Un grand héritage à souligner et partager

Pauline Marois en septembre 1989, au lendemain de son élection dans la circonscription de Taillon
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pauline Marois en septembre 1989, au lendemain de son élection dans la circonscription de Taillon

Pour Jacques Parizeau, l’indépendance était le plus élémentaire des respects qu’une nation devait avoir pour elle-même. Plus encore, c’était la capacité de faire du Québec un État plus riche et plus efficace, mais surtout un pays qui pouvait aller au bout de son potentiel. Cette vision a traversé sa vie.

Je l’ai eu comme professeur durant ma maîtrise en administration des affaires à l’École des HEC à Montréal. Il n’avait pas 45 ans et c’était déjà un géant.

Membre d’une petite équipe de hauts fonctionnaires brillants et intrépides, il avait accompagné René Lévesque dans la nationalisation de l’électricité et participé à la création des plus grandes institutions économiques de l’État québécois.

J’étais fascinée de le voir partager généreusement son savoir, mêlant enthousiasme et sévérité, créativité et rigueur. M. Parizeau ne tolérait pas les approximations. Il avait pour ambition de doter le Québec d’une nouvelle génération de décideurs. Une telle quête ne pouvait souffrir aucun raccourci.

Quelques années plus tard, alors ministre des Finances, il m’a proposé de devenir son attachée de presse. C’est avec lui que j’ai fait mes premiers pas dans une aventure qui allait s’étendre sur plus de trente-cinq ans.

Toujours un professeur

Comme patron, j’ai retrouvé l’homme courtois et exigeant que j’avais connu. Il attendait de son personnel une loyauté absolue et exigeait de lui la rigueur qu’il s’imposait à lui-même. Toutes celles et tous ceux qui ont travaillé avec lui vous diront que son engagement envers le Québec était absolu.

J’ai continué à côtoyer Jacques Parizeau comme collègue au conseil des ministres puis lorsqu’il devint chef de l’opposition officielle, dans les moments les plus exaltants et les plus difficiles.

Lors des élections de 1989, nous sommes tous les deux revenus à l’Assemblée nationale, désireux de voir le Québec prendre son avenir en main. On se souviendra que, dans la foulée du rejet de l’accord du lac Meech, M. Parizeau avait su tendre la main à Robert Bourassa pour tracer un nouveau chemin visant à sortir le Québec de l’impasse créée par le coup de force constitutionnel de 1982. Il avait mis la partisanerie de côté pour privilégier l’unité nationale du Québec.

L’histoire se souviendra de la séquence d’événements qui a conduit le Parti québécois au gouvernement et nous a permis de tenir un référendum avec la conviction que les conditions étaient réunies pour que le peuple québécois accède à sa pleine souveraineté. Nous étions préparés à relever tous les défis.

À la suite des élections de 1994, M. Parizeau m’a demandé d’assumer le rôle de présidente du Conseil du trésor. En vue du référendum, il m’avait confié la mission de m’adresser aux femmes du Québec, de les convaincre de la nécessité de nous donner un pays pour décider par nous-mêmes et pour nous-mêmes. La joute ne s’est pas déroulée dans le respect des règles et le résultat ne fut pas à la hauteur de nos attentes. La déception fut cruelle, elle l’est encore aujourd’hui.

Un héritage immense

Ce que nous devons garder de M. Parizeau, c’est sa rigueur dans la préparation de cette échéance. Sa détermination aura été sans faille.

Ce que cet architecte de vastes pans de l’État québécois m’a d’abord donné, c’est l’occasion de parfaire ma connaissance de ses rouages. Mais, aujourd’hui, ce que je retiens encore plus, c’est sa détermination à ouvrir les portes de notre avenir. Sa présence infatigable auprès des jeunes, jusqu’à la fin de sa vie, témoigne de sa volonté de transmettre le flambeau à la relève. Ce défi de passer la main à celles et ceux qui nous suivent est le principal défi de ceux qui portent un grand projet. Lorsque le Parti québécois est redevenu l’opposition officielle, après un passage comme deuxième groupe d’opposition, il m’avait dit, impressionné par la qualité de notre équipe : « Nous avons prouvé que nous ne sommes pas le parti d’une seule génération. »

Aujourd’hui, l’héritage de Jacques Parizeau est bien visible dans toutes nos institutions et dans tous les secteurs de notre société. Pour tous ceux qui croient à un Québec maître de son destin, Jacques Parizeau a été un mentor, une source d’inspiration. Pour toutes les Québécoises et tous les Québécois, il est un modèle d’engagement, un passeur et un bâtisseur.