Mort du «grand bâtisseur du Québec moderne»

Jacques Parizeau, en février 1994.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Jacques Parizeau, en février 1994.

Le temps s’est arrêté à l’Assemblée nationale du Québec mardi dans la foulée de l’annonce du décès du «grand bâtisseur du Québec moderne», Jacques Parizeau.

«Tous les Québécois et Québécoises sont aujourd’hui en deuil, privés d’un homme d’État exceptionnel, un homme qui a consacré sa vie au Québec et au service public», a déclaré l’actuel chef du gouvernement, Philippe Couillard, après avoir annulé la plupart des activités publiques prévues à son horaire. Il a notamment repoussé le dévoilement d’une pièce maîtresse de sa politique économique, la Stratégie maritime, prévu à Montréal. M. Couillard a regagné la Ville de Québec. Le drapeau du Québec flottant au sommet de la tour du Parlement a pour sa part été mis en berne.

Le 26e premier ministre du Québec aura droit à des funérailles d’État, a annoncé M. Couillard dans le foyer de l’Assemblée nationale mardi midi. La dépouille mortelle de M. Parizeau sera donc vraisemblablement veillée en chapelle ardente au cours des prochains jours dans la salle du Conseil législatif (Salon rouge) de l’Hôtel du Parlement. «M. Parizeau avait laissé les instructions détaillées sur la tenue de ses funérailles», a fait remarquer M. Couillard.

L’État québécois perpétuera la mémoire de ce «personnage important de notre Histoire», à qui il «doit tant», en désignant le siège social de la Caisse de dépôt et placement du Québec à Montréal l’«édifice Jacques Parizeau», a ajouté le chef libéral.

M. Parizeau laisse dans le deuil son épouse Lisette Lapointe, ses deux enfants, Bernard et Isabelle, ainsi que des Québécois de toute allégeance politique. «On peut désormais dire à son sujet que sa mémoire appartient au Québec tout entier, à tous les Québécoises et Québécois sans exception, et ce, au-delà des appartenances politiques», a-t-il souligné.

«En terminant, je voudrais, pour amenuiser leur chagrin, si cela est possible, redire à sa famille ces mots de Léonard de Vinci: "Nul ne peut réussir sa vie s’il ne laisse pas plus de traces de lui-même que la fumée dans l’air ou l’écume dans la mer." Monsieur le premier ministre Jacques Parizeau, votre trace dans notre histoire est indélébile. Vous avez bien mérité, de la nation, reconnaissance. Merci», a conclu Philippe Couillard.

«Un géant du Québec»

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, a aussi salué la mémoire de M. Parizeau, le décrivant comme «l’homme de la modernité du Québec». «Il a été un grand serviteur de l’État. Il a fait le choix de consacrer sa vie à ses concitoyens et à ses compatriotes. Il leur a offert un des plus beaux legs, la modernité», a-t-il déclaré en point de presse.

À titre de conseiller économique et financier du maître d’oeuvre de la Révolution tranquille Jean Lesage, il a notamment «obtenu un prêt important auprès des institutions financières américaines, alors que les syndicats financiers de la rue Saint-James et de Toronto [s’y refusaient]», ce qui a permis au gouvernement libéral de nationaliser des compagnies d’électricité québécoises. Le diplômé de la London School of Economics a également «initié ou participé à la création des plus importants leviers économiques de notre nation»: la Régie des rentes, la Caisse de dépôt et placement du Québec ainsi que la Société Générale de financement, a rappelé M. Péladeau. À la barre du ministère des Finances, M. Parizeau a mis sur pied le Régime épargne-actions et a contribué à la création du Fonds de solidarité de la FTQ. «Il est pour moi une grande source d’inspiration à l’égard de l’action politique qu’il a entreprise, mais aussi et surtout pour l’audace et l’ambition qu’il a toujours eues pour le Québec, les Québécoises et les Québécois», a affirmé le chef péquiste. «M. Parizeau a profondément cru à la capacité des Québécois et des Québécoises à devenir réellement maître de leur destinée et de leur avenir. Grand intellectuel et économiste réputé, Jacques Parizeau a mené sa vie publique avec droiture, intégrité et courage. Grâce à lui et à de très rares autres, la nation québécoise a franchi les portes de la modernité jusqu’aux abords du pays du Québec», a-t-il insisté avant d’observer une minute de silence avec les autres élus du PQ.

Le chef du deuxième groupe d’opposition, François Legault, a aussi rappelé le legs laissé par M. Parizeau. «Aux côtés des Jean Lesage et des René Lévesque, il a fait partie des grands bâtisseurs du Québec. C’était un géant», a-t-il soutenu.

La porte-parole de Québec solidaire Françoise David s’est dite peinée par le décès de Jacques Parizeau. «Bien des Québécois, des Québécoises se sentent orphelins.» L’homme «dont les convictions ne souffraient pas de compromis» a été «plus qu’un allié» dans la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, a-t-elle insisté, en compagnie de ses collègues Amir Khadir et Manon Massé. D’ailleurs, il a marché «côte à côte» avec Mme David à la Marche du pain et des roses, il y a 20 ans.

À tour de rôle, des élus de toutes les formations politiques ont pris la parole mardi après-midi dans la Salle de l’Assemblée nationale afin d’honorer la mémoire de «Monsieur» Parizeau. Par ailleurs, plusieurs Québécois endeuillés tiendront une vigile aux chandelles mardi à compter de 20 heures sur la colline parlementaire. Le chef d’Option nationale, Sol Zanetti, sera du nombre.

Le décès de M. Jacques Parizeau attriste non seulement la classe politique, mais le Québec tout entier. Écouter les témoignages de l'Assemblée nationale le 2 juin 2015