Québec manquait d'informations, admet Heurtel

En décembre, le béluga du Saint-Laurent a officiellement été classé par Ottawa comme étant « en voie de disparition ».<br />
Photo: GREMM En décembre, le béluga du Saint-Laurent a officiellement été classé par Ottawa comme étant « en voie de disparition ».

Québec ne disposait pas de toutes les informations nécessaires pour prendre sa décision d’octroyer des permis de forage au large de Cacouna à la pétrolière TransCanada, a reconnu jeudi le ministre libéral de l’Environnement, David Heurtel.

Le gouvernement Couillard « aurait dû avoir une meilleure compréhension et de meilleures informations scientifiques » sur l’état des bélugas dans le secteur de Cacouna avant de délivrer un certificat d’autorisation de forage à l’albertaine TransCanada, a reconnu le ministre, quelques heures après avoir dévoilé un rapport préparé à la suite d’une enquête interne qu’il a commandée.

TransCanada a procédé, l’an dernier, à des levés sismiques ainsi qu’à des forages dans le secteur de Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent. C’est à la suite d’un recours en justice mené par des groupes environnementaux que l’entreprise a accepté de demander un certificat d’autorisation au gouvernement québécois. Celui-ci lui a donné le feu vert, mais les tribunaux ont à nouveau forcé l’arrêt des travaux, jugeant qu’il y avait eu « une faille dans le processus décisionnel du ministre » de l’Environnement, David Heurtel.

Or, le rapport d’enquête publié jeudi révèle que les fonctionnaires ayant travaillé à la délivrance du certificat d’autorisation, à l’automne dernier, ont omis d’indiquer que « le béluga est une espèce en péril et qu’il est probablement en voie de disparition ». En l’absence de ces renseignements, le gouvernement Couillard avait d’abord autorisé TransCanada à effectuer des travaux en milieu marin, malgré l’opposition et les risques majeurs pour le béluga du Saint-Laurent. En décembre, le béluga du Saint-Laurent a officiellement été classé par Ottawa comme étant « en voie de disparition ».

Le rapport d’enquête fait état d’« irrégularités » au cours du processus, mais indique qu’il est « peu probable » qu’il y ait eu malversation ou ingérence politique de la part du gouvernement Couillard.

L’examen spécial a permis de constater que d’autres omissions mineures ont eu lieu et souligne l’inexpérience du jeune employé chargé du dossier au sein du ministère.

Québec devrait revoir en profondeur ses processus d’analyse afin de tenir compte des « problématiques particulières » sur les impacts environnementaux, notamment.

« Ce qui est clair, c’est qu’on aurait dû en effet avoir une meilleure compréhension de la situation. C’est ce qu’on va faire à l’avenir », a dit le ministre Heurtel en point de presse, jeudi.

Pourtant, le secteur de Cacouna, près de Rivière-du-Loup, est reconnu depuis des années comme la pouponnière de l’espèce. Un document de la pétrolière daté du 24 juillet dernier qualifiait la région d’« habitat critique ». TransCanada aurait déjà dû être au courant de ces faits, puisqu’elle avait développé, en 2007, un projet de port méthanier à Cacouna.

Ce rapport a été rendu public alors que le Québec et l’Ontario ont conjointement demandé à l’Office national de l’énergie (ONE) de préciser comment il entend mener l’examen du projet Énergie Est, dans le contexte où d’importantes modifications au projet sont attendues au cours des prochains mois. Le tracé de l’oléoduc entre Lévis et le Nouveau-Brunswick devra changer en raison de l’abandon du projet Cacouna. Ce n’est qu’à la fin de l’année que le nouveau parcours du pipeline doit être connu. Pourtant, l’ONE étudie actuellement le projet, sans toutes les informations nécessaires, selon les ministres québécois et ontarien chargés du dossier de l’énergie.

On aurait dû avoir une meilleure compréhension de la situation

10 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 5 juin 2015 06 h 22

    " « Ce qui est clair, c’est qu’on aurait dû en effet avoir une meilleure compréhension de la situation. C’est ce qu’on va faire à l’avenir », a dit le ministre Heurtel en point de presse "?

    Le fait d'octroyer des permis de forage au large de Cacouna malgré les risques pour les bélugas mériterait de faire perdre à M. Heurtel son poste de ministre. Espérons que les partis d'opposition à l'Assemblée nationale vont tout faire pour que cela se produise!

  • Josée Duplessis - Abonnée 5 juin 2015 06 h 48

    ont omis d’indiquer que « le béluga est une espèce en péril et qu’il est probablement en voie de disparition »
    Bien oui. Est-ce qu'on peut accorder une pleine confiance à ce gouvernement qui fait fi de l'environnement au profit de l'argent?
    Une chance qu'il y a des organismes environnementaux.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 5 juin 2015 06 h 52

    Balivernes et grossiers mensonges

    Les raisons données par le ministre sont enfantines et peu crédibles. On dirait que le bureau du Premier ministre peut faire faire et dire n'importe quoi à un ministre de l'Environnement. N'importe qui au ministère de l'Environnement et au bureau du Premier ministre savait que le béluga est une espèce en péril ou pire, en voie de disparition: le droit fédéral est à cet effet et sa consultation s'imposait au ministère. De plus, il y a le parc marin du Saguenay à proximité et des scientifiques basés à Rimouski et ailleurs étudient les deux depuis des décennies. Surtout, le certificat d'autorisation a été émis après le dépôt de procédures judiciaires dans lesquelles le gouvernement était partie prenante et qui avaient pour objet essentiel la protection du béluga, une espèce protégée par le droit fédéral. Des auditions et des discussions ont certainement eu lieu entre les avocats du gouvernement et les avocats des autres parties. Il fallait être très prudent et le contraire s'est produit. Le sous-ministre a certainement été consulté. Encore une fois, le ministre Heurtel se discrédite et dit n'importe quoi. Une décision politique trop rapide et mal ficelée a été prise au bureau du Premier ministre et l'on a demandé au ministre ou au sous-ministre d'y donner suite. Un fonctionnaire anonyme a alors été désigné et il a fait ce qu'on lui demandait de faire, signer.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 juin 2015 10 h 43

      Incompétence, tout simplement incompétence.

  • François Dugal - Inscrit 5 juin 2015 08 h 02

    Les bonnes intentions

    Mais de quoi donc est pavé l'enfer ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 juin 2015 08 h 46

    Le fameux projet St-Laurent

    Risque de retenir l'attention avec M.Péladeau au cours des prochaines semaines. Ça va permettre au ministres de l'éducation et de la santé de respirer un peu.