Jacques dans l’oeil de Jacques

La complicité entre les deux Jacques, août 2012
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La complicité entre les deux Jacques, août 2012

Jacques Parizeau, c’était comme mon deuxième père. Et j’ai eu la chance de le lui dire avant qu’il parte. C’était en octobre dernier. M. Parizeau recevait un doctorat honoris causa de l’Université de Montréal sur le parquet de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui s’appellera maintenant Édifice Jacques-Parizeau.

Lors de son discours, on pouvait sentir une hypersensibilité, une humilité, une grande force humaine.

Après la cérémonie, nous étions un petit groupe de personnes réunies pour lui rendre hommage. J’ai profité de cette occasion, cette dernière occasion, pour lui dire ce que je ressentais pour lui : qu’il était comme mon deuxième père et que j’aimais cet humain.

Comme photojournaliste couvrant l’actualité politique, j’ai suivi René Lévesque et Jacques Parizeau un peu partout, au Québec comme à l’extérieur.

Les deux hommes étaient très respectés. Accompagner des politiciens de cette stature m’a fait vivre un sentiment extraordinaire.

J’ai appris d’eux qu’il faut foncer dans nos projets avec toute notre conviction.

Au cours de sa carrière, Jacques Parizeau a donné le goût de s’intéresser à la politique, à l’économie. Il a voulu nous apprendre à devenir autonomes.

Il y a quelques semaines, une maison de production m’a demandé de participer à un documentaire sur Jacques Parizeau. Depuis ce temps, j’ai regardé des centaines de photos de lui, de toutes les époques, dans toutes les situations.

À la veille de sa mort, j’avais justement terminé de faire la sélection des images.

Ne restait plus qu’à obtenir l’accord de sa femme Lisette Lapointe pour interviewer Jacques Parizeau.

Puis, à 5h mardi matin, j’ai reçu un appel m’apprenant sa mort. La difficulté de vivre ce deuil commençait.

J’ai pensé à sa femme et à ses enfants, à combien ça pouvait être difficile de vivre ce grand vide. En observant cet homme depuis plusieurs années, j’ai vu qu’il était un homme loyal, passionné et réfléchi.

J’ai assisté, avec une collègue, à l’une de ses dernières entrevues. Il prenait toujours le temps de bien réfléchir avant de répondre.

À une question posée en octobre sur la plus grande satisfaction de sa carrière, Monsieur a répondu : l’enseignement.

Lors du lancement de mon livre Carré rouge, préfacé par lui, il avait prononcé un discours sur la mobilisation de la jeunesse qui avait ébranlé les murs du Lion d’or. Je devais parler juste après lui, et c’était très difficile.

L’une de ses priorités, c’était la jeunesse, de laquelle il a toujours voulu être entouré.

Découvrez le monde, faites-vous un nom, disait M. Parizeau. L’important, c’est que vous vous souveniez d’une chose : il n’y a qu’un endroit au monde que vous pourrez appeler « chez moi ».

Les humains ne meurent pas.

Leur corps cède.

Mais ils continuent de vivre à travers le privilège de la relation qu’ils nous ont accordée.

1 commentaire
  • Gaston Bourdages - Abonné 6 juin 2015 06 h 16

    Mercis à vous, les deux «Monsieur» Jacques.

    Tous deux pour le généreux partage de beautés vous habitant et l'invitation à faire fructifier celles dont nous sommes les dépositaires.
    Monsieur Nadeau: superbe éloge que celui jaillissant de votre tout aussi superbe article. Un «papier» plein de perceptible(s) dignité(s).
    Et si j'osais corriger votre titre par «Jacques dans le coeur de...Jacques», vous réagiriez comment ?
    Oui, mercis à vous deux d'avoir été et d'être.
    Sans prétention et avec mes profonds respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.