L’emploi au coeur du premier duel PKP-Couillard

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, n’a pas cherché la confrontation dans son premier face à face avec le premier ministre Philippe Couillard. Il a plutôt poliment invité mardi le gouvernement libéral à tenir un « grand forum économique » pour jeter les bases d’« une véritable politique économique » québécoise, ce qui lui a été refusé.

« Le développement du Nord et la stratégie maritime ne seront pas suffisants. Je pense qu’il faut aller plus loin et plus vite, qu’il faut doter le Québec d’une véritable politique du plein-emploi », a déclaré M. Péladeau, s’en tenant scrupuleusement à ses notes.

M. Couillard a décliné la proposition du nouveau chef du Parti québécois, qui est à ses yeux incapable d’assurer la prospérité économique du Québec. « Pour attirer et garder les sièges sociaux au Québec, il y a un ingrédient absolument essentiel : c’est la stabilité économique, politique et financière », a-t-il affirmé au député de Saint-Jérôme, assis dans le siège de chef de l’opposition officielle.

En matinée, le chef du gouvernement libéral avait reproché à M. Péladeau de « vivre dans un monde imaginaire » avec son projet de pays du Québec. « Il évolue dans un scénario qui vise à créer une solution imaginaire à un problème imaginaire […] Nous, on choisit d’être sur la réalité. Les vraies préoccupations des Québécois ce n’est pas un référendum pour faire la séparation du Québec. […] C’est la qualité de vie, la croissance économique et les emplois de qualité », a-t-il déclaré, en marge de l’annonce de « l’investissement industriel le plus important à Québec depuis 10 ans », soit celui de 245 millions de la compagnie de biotechnologie Médicago à Québec d’ici 2019.

M. Péladeau s’est inscrit en faux contre le discours libéral, voulant que le projet indépendantiste soit malavisé économiquement parlant. « Je ne crois pas que ce soit irréel que de considérer que nous allons travailler pour le développement économique », a-t-il fait valoir avant de rejoindre les 29 autres élus péquistes réunis en caucus.

Déboulonner le mythe

 

Habituellement posé, le ministre Jacques Daoust a adopté mardi un ton virulent afin de miner la crédibilité du PQ dirigé par Pierre Karl Péladeau en matière d’économie. « Qui sont-ils pour nous parler de création d’emplois quand le nouveau chef, en 1999, avait 60 000 emplois quand il a pris la direction de l’entreprise, puis il lui en restait 15 100 quand il a eu terminé, en 2013 », a lancé l’élu libéral après s’être fait reprocher les pertes d’emplois à Bombardier, Tembec, Davie, Rio Tinto Alcan.

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’est aussi affairé à déboulonner le mythe « PKP, homme d’affaires visionnaire » ancré dans la société québécoise. M. Péladeau s’est avéré « un homme d’affaires qui a donné un rendement plus faible que si on avait investi dans les obligations du Québec, un homme d’affaires qui a fait faire faillite à tout le secteur imprimerie de Québecor, un homme d’affaires qui a réussi à faire perdre 500 millions de dollars en achetant Sun Média, a-t-il mitraillé en point de presse. J’en connais qui ont mieux réussi que lui… »

La CAQ est aux abois puisqu’elle a le plus à craindre de l’arrivée de l’ex-grand patron de Québecor à la tête du PQ, a fait valoir le ministre Sam Hamad. Pour sa part, M. Couillard a promis d’« allumer [un lampion] » pour le chef caquiste à l’occasion de sa visite de la Cité du Vatican mercredi prochain.

Coïncidence

 

L’arrivée du chef PKP a coïncidé avec l’annonce de la vente de la filiale Groupe Archambault à Renaud-Bray. La transaction, dans laquelle l’actionnaire de contrôle de Québecor assure ne pas avoir été impliqué, a remis à l’avant-scène les préoccupations liées à la situation hors du commun dans laquelle se trouve M. Péladeau : propriétaire d’un empire médiatique et chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

M. Péladeau a réitéré mardi sa promesse de mettre sur pied une fiducie sans droit de regard, mais a été incapable d’en préciser d’échéancier. « Les demandes vont être faites en bonne et due forme. Malheureusement, je ne suis pas responsable des délais qui pourraient être imposés par les autorités fédérales », a-t-il indiqué à la presse.

La Commission des institutions amorcera mardi prochain l’étude des 23 recommandations faites par le commissaire Jacques Saint-Laurent afin de moderniser le Code d’éthique et de déontologie des membres de l’Assemblée nationale, dont celle voulant « que le Code soit modifié afin de préciser les règles relatives à la fiducie ou au mandat sans droit de regard ».

Aux yeux du ministre Pierre Moreau, la « seule façon » permettant à PKP d’éviter toute apparence de conflit d’intérêts consiste à ce qu’il « se départede ses intérêts » dans Québecor. « Ce n’est pas avec une fiducie sans droit de regard. » Une vente des actifs médiatiques rassurerait à tout le moins les Québécois sur la couverture de l’actualité faite par les entreprises de presse dans l’orbite de Québecor. « Il y a parfois des jours où on regarde la couverture médiatique et on se dit : “ Bon, là, est-ce qu’il y a eu ou non une influence ? […] Je pourrais vous donner des exemples. Je pourrais vous faire une petite liste. »

Avec Isabelle Porter

Ils ont dit

«[Pierre Karl Péladeau] évolue dans un scénario qui vise à créer une solution imaginaire à un problème imaginaire […] Nous, on choisit d’être sur la réalité.»

– Philippe Couillard

«Je ne crois pas que ce soit irréel que de considérer que nous allons travailler pour le développement économique»

– Pierre Karl Péladeau

«[PKP est] un homme d’affaires qui a donné un rendement plus faible que si on avait investi dans les obligations du Québec, un homme d’affaires qui a fait faire faillite à tout le secteur imprimerie de Québecor, un homme d’affaires qui a réussi à faire perdre 500 millions de dollars en achetant Sun Média. J’en connais qui ont mieux réussi que lui…» 

– François Legault


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