Combattre l’austérité par la gauche

Invitée au dixième congrès de Québec solidaire, qui se tient cette fin de semaine, la militante féministe écossaise Cat Boyd était avec Françoise David, vendredi à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Invitée au dixième congrès de Québec solidaire, qui se tient cette fin de semaine, la militante féministe écossaise Cat Boyd était avec Françoise David, vendredi à Montréal.

Elle pourrait avoir la mine basse après la victoire écrasante des conservateurs de David Cameron au Royaume-Uni, ou après la défaite du camp Oui au référendum écossais. Mais Cat Boyd, jeune militante syndicale qui a mené de front la Campagne radicale pour l’indépendance, préfère se retrousser les manches. De passage à Montréal, elle explique comment l’alliance des partis de gauche est essentielle à son avis pour combattre les politiques d’austérité.

À l’instar du gouvernement de Philippe Couillard, le nouveau gouvernement britannique entend imposer un programme de réductions radicales des dépenses publiques. Depuis les élections du 7 mai dernier, le parti de David Cameron, qui avait dû composer avec un gouvernement de coalition tout au long du dernier mandat, a maintenant le plein pouvoir. « Nous sommes vraiment très inquiets. Au courant des dernières années, les conservateurs n’ont implanté qu’environ 25 % des mesures d’austérité de leur plan ; maintenant, ils vont accélérer le pas », déclare Cat Boyd avec un fort accent écossais.

Invitée au dixième congrès de Québec solidaire qui se tient cette fin de semaine, la militante féministe participera notamment à un panel intitulé « Regards féministes sur l’austérité ». De la privatisation du système de santé aux coupes massives dans les services sociaux, les femmes ressentent plus les effets de l’austérité, affirme-t-elle. Pourquoi ? « En Écosse, surtout, le pourcentage de femmes sans emploi est bienplus élevé que celui des hommes, elles sont nombreuses à dépendre du filet social. Or, il est en train de disparaître peu à peu », répond-elle. Les travailleurs souhaitant améliorer leurs conditions risquent de se faire mettre des bâtons dans les roues, ajoute-t-elle, puisque le nouveau gouvernement « a la claire volonté » de durcir sa politique antisyndicalisation.

Créer une alliance

Ironiquement, la majorité des Britanniques est en désaccord avec les politiques d’austérité du premier ministre Cameron, poursuit Cat Boyd, mais le système électoral étant ce qu’il est, le Parti conservateur possède une majorité absolue avec seulement 36,9 % des voix. Consciente que le système politique du Québec est sensiblement similaire, la jeune femme aux cheveux roses encourage la population à se mobiliser. « Ce n’est pas parce qu’un parti a une majorité politique qu’il faut voir toutes ses décisions comme une fatalité, il faut continuer de se faire entendre, tenir un dialogue constant », explique-t-elle. Prendre la rue pour manifester est une option intéressante, « mais c’est loin d’être assez ».

À son avis, les forces gauchistes, qui représentent un grand pourcentage de la population mais qui sont divisées entre plusieurs partis, doivent se regrouper dans une alliance. « Trouvons le moyen de nous unir afin qu’aux prochaines élections, le Parlement puisse représenter les intérêts des millions de citoyens et non pas juste ceux d’une poignée de millionnaires », dit-elle. C’est avec cette philosophie en tête que Mme Boyd entend créer le Projet écossais de gauche (Scottish Left Project), une bannière qui permettrait de rassembler les militants de divers partis de gauche pour assurer une cohésion tant dans le mouvement de protestationcontre l’austérité que dans l’organisation des prochaines campagnes électorales.

Au Québec, la question d’une alliance entre les partis Option nationale, Québec solidaire et le Parti québécois a été plusieurs fois étudiée. Selon plusieurs, une alliance serait stratégique pour éviter de diviser le vote souverainiste. À l’automne dernier, quelques mois après la cuisante défaite du PQ, le rassemblement pour l’indépendance « DestiNation » se voulait un nouveau départ pour l’option souverainiste. Des discussions autour de l’idée d’une alliance ont eu lieu, sans mener pour autant à une action concrète. « On fait souvent l’erreur de croire qu’une alliance implique de sacrifier des principes et des idéologies. On peut garder nos valeurs, mais il faut les prioriser en fonction du but commun, dans ce cas-ci l’indépendance », explique Cat Boyd.

La séparatiste croit fortement que la souveraineté est la meilleure réponse à l’austérité, tant au Québec qu’en Écosse. « Chez nous, l’indépendance pourrait se traduire par une abolition de la Chambre des lords [l’équivalent du Sénat], l’élimination des armes nucléaires, une diminution de la taille de l’armée, une meilleure redistribution des richesses. Tout est une question de choix, où on met l’argent et à qui on le donne », dit-elle.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 30 mai 2015 14 h 48

    Une alliance

    Vous avez compris, à QS, une ALLIANCE, avec les gens de gauche modérée et même de gauche timide, pour faire face au PLQ et à la CAQ.

    • Richard Lépine - Abonné 30 mai 2015 17 h 41

      Ben voyons donc les péquistes, le PQ n'est pas de gauche même modérée, si tant est qu'il l'ait déjà été.

    • Richard Lépine - Abonné 30 mai 2015 18 h 44

      Elle a aussi dit que l'indépndance c'était pour les millions (d'habitants) et non pas pour les millionnaires.

  • Christian Montmarquette - Abonné 31 mai 2015 11 h 16

    Pour faire une alliance de gauche, il faut deux gauches



    Malgré un discours juste à plusieurs égards, certaines positions de Cat Boyd ne cadrent pas au Québec.

    Car pour faire alliance avec une gauche, il faudrait qu'il existe une autre gauche que Québec Solidaire, alors qu'il n'en existe pas. Puisque le Parti québécois endosse exactement les mêmes politiques d'austérité que le Parti libéral lui-même. Et non seulement les endossent-ils, mais en a-t-il été l'instigateur avec le gouvernement de Lucien Bouchard en 1996 et son obsession du déficit zéro; une obsession qui perdure toujours d'ailleurs, et qui sera sans doute suivie d'une obsession de la «dette zéro» une fois le «déficit zéro» atteint.

    Or donc, Québec Solidaire pourrait peut-être constituer une certaine alliance avec le Parti québécois, non pas sur la base d'une «alliance de gauche», mais sur la base de «la question nationale» , si celui-ci appuyait la proposition Québec Solidaire de changement de mode se scrutin, pour un mode de scrutin proportionnel qui additionnerait les votes et les députés.es souverainistes, plutôt que de les soustraire les uns des autres comme c'est le cas actuellement.

    Malheureusement, le Parti québécois a rayé cette position de son programme politique en 2011. Et il faut donc faire le constat que c'est le Parti québécois qui est sectaire et qui divise désormais les forces souverainistes, puisqu'à «15%» des intentions de vote Québec Solidaire ne se fera pas hara-kiri pour le bon plaisir du Parti québécois.

    Pour reprendre la boutade d'un de nos plus grands artistes au Québec..

    «Si les péquistes trouvent qu'on divise le vote... Y'ont rien qu'à voter pour nous autres! » - Richard Desjardins

    Christian Montmarquette