QS se positionne sur des enjeux féministes

Le congrès annuel a attiré environ 500 militants. La formation se réclame maintenant de quelque 10 000 membres.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le congrès annuel a attiré environ 500 militants. La formation se réclame maintenant de quelque 10 000 membres.

Les femmes étaient au centre du congrès annuel de Québec solidaire (QS) qui a adopté ce week-end plusieurs résolutions pour les placer au centre de futures actions gouvernementales. La plate-forme de QS veut par exemple favoriser la parité à l’Assemblée nationale et la syndicalisation des secteurs d’emplois traditionnellement féminins.

La formation demande aussi des actions contre le sexisme, l’hypersexualisation et l’exploitation sexuelle. Le parti se prononce notamment pour le retour des cours d’éducation sexuelle dès l’école primaire. Il s’engage dans un débat de fond sur la prostitution, qui propose de lutter contre les causes de la prostitution tout en encadrant mieux le travail du sexe (voir encadré).

Le congrès annuel de la formation se tenait à Montréal, dans un pavillon de l’Université du Québec à Montréal. L’exercice fondamental a attiré environ 500 militants. La formation se réclame maintenant de quelque 10 000 membres. Elle entend compléter son programme l’an prochain, à son dixième anniversaire, avec cette fois des travaux de réflexion sur les régions, la ruralité et l’altermondialisme.

Le congrès 2015 a reconduit Françoise David et Andrés Fontecilla comme porte-parole. Il n’y avait pas de candidats rivaux. Le pourcentage du vote favorable aux deux têtes d’affiche n’a pas été révélé.

« Les chefs des trois autres partis au Québec font partie du 1 %, ce sont des millionnaires et des hommes, qui défendent tous des projets politiques à l’avantage de leur classe sociale », a dit M. Fontecilla à la salle dimanche matin. La pique fait référence aux fortunes personnelles de Philippe Couillard, François Legault et Pierre Karl Péladeau.

Dans son propre discours, Mme David a repris la réflexion de Cat Boyd, jeune militante de la Campagne radicale pour l’indépendance en Écosse invitée d’honneur du congrès québécois. « L’adhésion au projet d’indépendance a augmenté à partir du moment où ce projet a été porteur de sens, a dit la porte-parole. […] Est-ce que ça ne devrait pas nous inspirer au Québec ? »

 

Du pain et des roses

Les congressistes ont souligné samedi le 20e anniversaire de la Marche du pain et des roses en recevant d’anciennes marcheuses qui avaient relié Montréal à Québec. La manifestation avait été organisée par François David, alors nouvelle présidente de la Fédération des femmes du Québec. Elle avait ensuite pris la tête de la marche mondiale des femmes et participé à la fondation de QS dans cette foulée en 2006.

La formation de gauche a reçu autour de 3,75 % des voix à ses deux premières participations électorales (2007 et 2008). Elle cumulait quatre points de plus (7,63 %) au dernier scrutin (2014). Trois députés siègent maintenant sous sa bannière, Amir Khadir, Françoise David et Manon Massé.

Prostitution ou travail du sexe?

La résolution la plus débattue du congrès de Québec solidaire, pendant environ quatre heures, portait sur la prostitution et le travail du sexe, sujet qui divise la société comme les féministes. Deux options juridico-politiques fondamentales s’affrontent. Elles se concentraient dans deux propositions débattues ce week-end.

La position prohibitionniste veut éradiquer la prostitution en sanctionnant les acteurs de ce qui est conçu comme un crime. La résolution correspondante de QS recommandait l’adoption de mesures « visant à réprimer la demande et le proxénétisme en matière d’exploitation sexuelle ».

La position réglementariste vise la reconnaissance du travail du sexe comme activité licite, avec, pour ses travailleurs, un droit à la sécurité. La proposition correspondante de QS rejetait « toute législation qui rendrait criminel l’achat et la vente de services sexuels entre adultes consentants ».

Le congrès a finalement reconnu que les personnes prostituées ou les travailleuses du sexe doivent être « les principales actrices du changement qu’elles souhaitent » tout en favorisant la répression des proxénètes qui les exploitent. Les membres ont cependant voté en faveur de la déjudiciarisation des personnes tierces qui assurent la sécurité des travailleurs et des travailleuses du sexe, les chauffeurs des services d’escortes notamment.

« Nous avons pris ce débat à bras-le-corps, nous l’avons commencé, mais il n’est pas terminé », résume Françoise David. Quelques mots résument de manière simple les propositions adoptées. C’est non à l’exploitation sexuelle des femmes, oui au respect de la dignité des femmes, y compris celles qui sont prostituées ou travailleuses du sexe, travaillent à leur compte ou dans l’industrie. »
 
19 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 juin 2015 07 h 21

    … ?!? …

    « qui propose de lutter contre les causes de la prostitution » (Stéphane Baillargeon, Le Devoir)

    Bien qu’il en existe plusieurs, l’une des principales causes serait celle de l’argent et plaisir !

