir inondé des bassins sans les avoir avertis, en y laissant plus de 50 % de la ressource forestière. Cela nuirait à leurs activités de chasse et de pêche, puisque l’ennoiement des arbres augmente selon eux le taux de mercure dans l’eau.

Hydro-Québec et les scientifiques consultés répondent que les arbres laissés debout n’y sont pour rien et que la hausse du taux de mercure est plutôt due à la matière organique présente dans le sol. Par ailleurs, ce taux revient généralement à la normale entre 10 et 30 ans après l’ennoiement.

C’était une discussion très franche et très cordiale

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2015 02 h 52

    "dont les modalités sont confidentielles"...

    "dont les modalités sont confidentielles"...
    Mais à qui profite donc cette convenue confidentialité ?
    Le principal ennui, mais pas le seul, c'est que seuls ceux qui en profitent, ou qui estiment en tirer quelques avantages, peuvent y répondre.
    Serait-ce trop de rappeler à toutes ces personnes qui sont élues comme de compétence politique suffisante pour s'occuper des affaires publiques, donc de l'argent de tous, que la transparence des ententes d'un gouvernement est un élément de base de la démocratie ?
    Parce que pour peu que celle-ci ne soit pas respectée, personne ne peut juger de la pertinence de ce qui est signé en notre nom.
    Pas plus que de la justice qui doit y présider...
    A l'exception peut-être du fait que puisque nous n'avons pas la réponse au sujet de "qui profite de la chose ?", c'est bien que nous, nous le peuple, n'en profitons justement pas.

    Merci de votre lecture.

  • François Dugal - Inscrit 23 juillet 2015 07 h 49

    Proverbe chinois

    -"Si tu veux plus entendre parler d'un problème, forme un comité" - Lao-Tseu

  • J-Paul Thivierge - Abonné 23 juillet 2015 09 h 54

    Et ces .émissions de GES méthane dont on ne parle pas

    Le Québec s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 20 % d'ici 2020 .

    L'ennoiement des arbres et des matières putrescibles sous le niveau de l'eau des réservoirs produiront des mégatonnes de GES ( le méthane dégagé vaut plus de 25 unités de CO2 équivalent ) pendant plusieurs décennies

    Les représentants d’Hydro et le gouvernement tentent de vendre de l’énergie propre aux Etats-Unis et plusieurs états refusent tout énergie qui n’est pas éolienne ou de centrale hydroélectrique au fils de l’eau.
    Hydro avait réussi à obtenir un bilan propre pour ses productions de centrales à réservoirs en coupant, dessouchant et remontant le sol organique fertile au dessus des seuils ennoyés.
    Puis là, tout d’un coup, sans respect des accords convenus, on procède et les dommages continuent.

    La crédibilité et la réputation H-Q de production hydroélectrique sans pollution vont en prendre un coup et si à terme des clients soucieux des émissions polluantes refusent notre énergie on se plaindra du mauvais sort… mais Hydro et des décideurs auront-ils couru à ce sort néfaste.

    Ailleurs, on avait attendu la coupe forestière et le nettoyage des sites avant de laisser monter les eaux …
    alors, maintenant, sagement, il serait temps qu’on décide d’attendre ce nettoyage avant de continuer à accumuler l’eau de La Romaine.