Les adversaires de 2012 s’allient pour la justice

Mme Courchesne et Mme Harel siégeront au CA de l’organisme présidé par Marc-Antoine Cloutier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Mme Courchesne et Mme Harel siégeront au CA de l’organisme présidé par Marc-Antoine Cloutier.

Ils ont croisé le fer jour après jour pendant la crise du printemps 2012. Y ont chacun versé de leur sang et fait des victimes dans le camp adverse. De l’histoire ancienne pour Michelle Courchesne. L’ex-ministre de l’Éducation, celle-là même qui a présenté le projet de loi 78 qualifié de « déclaration de guerre aux étudiants », se joindra au conseil d’administration de la clinique juridique Juripop, tout comme Louise Harel.

Du temps où elles étaient élues à l’Assemblée nationale, Michelle Courchesne et Louise Harel adoraient toutes deux « fabriquer des lois ». C’est désormais à faciliter l’accès à la justice que les ex-politiciennes libérale et péquiste s’attelleront, à titre d’administratrices au sein du CA de Juripop.

La clinique juridique est bien connue du public pour sa contestation de la loi spéciale 78 présentée au plus fort du Printemps érable, pour son implication dans la cause des victimes de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic et pour ses efforts afin d’empêcher l’abolition du registre des armes à feu par le gouvernement Harper. Ces causes médiatisées ne comptent toutefois que pour une infime partie des causes défendues tous les jours par l’organisme social, qui souffle sept chandelles ce mois-ci. Il renouvelle du même coup son conseil d’administration, et pas de n’importe quelle manière. En recrutant l’ex-numéro 2 du gouvernement Charest et l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale, rien de moins.

« Moi, c’est fini, je ne fais plus de politique, je ne désire plus en faire, je ne côtoie plus le monde politique », dit Michelle Courchesne.

« Ce conflit-là, ça a fait partie de mes responsabilités à un moment X, ce conflit-là va faire partie de l’histoire du Québec, mais c’est derrière nous », ajoute celle qui a pris le relais de Line Beauchamp à titre de ministre de l’Éducation et de vice-première ministre suivant la démission de cette dernière le 14 mai 2012, après 14 semaines de conflits entourant la hausse des droits de scolarité.

Trois ans plus tard, l’adhésion de Mme Courchesne à Juripop s’est faite tout naturellement, assurent le président Marc-Antoine Cloutier et la principale intéressée. « Le CA n’a pas à se prononcer sur les causes choisies par l’équipe. Juripop effectue toujours son travail sous l’angle de l’accessibilité à la justice, et j’ai toujours été intéressée à cela », dit Mme Courchesne.

Celle-ci s’est tout de même demandé si, avec un CA traditionnellement composé de figures issues du mouvement souverainiste, elle trouverait sa place à la table. « Cela a fait l’objet de nos discussions. Juripop désire élargir la représentativité de son CA et cherche à refléter un peu les différents secteurs d’activité de notre société. »

Avocate de formation récemment décorée d’une distinction de l’Association des anciens de la Faculté de droit de l’Université de Montréal, Louise Harel lance, pince-sans-rire, que Juripop cherchait à recruter « deux symboles » pour son conseil : « Une pour la loi 78, une contre le règlement municipal P-6. » Avant d’ajouter : « J’aime beaucoup Michelle Courchesne. […] La question de l’accessibilité à la justice est une question pressante qui nous préoccupe tous. »

 

Recherche de fonds

Elles ne sont pas seules à se joindre au CA remanié. L’ex-directeur des communications du Parti libéral du Québec, Michel Rochette, la directrice des affaires juridiques de la STM, Sylvie Tremblay, la directrice générale de la Centrale des syndicats du Québec, Danielle Casavant, et l’ex-d.g. du CLD de Roussillon, Ginette Laurencelle, se joindront aussi à l’équipe, qui compte notamment Lucien Bouchard.

Toutes ces personnes auront pour tâche de conseiller la jeune équipe de Juripop, dont le président, Marc-Antoine Cloutier, et le directeur général, Julien David-Pelletier, cofondateurs de l’organisme alors qu’ils étaient étudiants en droit, qui sont encore dans la mi-vingtaine.

