Lucien Bouchard rend hommage au «géant» Parizeau

L’ancien premier ministre Lucien Bouchard
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir L’ancien premier ministre Lucien Bouchard

L’ancien premier ministre Lucien Bouchard, qui a mené la campagne référendaire de 1995 aux côtés de Jacques Parizeau, a levé son chapeau devant « le géant » qu’a été ce grand serviteur de l’État, puissant ministre des Finances et trop brièvement premier ministre, selon lui.

« C’est un géant qui est parti. C’est tout un pan de mur de l’histoire contemporaine qui vient de s’abattre, a commenté M. Bouchard, au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, mardi. Je pense que M. Parizeau a été au coeur de la vie politique et économique de deux générations de Québécois. »

Après le premier choc du décès de M. Parizeau, M. Bouchard constate qu’« il y a une sorte de vide par rapport à des gens de ma génération et même de la génération qui a suivi immédiatement ».

M. Parizeau a longtemps été serviteur de l’État, comme conseiller gouvernemental. Il a été « un père de la fonction publique québécoise » puisqu’il a contribué à l’édification de plusieurs grandes institutions à caractère économique, souligne M. Bouchard.

Ensuite, il a été un puissant ministre des Finances sous René Lévesque, mais peu de temps premier ministre, a rappelé Lucien Bouchard. Comme premier ministre, M. Parizeau a manqué de temps, a soutenu M. Bouchard.

« C’était son rêve d’être premier ministre, vous savez ? Pour lui, être premier ministre, il éprouvait pour la fonction un respect, un dévouement presque total. Cette fonction, il la voyait au sommet de la pyramide de l’État. Là-dessus, il n’a pas eu beaucoup de temps ; le temps lui a manqué. Un an, à peine un an, en réalité, c’est court. Et c’est un an qui a été consacré à l’effort référendaire, de sorte qu’il aura été un premier ministre référendaire, en réalité », a déploré M. Bouchard.

« Il n’a pas eu beaucoup de temps pour se consacrer à l’administration de l’État, qui était probablement ce qui l’intéressait tout autant. Mais les circonstances ont voulu qu’il doive se consacrer de façon quasi totale à la préparation du référendum », a-t-il ajouté.

De l’épisode référendaire qu’ils ont traversé ensemble en 1995, M. Bouchard dit conserver le souvenir qu’ils poursuivaient tous deux le même objectif et que, pour ce faire, ils s’étaient entendus sur les moyens d’y parvenir.

Depuis, il affirme que ses relations avec M. Parizeau étaient « correctes ».

Comme M. Bouchard, après son engagement politique, M. Parizeau a aussi milité pour l’éducation et l’enseignement supérieur, croyant qu’il était crucial d’y investir pour l’avenir de son peuple. « Il était un universitaire d’abord et aussi un professeur », a rappelé M. Bouchard.

3 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 2 juin 2015 20 h 21

    L'estime de Lucien Bouchard envers Parizeau n'était pas réciproque


    Si Lucien Bouchard estimait Parizeau, on ne peut pas dire que c'était réciproque. Loin de là!

    Puisque dans son livre titré «La Souveraineté du Québec» publié en 2009, Jacques Parizeau critique vertement «Les lucides» du « Manifeste pour un Québec lucide» dont Lucien Bouchard était un des signataires et instigateurs, en les traitant sans réserves de «déclinologues».

    C'est à dire, des agitateurs d'épouvantails à moineaux de la dette publique, pour mieux pouvoir imposer leurs politiques de déficit zéro et leurs régimes d'austérité aux citoyens d'une main, pendant qu'ils gavaient éhontément, les banques et les multinationales à coups de milliards avec les taxes et les impôts des petits travailleurs de l'autre.

    Heureusement que les critiques de Québec Solidaire contre les lucides furent confirmées par Jacques Parizeau, tout comme le réalisme de la gratuité scolaire d'ailleurs.

    Parce, lorsque que Québec Solidaire dénonçait les lucides et leur religion du déficit zéro, on nous targuait encore d’irréalistes.

    Mais à entendre les éloges tous azimuts que reçoit actuellement notre ancien premier ministre.. II faut croire que l'histoire nous aura encore donné raison.

    Christian Montmarquette

  • Geneviève Talbot - Abonnée 3 juin 2015 10 h 32

    Lulu et Monsieur\

    Dans tous les commentaires que j'ai entendu hier, la plupart reconnaissait que les rapports entre Lucien Bouchard et Jacques Parizeau étaient au plus mal.Ici Lulu fait oeuvre de politesse, mais on ne peut concevoir deux positions idéologiques plus oppoées sur les questions centrales de la souveraineté et des finances de l'État. Alors que monsieur Parizeau était tourné vers le long terme et l'audace de faire l'indépendance du Québec, Lucien Bouchard était un serviteur du cout terme, les yeux fixés sur la quote des agences et prêt a y soumettre l'enjeu majeure de son parti: faire du Québec un pays. C'est beaucoup a cause de Lulu si on en est encore a piétiner aujourd'hui. Et malheureusement Parizeau ne sera plus la pour nous aiguillonner, pour nous empêcher de s'endormir sur le statu quo. Vite le ralliement des indépendantistes de tout azimut pour reprendre le flambeau que nous ont transmis René Lévesque et Jacques Parizeau.

    • Christian Montmarquette - Abonné 3 juin 2015 15 h 59


      «Vite le ralliement des indépendantistes de tout azimut pour reprendre le flambeau » - Geneviève Talbot

      Merci Madame Talbot.

      C'est drôlement rafraîchissant d'entendre quelqu'un prôner un ralliement, plutôt que le sempiternel : «ni de gauche, de droite», qui exclu toutes les tendances finalement. Et bien évidemment, surtout «la gauche», puisque le PQ est de droite.

      Car sachons que si l'indépendance ne se fera, ni à gauche, ni à droite..

      Elle devra se faire «AVEC» la gauche «ET» la droite.

      - Que les péquistes se le tiennent pour dit :

      Il n'y aura pas d’indépendance sans la gauche.

      Christian Montmarquette

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