La bataille de Chauveau

La candidate caquiste Jocelyne Cazin est connue comme journaliste, entre autres à l’émission J.E.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La candidate caquiste Jocelyne Cazin est connue comme journaliste, entre autres à l’émission J.E.
Les libéraux, caquistes et péquistes ont redoublé d’énergie cette semaine pour faire pencher la balance de leur côté en vue de l’élection partielle dans Chauveau prévue pour lundi. Retour sur une partielle aux allures de baromètre.
 

Les libéraux et caquistes ont donné le ton dès le départ en plaçant sur leurs pancartes deux candidates vedettes. À la CAQ, Jocelyne Cazin s’était fait connaître à l’émission J.E. Quant à la libérale Véronyque Tremblay, elle lisait les nouvelles à l’une des émissions de radio les plus populaires de la capitale encore tout récemment.

« Les gens m’appellent Véronyque, même Véro, nous disait-elle cette semaine. Je tiens pour acquis que les gens vont peut-être voter pour la femme, la personne. Mais il y a des gens aussi qui sont fiers de ce que fait M. Couillard, ils trouvent que c’est un gouvernement courageux. »

Jocelyne Cazin jouait aussi la carte de la proximité. « Je suis une femme du peuple », disait-elle aux clients du casse-croûte où nous l’avons rencontrée. Au lieu de parler de « bureaucratie », elle dénonce la « bureaucrasse ».

Interviewée il y a quelques jours, la candidate de Québec solidaire Marjolaine Bouchard concédait qu’elle avait dû débattre contre des pros du micro. « C’est sûr qu’elles ont plus d’expérience parce que ce sont des journalistes. » Mme Bouchard travaille dans un CHSLD comme éducatrice spécialisée. Le candidat péquiste Sébastien Couture est, lui aussi, un ancien journaliste de la presse locale (L’Écho du Lac).

Avec en plus les candidats d’Option nationale (Stéphanie Grimard), du Parti conservateur (Adrien Pouliot) et du Parti autonomiste (Manuel Mathieu), entre autres, la circonscription est littéralement tapissée de pancartes.

Comme s’il n’y avait pas assez de vedettes sur le terrain, le PQ a dépêché cette semaine Julie Snyder, qui s’est prêtée à une visite remarquée à Wendake. L’animatrice avait beau avoir appris le curriculum vitae de Sébastien Couture par coeur, elle l’a un peu éclipsé pendant son passage.

La circonscription du « deltellisme »

Interrogé là-dessus, le principal intéressé a répondu qu’il était « assez grand » pour ne pas en prendre ombrage. L’homme fait facilement deux têtes de plus que la populaire animatrice. « On travaille très fort sur le terrain tous les jours », dit-il en soulignant qu’il est « un petit gars du coin » avec 15 années d’expérience dans le monde municipal.

Lorsqu’on lui fait remarquer que la CAQ l’a remporté avec de très fortes majorités aux deux derniers scrutins, il répond qu’il n’y a pas « d’allégeance caquiste » dans Chauveau, mais une allégeance « deltelliste » à l’ancien député Gérard Deltell.

Ce dernier, qui est lui-même un ancien journaliste à l’Assemblée nationale, a quitté la CAQ pour se présenter sous la bannière des conservateurs. Sa réputation est si positive que presque tous les candidats s’associent à son nom. À tel point qu’en entrevue cette semaine à Radio-Canada, François Legault a dû répéter que M. Deltell portait aussi les idées de la CAQ. « Il y a Gérard Deltell l’individu, mais il y a aussi les idées de Gérard Deltell. […] Les seuls qui défendent les idées de Gérard Deltell, c’est la CAQ. »

Or, selon la candidate libérale Véronyque Tremblay, les gens du coin trouvent que M. Legault n’a pas donné à M. Deltell l’importance qu’il méritait.

En plus d’avoir donné à M. Deltell trois confortables majorités en 2009, 2012 et 2014, Chauveau avait élu un adéquiste en la personne de Gilles Taillon dès 2007.

Cet immense territoire est situé dans le nord de la ville de Québec entre Wendake et la banlieue cossue du Lac-Beauport. Entre là et certains coins de Loretteville, les écarts de richesse sont importants. C’est une « région-dortoir », nous disait cette semaine Jocelyne Cazin lors d’une rencontre dans un casse-croûte à deux pas de l’autoroute Laurentienne.

« Quand tu fais du porte-à-porte, tu marches très longtemps avant d’atteindre l’autre porte ! », résumait quant à elle Véronyque Tremblay.

Le trafic est d’ailleurs un enjeu clé dans cette circonscription d’étalement. Comme solution, Mme Cazin prône l’élargissement de l’autoroute dans un premier temps. Sa rivale, elle, propose d’asphalter le terre-plein pour en faire une voie supplémentaire pendant les heures de pointe. Sébastien Couture a beaucoup parlé de transport actif, et Marjolaine Bouchard, d’électrification des transports.

Il a aussi été beaucoup question de santé dans cette campagne. Mme Cazin réclamait la réouverture d’une urgence locale la nuit, alors que Mme Tremblay défendait le modèle Barrette des supercliniques. « Je ne comprends pas comment elles peuvent dire que c’est leur priorité, alors qu’elles veulent toutes les deux couper », dénonçait cette semaine la candidate de QS.

