Le critique

M. Parizeau insistait sur la nécessité pour les gouvernements de mettre de côté la «peur» qui caractérise le discours sur l’état des finances publiques. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir M. Parizeau insistait sur la nécessité pour les gouvernements de mettre de côté la «peur» qui caractérise le discours sur l’état des finances publiques. 

Il avait quitté la vie politique active depuis près de 20 ans. Mais depuis, Jacques Parizeau ne s’est pas fait prier pour critiquer publiquement des décisions politiques qu’il jugeait néfastes pour la nation québécoise. Plusieurs reconnaissent d’ailleurs la rigueur de ses analyses, particulièrement sur les questions économiques.

L’ancien premier ministre a ainsi dénoncé à plusieurs reprises la politique du déficit zéro au Québec, devenue une obsession depuis près de deux décennies. « À partir du moment où vous fixez l’objectif zéro pour une date butoir et que ça devient une religion, vous cessez de réfléchir. On coupe partout, on ne se pose pas de questions », affirmait-il encore au Devoir en février 2013.

M. Parizeau insistait ainsi sur la nécessité pour les gouvernements de mettre de côté la « peur » qui caractérise le discours sur l’état des finances publiques. Dans une longue analyse de la situation publiée en mai 2013, l’économiste soulignait plutôt l’importance de stimuler la croissance, mais aussi d’augmenter la productivité des entreprises et d’accroître la formation professionnelle et technique.

Bien au fait des dossiers de Ressources naturelles depuis des décennies, Jacques Parizeau avait aussi vivement dénoncé la première mouture du Plan Nord libéral, qui ouvrait selon lui toute grande la porte à une dilapidation de fonds publics. « Je ne vous dirai pas que ça fait “ bar ouvert ”, mais les compagnies qui ont des projets dans le Nord ont compris immédiatement ce qu’elles pouvaient en tirer. Le Plan Nord laisse plusieurs portes ouvertes, avait-il dit en entrevue. […] On est sur le point de se faire avoir. »

La fine analyse

Sur de tels enjeux, il avait « une immense capacité d’analyse et de synthèse », insiste d’ailleurs Jacques Fortin, professeur honoraire à HEC Montréal. Même son de cloche du côté d’André Véronneau, président de l’Institut de recherche en économie contemporaine. « Lorsqu’il analysait un dossier, par exemple celui du Plan Nord, ou alors les finances publiques, il le faisait toujours de façon très rigoureuse. Et il ne faut pas oublier qu’il pouvait apporter une dimension historique aux dossiers », explique-t-il.

Le leader souverainiste avait justement expliqué la possibilité d’envisager la gratuité scolaire au Québec en appuyant son argumentaire sur des rappels historiques qu’il jugeait essentiels pour aborder l’épineux débat. Après tout, disait-il, le gouvernement a imaginé la création du réseau des universités du Québec dans cette perspective, et ce, dès les années 60.

« Il ne faut pas oublier son chapeau de professeur d’université, qui ne l’a jamais quitté. Il avait cette idée d’échanger, d’expliquer, d’argumenter et de faire évoluer les mentalités », insiste Catherine Côté, professeure à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Des prises de positions très critiques, notamment par rapport au projet de charte des valeurs du Parti québécois, ont néanmoins suscité de vives réactions, surtout chez les péquistes. « Il faut voir le personnage tel qu’il est, rappelle toutefois Mme Côté. Souvent, en faisant référence à son rôle de “ belle-mère ”, on s’imaginait un ancien premier ministre qui revenait parler. Mais c’est réducteur du personnage lui-même. »

« Il faut se rappeler qu’il a été conseiller d’anciens premiers ministres, mais aussi “ serviteur de l’État , ajoute-t-elle. Bref, il a toujours eu son mot à dire d’une manière ou d’une autre. Donc, selon moi, il ne mettait pas nécessairement son chapeau d’ancien premier ministre lors de ses interventions, mais plutôt celui d’une personne qui avait contribué très fortement à bâtir le Québec et donc, qui continuait de donner son avis. »

Selon cette spécialiste de la communication politique, M. Parizeau n’ignorait cependant pas l’impact probable de ses prises de position. Ce serait justement dans cette optique qu’il s’était montré très critique du défunt Accord multilatéral sur l’investissement, mais aussi de la fusion de la Bourse de Montréal avec celle de Toronto.