«Voulez-vous faire le tour du Québec ?»

Marie-Josée Gagnon et Monsieur, à l’époque où elle était attachée de presse du premier ministre.
Photo: Michel Ponomareff Marie-Josée Gagnon et Monsieur, à l’époque où elle était attachée de presse du premier ministre.

Elle avait 22 ans, aucune expérience en relations publiques ou en politique, mais toute la fougue du monde. C’est vers Marie-Josée Gagnon que s’est tourné Jacques Parizeau, en 1990, au moment de choisir une nouvelle attachée de presse. Pendant six ans, elle le côtoiera sept jours sur sept, fera le tour du Québec des douzaines de fois, partagera ses victoires… et ses défaites.

Marie-Josée Gagnon voulait être journaliste. Aussi n’a-t-elle pas répondu immédiatement lorsque la rédactrice en chef d’un magazine où elle pigeait s’est empressée de lui parler d’un emploi pour lequel elle était faite. Jacques Parizeau, elle l’avait rencontré deux fois : à l’UQAM, elle était parvenue à le « kidnapper » pour les initiations. Puis à un gala.

L’entretien avec le chef de cabinet, Jean Royer, dure à peine 15 minutes. Puis vient le temps de rencontrer « Monsieur ». « Finalement, il me dit de passer le voir chez lui, à Outremont, plus tard. […] À un moment, il m’a demandé ce que je faisais en fin de semaine. Puis il m’a dit : “Voulez-vous faire le tour du Québec ?” »

Pendant six ans, elle fera partie de la légion de jeunes adultes qui entouraient M. Parizeau, comme chef de l’opposition puis premier ministre. « Il n’a jamais vieilli, il ne sera jamais mort. Il aimait profondément la jeunesse. Il croyait que la souveraineté passait par elle. Il a toujours été moderne, a conservé sa capacité d’émerveillement. Probablement que, chez les gens plus âgés, il ne le voyait pas, et ça le blasait. »

Marie-Josée Gagnon a toujours joui de toute la liberté et de toute la confiance nécessaires pour faire son travail. Elle a notamment pu le convaincre de créer le premier site Web du gouvernement du Québec, quelques mois après la Maison-Blanche.

Puis il y a eu le référendum. Puis le discours de défaite. Et cette phrase. « Une phrase précédée d’un “nous”. Je connaissais ses discours par coeur. Je savais exactement où il s’en allait. Ce n’était pas dans la bonne direction. Il a eu cette phrase, qui pendant dix ans a paralysé le mouvement. »

Au moment de rendre sa démission, il la nomme dans la capitale française, comme chef de cabinet de Marcel Masse, à la délégation du Québec à Paris. Ils sont peu restés en contact par la suite. « Je ne suis pas nostalgique. On avait tourné la page, et c’était correct ainsi. Il m’a dit : “Madame Gagnon, il est temps que vous preniez soin de vous.” Je l’ai écouté. »

Aujourd’hui, la fougueuse étudiante est devenue, à son tour, leader. Elle a fondé Casacom, un grand cabinet de relations publiques. Par la suite, elle a souvent joué les entremetteuses entre M. Parizeau et des personnes qui cherchaient à le contacter. Puis une dernière fois, comme à l’époque, ils se sont rencontrés pour un briefing, à la veille de son passage à Tout le monde en parle, en 2009. « Rien n’avait changé dans ce rapport paternel, presque. Il me respectait beaucoup et c’était réciproque. »

Ce soir-là, à Tout le monde en parle, Jacques Parizeau dira : « I am on my way out. » Il n’a toutefois jamais réellement quitté la sphère publique.