Québec se dit prêt à acheter des actions de Bombardier

Paris — Québec est prêt à acheter des actions de Bombardier ou à lui accorder un prêt si l’avionneur lui demande une aide financière, notamment pour soutenir son programme CSeries.

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, a lui-même évoqué cette hypothèse dimanche à Paris, quelques heures avant l’ouverture du 51e Salon du Bourget, où il accompagne une délégation québécoise de PME.

Au cours d’une rencontre avec la presse québécoise, le ministre Daoust a révélé que Bombardier est en ce moment à la recherche de financement et que des « conversations » ont eu lieu. La société n’a pas adressé de demande d’aide « formelle » au gouvernement, mais elle n’aura apparemment pas de mal à l’obtenir si elle en fait une.

« Moi, je suis prêt à aider Bombardier parce que j’ai encore confiance en Bombardier. C’est une locomotive économique pour nous », a dit le ministre. Celui-ci admet que l’avionneur est dans le « creux de la vague », mais se montre convaincu qu’il va réussir le pari risqué qu’il a fait en s’attaquant à Airbus et Boeing. De toute façon, reconnaît-il, « le CSeries, on peut le remettre en question, mais au point où est en rendu, on ne va pas l’abandonner ».

Pour le gouvernement, qui entend désormais se poser en partenaire d’affaires, il n’est cependant pas question d’envisager une subvention pour Bombardier. « Si Bombardier a besoin d’un appui financier gouvernemental, si Bombardier en fait la demande, je m’inscrirai en dette ou en “équités” », a prévenu l’ancien banquier, convaincu que le « modèle subventionnaire » a fait son temps.

En clair, entre accorder « une subvention de 100 millions de dollars ou acheter pour 100 millions d’actions sur une émission », Jacques Daoust tranche d’ores et déjà en faveur de la deuxième hypothèse, pour « qu’en bout de ligne, ça soit payant pour les Québécois ».


Nouvelle stratégie

Le ministre a par ailleurs annoncé que le Québec allait se donner l’automne prochain une nouvelle stratégie aérospatiale. Son élaboration commencera dès le mois prochain, fera l’objet d’une grande consultation en novembre, avant de s’inscrire dans le prochain discours du budget.

La politique actuelle remonte à 2006. « On va la rajeunir et la rafraîchir. Les priorités ne sont plus les mêmes. On ne peut pas vivre avec une stratégie qui a neuf ans », a déclaré Jacques Daoust.

Selon lui, la nouvelle stratégie pourrait proposer d’utiliser les infrastructures du secteur de l’aéronautique pour développer d’autres industries, celle de l’automobile électrique par exemple, qui a besoin elle aussi de matériaux composites, de métaux légers, de batteries, etc. « Il faut continuer dans l’aérospatiale, mais est-ce que l’aérospatiale peut être le moteur d’autres métiers ? Je pense que oui », a déclaré le ministre.

Ce grand rendez-vous international de l’aéronautique et de l’espace s’annonce déterminant pour Bombardier et sa nouvelle gamme d’avions moyen-courriers. L’avionneur y présente pour la première fois un CS100 aux couleurs de Swiss et un CS300, qui effectuera chaque jour une démonstration aérienne. L’aide éventuelle du gouvernement pourrait, estiment les observateurs, contribuer au développement d’un troisième modèle, le CS500.

Les avions de la CSeries surprennent

C’est un nouvel argument de vente pour Bombardier : les CSeries peuvent voler plus loin que promis. L’avionneur a inauguré dimanche sa participation au 51e salon du Bourget en annonçant que son nouvel avion, lors des essais en vol, s’était révélé plus performant que prévu. « La consommation de carburant, la charge utile, la distance franchissable et la performance au décollage dépassent les attentes », a révélé l’entreprise.

Bombardier doit revenir dans le détail lundi sur les performances de sa série C, mais déjà les chiffres se veulent impressionnants. Ses nouveaux avions, indique-t-on, peuvent franchir 3300 milles nautiques, soit environ 6100 kilomètres. C’est 650 kilomètres de plus (12%) que la distance estimée au départ. L’appareil consommerait par ailleurs 20% de moins que les avions de séries et 10% de moins que les appareils remotorisés de ses concurrents.


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