    Quant aux autres …

    … ?!? … - 1 juin 2015 -

    • Johanne St-Amour - Inscrite 1 juin 2015 10 h 57

      L'adoption de la résolution de Québec solidaire sur le «travail du sexe» vise la marchandisation du corps des femmes. C'est une vision néo-libérale inacceptable de la part d'un parti qui se targue d'être féministe, anti-capitaliste, anti-colonialiste et anti-impérialiste. Déjà le terme « travail du sexe» imposait la vision à adopter aux membres.

      Tous les pays, dont la Suède, la Norvège, l'Islande et la France, qui visent l'abolition de la prostitution (ce que ne vise assurément pas QS) ont déclaré comme prémisse que la prostitution était une violence faite aux femmes. Il est hypocrite de la part de ce parti de dénoncer la violence faite aux femmes en n'incluant pas la prostitution comme un des plus hauts faits de violence! Les «travailleurs du sexe» qui influençaient déjà Françoise David alors qu'elle était présidente de la FFQ ont été les plus forts: ce parti, n'est de toute évidence pas solidaire des Survivantes, celles qui dénoncent les ravages sociaux de la prostitution. Et encore moins solidaire de toutes les femmes qui désirent des relations égalitaires avec les hommes. On vient d'ouvrir la voie d'un choix de carrière inacceptable pour nos enfants!

      Le modèle nordique en matière de prostitution va au coeur des racines de la prostitution, parangon du patriarcat, de la domination masculine: représenté ici par l'imposition de certains hommes (seulement 15%) de leur désirs sexuels que plusieurs chercheurs qualifient de besoins de domination. Mais QS veut protéger le client, sources de revenus pour l'«industrie». Et fait totalement fi d'une vision égalitaire de l'échanges de rapports intimites.

      De plus, la stratégie sournoise visant à culpabiliser les personnes qui voteraient contre la dignité des femmes qu'on prostitue en votant contre la résolution «de compromission» a très bien fonctionné. En alléguant que c'est aux prostituées d'être maîtres de ces décisions, QS écarte TOUS les acteurs qui désirent une vraie société égalitaire.

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 juin 2015 22 h 38

      @ Mme St-Amour

      " C'est une vision néo-libérale inacceptable de la part d'un parti qui se targue d'être féministe [...]"?

      Mme St-amour, comme l'article le souligne, ce que vous présentez comme étant anti-féministe d'autres féministes défendent cela. Il n'y a pas consensus là-dessus chez les féministes et QS à l'instar des féministes est également divisé là-dessus.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 2 juin 2015 22 h 37

      «Je suis très triste lorsque je songe à toutes ces femmes qui recevront ce message désormais validé par un parti officiellement féministe et progressiste, un message selon lequel l’exploitation sexuelle est acceptable, en autant qu’elle soit rémunérée « adéquatement ». Ça me révulse, comme lorsqu’on entendait, il y a quelques décennies à peine, que les abus sexuels étaient moins graves quand ils étaient perpétrés avec « douceur et amour ». Le prix du sexe, Françoise Pelletier, militante de QS
      http://journalmobiles.com/chroniques/mots-dits/le-

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 juin 2015 11 h 42

      Mme St-Amour, ceux qui défendent la position réglementariste à QS sont également déçus.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 1 juin 2015 07 h 53

    Bien joué, Mme David

    Pendant que notre bon gouvernement s'occupe des vrais affaires, l'opposition solidaire, elle, s'occupe des vrais problèmes qui assaillent le Québec : la prostitution, la parité des femmes dans les emplois, l'éducation sexuelle, etc. Beau projet de société. Philippe Couillard doit se réjouir d'avoir en face un parti avec un si beau projet de société propre certainement à séduire l'électorat féminin et ainsi couper une autre tranche à la clientèle du PQ. Voilà ce qui devrait dans les prochaines années réduire à néant les chances du PQ, ce parti qu'il déteste, de reprendre le pouvoir.

    Bien joué, Mme David, vous remplissez votre mission à merveille.

    • Johanne St-Amour - Inscrite 1 juin 2015 11 h 52

      La prostitution n'est pas un projet de société et encore moins un progrès pour la société.