« On a 26, 27 ans et on dirige une trentaine de personnes à l’échelle du Québec, expose Me Cloutier. Ce qui nous a permis de passer à travers avant, pendant et après la grève [étudiante] et pourquoi nous avons cette crédibilité aujourd’hui, c’est que depuis le début on est encadré d’un CA compétent et expérimenté. »

Elles contribueront aussi à aider Juripop à amasser davantage de fonds auprès de donateurs issus de nombreux secteurs afin de poursuivre ses activités. L’organisme parvient à boucler son budget sans déficit, mais souhaite assurer sa pérennité et éventuellement accroître ses activités.

L’organisme, qui compte une trentaine d’employés et un budget de fonctionnement d’environ 800 000 $, a lancé le mois dernier sa première campagne de sociofinancement. D’ici au 5 juillet, Juripop souhaite amasser la somme de 21 944 $, soit le revenu annuel brut d’une personne gagnant le salaire minimum, et à peu près le montant à partir duquel on perd son admissibilité au volet gratuit de l’aide juridique, souligne Me Cloutier. Les particuliers sont invités à faire un don de 10,55 $, soit le salaire minimum, tandis que les avocats sont invités à faire un don équivalant au taux horaire qu’ils facturent à leurs clients… qui peut représenter jusqu’à près de 100 fois le salaire minimum.

« C’est un plaster, Juripop ! dit Me Cloutier. 80 % des gens qui vivent un litige refusent de faire valoir leur droit, car ils jugent que cela coûtera trop cher. Ensuite, des 20 % restants, il reste l’aide juridique et ceux qui peuvent se payer des avocats. Il est là, notre défi, c’est de convaincre ceux qui renoncent à leur droit de se défendre, de l’importance de le faire valoir. »

Louise Harel et Michelle Courchesne se réjouissent toutefois que, pour la première fois depuis longtemps, on discute d’accès à la justice. Dès janvier, les personnes gagnant le salaire minimum auront accès au volet gratuit de l’aide juridique.

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Moi, c’est fini, je ne fais plus de politique, je ne désire plus en faire, je ne côtoie plus le monde politique

9 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 3 juillet 2015 05 h 39

    Mes félicitations....

    Après la politique, il y a la vraie vie. Bravo d'aller au-delà de leurs croyances politiques pour faire équipe

  • Jacques Brisson - Inscrit 3 juillet 2015 06 h 12

    La loi spéciale 78: nous n'oublierons pas

    « Ce conflit-là, ça a fait partie de mes responsabilités à un moment X, ce conflit-là va faire partie de l’histoire du Québec, mais c’est derrière nous ». C'est facile à dire madade Courchesne. Mais nous n'oublierons pas.

    Vous, le pitoyable Jean Charest, la pôvre madame Beauchamp avez marqué une page très sombre de notre histoire. Trop facile d'effacer l'ardoise. Nous n'oublierons pas ce que vous avez fait subir aux étudiants et aux citoyens. Jamais.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 3 juillet 2015 06 h 32

    Bravo Madame Courchesne

    Il fallait s'y attendre de la part de Louise Harel, mais belle surprise de la part de Michelle Courchesne. Mais une surprise qui n'en est pas une car ce n'est pas la première fois que cette dame prend de la hauteur dans ses prises de positions politique et sociale prenant ainsi de plus en plus de distance à l'égard de son ancien parti.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 3 juillet 2015 07 h 00

    Accès à la justice c'est super !

    L'intention est fantastique que celle de rendre accessible la justice pour tout le monde. Juripop est selon ma compréhension des choses de la vraie démocratie. Pas une démocratie dirigée, pas une démocratie de millionnaires qui exige de la privatisation et de la croissance annuelle.
    Il ne reste qu'a souhaiter que l'ajout de Mme Harel et Mme Courchesne à l'équipe de "Juripop" ne soit pas de l'infiltration pour les partis politiques au pouvoir afin d'établir des stratégies pour contrer les mouvements sociaux.
    Bienvenue à Mesdames Harel et Courchesne et longue vie à "Juripop".

  • François Dugal - Inscrit 3 juillet 2015 08 h 07

    La hargne

    La hargne réciproque dont faisait preuve nos deux protagonistes à l'Assemblée Nationale n'était-elle qu'une fumisterie de mauvais goût et un tissus de mensonge?
    Affirmatif, mon colonel.