Le négociateur international

Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

De mémoire de Parisien, personne n’a jamais vu ouvertes les majestueuses portes de l’Assemblée nationale française qui contemplent la place de la Concorde. Et pour cause, les deux dernières fois, ce fut en 1977 pour René Lévesque et en 1995 pour Jacques Parizeau, qui en monta les marches à quelques mois du référendum.

Paris était en effervescence, se souvient l’ancien ministre de Jacques Chirac, Pierre-André Wiltzer, alors vice-président de l’Assemblée nationale. Les élites politiques françaises se pressaient autour du premier ministre québécois élu quatre mois plus tôt.

« Nous avions beaucoup discuté du référendum que nous avions préparé autant que nous le pouvions, dit Wiltzer. Si le oui l’emportait, le gouvernement français avait manifesté sa volonté d’accompagner le Québec et de faire jouer son influence. C’était une opinion aussi bien partagée à gauche qu’à droite. » En pleine campagne présidentielle, les candidats Jacques Chirac et Édouard Balladur assurèrent tous deux Jacques Parizeau de leur soutien.

« C’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’estime, dit Wiltzer. Un esprit solide et une personnalité forte qui a eu un réel courage politique. Il a aussi assumé la défaite avec dignité et élégance. » Pierre-André Wiltzer avait connu Parizeau en 1978 lorsqu’il était chef de cabinet du premier ministre Raymond Barre, qui institua les visites annuelles alternées entre premiers ministres français et québécois. « Parizeau n’aurait jamais permis la banalisation des relations France-Québec à laquelle nous assistons aujourd’hui de part et d’autre », dit-il.

« Une vision moderne de la souveraineté »

En 1995, plutôt qu’une reconnaissance immédiate, l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard proposait de faire jouer l’influence de la France afin d’inciter plusieurs pays européens à poser ce geste ensemble. « C’est une énorme émotion d’apprendre sa mort, dit ce vieil ami du Québec. À l’époque, je servais un peu au PQ de conseiller officieux en matière diplomatique. Parizeau et moi avions des affinités à cause de notre connaissance des milieux de l’économie et de la finance. J’avais beaucoup d’admiration pour son savoir et sa capacité de se défendre contre les ignorants. C’est dangereux, les ignorants, vous savez. »

Les deux hommes avaient non seulement des complicités politiques, mais aussi littéraires. Ils se délectaient tous deux du Caporal épinglé de Jacques Perret, un roman humoristique qui raconte les mésaventures d’un soldat prisonnier de guerre.

Jacques Parizeau était chez lui en France. C’est là qu’il avait puisé le modèle de la Caisse de dépôt. Il était non seulement diplômé de l’Institut d’études politiques et de la Faculté de droit de Paris, mais il a aussi possédé un hectare de vignes près de Collioure qui produisait un Coteau de l’Élisette dont les cuvées 2000 et 2001 avaient reçu de bonnes critiques.

Pour l’ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, aujourd’hui sénateur, Parizeau symbolisait « une vision moderne de la souveraineté. Il n’était pas le symbole du repli, quoi qu’on dise aujourd’hui. Il a rejoint les chefs souverainistes qui ont marqué l’histoire et laissé une trace profonde. Pour moi, le souverainisme n’est pas fini. La souveraineté nationale, c’est un autre mot pour la démocratie. Je ne partage pas la désespérance de certains. Vous savez, l’histoire est longue ».

C’est quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’estime. Un esprit solide et une personnalité forte qui a eu un réel courage politique. Il a aussi assumé la défaite avec dignité et élégance.