    • Lyne Jubinville - Abonnée 1 juin 2015 17 h 21

      Très juste commentaire madame St-Amour et j'ajouterais que la position de QS, qui, de toute façon, n'en est pas une, ne fait la promotion de rien de ce qui suit :

      •L’égalité entre les femmes et les hommes ;
      •Le respect de la dignité des femmes ;
      •La solidarité avec toutes les femmes d'ici et d’ailleurs.

    • Patrick Boulanger - Abonné 1 juin 2015 22 h 27

      " Pendant que notre bon gouvernement s'occupe des vrais affaires, l'opposition solidaire, elle, s'occupe des vrais problèmes qui assaillent le Québec : la prostitution, la parité des femmes dans les emplois, l'éducation sexuelle, etc. Beau projet de société. " (M. Boulanger)

      M. Boulanger, le programme de QS n'est pas encore terminé de rédiger et le congrès de la fin de semaine dernière avait notamment comme objectif de développer son programme sur différentes thématiques.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 1 juin 2015 12 h 02

    Paradoxe inacceptable

    J'ai voté pour Québec Solidaire deux ou trois fois au cours des récentes années. C'est terminé. Comment un parti politique qui se veut le défenseur des femmes, qui désire la parité avec les hommes, peut-il en même temps se faire le défenseur de la prostitution ? "C'est non à l'exploitation sexuelle des femmes et oui au respect de la dignité des femmes " !! Que peut-on conclure d'une telle déclaration si paradoxale ? La prostitution existe depuis toujours. L'éradiquer est une utopie. Instituer des maisons dédiées à cette activité ? Je ne sais pas mais, par contre, je sais qu'il est parfaitement hypocrite de parler à la fois de prostitution et de dignité. Il y a là un abîme entre les deux. Vendre son corps pour le plaisir d'un homme est le comble de l'indignité. En exprimant cette opinion, les membres ou les représentants du parti se sont-ils posé la question suivante : "Et si c'était ma fille qui s'adonnerait à cette abomination, cette acceptation de la déchéance d'un être humain ?" Ce questionnement amènerait sûrement une conclusion contraire à celle du parti. Je suis outrée que les dirigeants de Québec Solidaire aient préféré débattre aussi indûment de cette question alors que le Québec est présentement sans dessus dessous, En train de perdre les valeurs humaines nécessaires à toute bonne société. Le Parti Québécois a perdu son âme et voilà que Québec Solidaire se fourvoie dans son désir de justice et de bien-être social. Nous sommes abandonnés, privés d'une politique respectable, efficace et basée sur des valeurs incontournables pour une population heureuse et digne.

  • Christian Montmarquette - Abonné 1 juin 2015 18 h 47

    Les moralistes

    Ces néo-moralistes conservateurs qui critiquent la position de Québec Solidaire en matière de prostitution, ne donnent aucune alternative aux travailleurs et travailleuses du sexe, qui sont, dans de trop nombreux cas, malheureusement sans diplômes, ni métier pour survivre; et constituent donc une population précaire et vulnérable.

    Même en prônant les mérites de la répression, de la prison et de la criminalisation du commerce sexuel, ces curés.es nouveau genre, ne parviendront pas plus à éliminer plus le plus vieux métier du monde, que le jeu ou l'alcool à l'époque de la prohibition.

    C'est d'ailleurs pourquoi, mieux vaudrait légaliser et encadrer, que criminaliser et exclure, en perdant du même coup, le contrôle et la possibilité de protéger à la fois la santé des prostitués.es et celle du public.

    Il faut aussi savoir que dans notre société, les gens sont fondamentalement propriétaires de leurs propres corps, et ce, autant pour le sexe, que l'avortement ou même désormais au Québec, l’euthanasie. Et que l'État n'a pas à s'interposer quand il s'agit d'une relation entre deux adultes consentants.

    Le meilleur moyen de combattre la prostitution, n'est donc pas la répression qui n'a jamais donné de résultats, nonobstant à rendre le métier encore plus souterrain et plus dangereux. Mais la prévention, l’éducation et la création d'un filet social suffisant pour ne pas être contraint de se prostituer pour survivre.

    Christian Montmarquette

    • Johanne St-Amour - Inscrite 2 juin 2015 07 h 27

      Le plus grand mythe entourant la prostitution est que c'est le plus vieux métier du monde: les premières personnes qu'on a prostituées ont été contraintes de le faire et avant qu'on prostitue ces femmes, elles étaient cueilleuses et sage-femmes.

      Que vous voyez la prostitution comme une alternative à la pauvreté, M. Montmarquette est non seulement aberrant, mais dégradant pour les femmes et pour les pauvres.