QS, le PQ et la CAQ tablent en outre sur le mécontentement envers les mesures d’austérité imposées ces derniers mois. Lors de notre rencontre avec Mme Cazin, une jeune infirmière l’a interpellée sur des coupes de services dans les cours prénataux à son CLSC. « C’est pour ça que la CAQ existe, de lui répondre Mme Cazin. Pour qu’on arrête de couper dans les services. Les dépenses, c’est la bureaucratie. »

Des résultats très attendus

La campagne dans Chauveau a tellement mobilisé d’attention, qu’on en a presque oublié l’autre partielle qui se déroule en même temps dans Jean-Talon à l’autre bout de la ville. Laissée vacante par la démission d’Yves Bolduc, cette circonscription élit le PLQ depuis les années 1960.

Le libéral Sébastien Proulx, qui est un ancien de l’ADQ, y affronte Alain Fecteau (CAQ), Clément Laberge (PQ), Amélie Boisvert (QS) et de nombreux petits partis.

Dès lors, au-delà des vedettes, Chauveau a mobilisé beaucoup d’énergie parce que les résultats paraissent plus imprévisibles.

Tous les yeux sont tournés vers la CAQ, qui a beaucoup à y perdre, mais table sur le fait que le parti l’a remporté facilement en octobre lors de la partielle dans Lévis. Les péquistes, eux, y mesureront le soi-disant « effet PKP », alors que les libéraux chercheront à en tirer profit. « C’est clair que M. Péladeau, plus il a de votes, plus ça nous aide », a déclaré mardi le ministre Sam Hamad aux médias.

Le compte Twitter de Cazin piraté ?

Le gazouillis surgit sur le compte de Jocelyne Cazin mercredi soir, après le passage médiatisé à souhait de l’animatrice vedette Julie Snyder dans Chauveau. « Je te dis que la Julie a eu le crachoir », est-il écrit. Le message de 40 caractères est immortalisé par des adeptes de captures d’écran, avant d’être supprimé. Mme Cazin offre ses plus plates excuses, ajoutant toutefois qu’elle n’y est pour rien. « Mon compte Twitter a été piraté », soutient la candidate caquiste. Elle disparaît aussitôt du radar médiatique.

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau n’en croit pas un mot. Il accuse à demi-mot Mme Cazin d’avoir menti en attribuant à un « pirate » virtuel la publication du gazouillis mettant en cause son épouse. « Je n’achète pas cette explication-là », affirmait-il vendredi. Il s’interroge sur la stratégie « bric-à-brac » privilégiée par la CAQ pour mettre un point final à cette controverse. Aux yeux de l’élu caquiste François Bonnardel, Mme Cazin « n’aurait jamais écrit ça, surtout pas à cinq jours du vote ». D’autant plus que la « campagne [est] si âprement disputée ».
Marco Bélair-Cirino
4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 6 juin 2015 07 h 36

    Mystère

    Je ne comprends pas encore ce qu'est allé faire Jocelyne Cazin dans cette galère. Aucun lien particulier avec la population de Chauveau, aucun historique politique derrière elle, dans mon esprit le mystère reste... mystérieux

  • Jacques Boulanger - Inscrit 6 juin 2015 08 h 41

    Une pôvre opportuniste libérale dont les tardives convictions caquistes n'ont d'autres fins que celles de lui procurer un siège apparemment «facile» de député. Elle pourrait bien être dépitée le soir du scrutin. Enfin, je lui souhaite ardemment, parce que tout simplement, je n'aime pas les arrivistes qui n'ont d'autres ambitions que de se servir eux-mêmes avant les autres qu'ils mettent pourtant devant hypocritement. Ainsi va la politique chez ceux qui n'ont d'autre idéologie que le statu quo et l'enfermement sur soi.

  • Yves Corbeil - Inscrit 6 juin 2015 10 h 00

    Ça me rend malade l'halloween en Juin.

    '' Le trafic est d’ailleurs un enjeu clé dans cette circonscription d’étalement. Comme solution, Mme Cazin prône l’élargissement de l’autoroute dans un premier temps. Sa rivale, elle, propose d’asphalter le terre-plein pour en faire une voie supplémentaire pendant les heures de pointe. Sébastien Couture a beaucoup parlé de transport actif, et Marjolaine Bouchard, d’électrification des transports.''

    Ni un ni l'autre n'a pensé à réduire l'écart de richesse qui existe dans Chauveau et ailleur au Québec, non l'autoroute et peut-être une superclinique si y vote du bon bord.

  • Dany Jadot - Inscrit 6 juin 2015 20 h 49

    La CAQ et les " démissions "

    Ce qui me désole le plus dans tout ça, c'est que certains semblent oublier que ces partielles, qui nous coûtent une fortune, sont causées d'un côté par le départ de Deltell et de l'autre celui de Bolduc.

    Les gens semblent avoir la mémoire courte lorsque, à peine à mi-mandat, leur candidat chéri lève les feutres pour des jours meilleurs au fédéral ou démissionne pour les raisons qu'on connaît malheureusement trop bien...

    Habitant de Lévis, j'ai amèrement regretté mon vote pour Christian Dubé. On voit à quel point il avait à coeur de nous représenter!

    Je ne serais pas surpris que les électeurs de Québec réélisent les même partis. C'est assez triste!