      La CLES à Montréal et la Maison de Marthe à Québec, pour ne nommer que celles-là, ont des programmes pour aider les femmes à se sortir de la prostitution et pour les amener sur le marché du travail. Plusieurs survivantes, dont QS a totalement renié les avis, ont été capable de s'en sortir, malgré les difficultés. Et tous les pays qui ont compris que la véritable égalité passe par l'abolition ont des programmes pour offrir aux prostituées d'autres perspectives pour gagne leur vie. QS n'a pas inventé la roue à ce niveau là!

      Québec solidaire n'a pas eu le courage de viser une véritable égalité pour les femmes et les hommes. Et le consentement pour des personnes qu'on a embrigadé dans la prostitution à l'âge de 13-14 ans dans la très grande majorité des cas est un leurre. Un très gros leurre! D'autant plus que les pesonnes qu'on prostitue ont été victimes d'agression sexuelle dans l'enfance et/ou sont victimes de pauvreté.

      Dans la prostitution le corps des prostituées ne leur appartiennent pas, mais appartiennent aux clients. Justement, le client, l'élément central de la prostitution que Québec solidaire a décidé de protéger, ou d'épargner.

      Le modèle nordique instauré en Suède depuis très longtemps, ce pays très féministe et pas que du féminisme de postiche, donne d'excellents résultats: la route est longue parce que le problème est ancré dans les racines du patriarcat que QS n'a pas le courage d'affronter.

      Les seules responsables de la violence envers les prostituées et donc de l'insécurité qu'elles vivent sont les proxénètes et les clients.

    • Christian Montmarquette - Abonné 2 juin 2015 14 h 37


      « La CLES à Montréal et la Maison de Marthe à Québec, pour ne nommer que celles-là, ont des programmes pour aider les femmes à se sortir de la prostitution et pour les amener sur le marché du travail.»-Johanne St-Amour

      Madame St-Amour,

      Québec solidaire propose le revenu minimum décent et garanti pour faire en sorte que nul ne soit contraint de se prostituer pour survivre. Et ce non avec des programmes bidons de formations à l'emploi qui ne fonctionnent pas les trois quarts du temps, puisque que les débouchés sont rarissimes pour ce genres de clientèles exclues de l'emploi depuis des années, dans un Québec ou il y a bon an, mal an, 7% de chômage et 7% d'assistés sociaux.

      Vous allez les prendre «où» ces emplois pour marginaux, dans une société où il y a pratiquement un million de personnes sans emplois à l'année longue et où Couillard considérerait comme un véritabale exploit d'en créer 250,000?

      Ces programme bidons péquistes ne sont là que pour cautionner le gouvernement et maintenir l'aide sociale à un niveau si ignoble et si dégradant, qu'il engendre même de la prostitution.

      Christian Montmarquette

      .

  • Michèle Sirois - Abonnée 2 juin 2015 00 h 05

    Québec solidaire favorise l'exploitation des femmes

    Quelle contradiction! prétendre être féministe et défendre le bien commun tout en appuyant l'industrie du sexe, qui fait des milliards en exploitant les femmes. Prétendre que ces femmes sont libres de choisir et encourager les personnes qui profitent du corps des femmes, à savoir les clients et les proxénètes, est indigne d'un parti qui se dit progressiste. QS pratique l'aveuglement volontaire quant au fait que la plupart des femmes prostituées ont commencé en étant mineures.

    Quand j'entends quelqu'un dire que la prostitution est le plus vieux métier du monde, je demande toujours s'il va recommander à sa propre fille de pratiquer un métier aussi traditionnel et noble que la prostitution. Non c'est bon pour les autres femmes, mais pas celles qui sont nos proches. Que dira QS quand on coupera les prestations de chômage aux femmes qui refuseront les «merveilleuses» occasions d'exercer le plus vieux métier du monde que leur présenteront les employés à l'assurance-emploi? Qui plus est, un parti qui prétend défendre les Autochtones et qui ne s'inquiète pas outre-mesure de la surreprésentation des Amérindiennes dans la prostitution, est un parti auquel on ne peut faire confiance.

    Le modèle nordique, celui mis en place par la Suède, a fait ses preuves. Ce modèle a montré sa nette supériorité sur le modèle des pays qui, tout comme le préconise QS, favorisent la prostitution: il criminalise ceux qui profitent et exploitent le corps des femmes, mais ne criminalise pas les personnes qui se prostituent, tout en les aidant à se sortir de la prostitution. Il suffit de regarder les données et les faits au lieu de se contenter de voter sur la dignité des femmes. Ce manque de solidarité avec les femmes les plus exploitées et cette inconscience qui endosse les positions du lobby pro-prostitution est plus que déplorable. Prôner l'abolition de la prostitution n'a rien à voir avec la morale, mais tout à voir avec la défense de l'intégrité et de l'inviolabilité de la personne hum