Québec demande à l’ONE de considérer certains éléments

Plusieurs municipalités plaident depuis longtemps pour ce type de test, qui consiste à remplir et pressuriser l’oléoduc avec de l’eau, afin de détecter des anomalies, comme des fuites.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Plusieurs municipalités plaident depuis longtemps pour ce type de test, qui consiste à remplir et pressuriser l’oléoduc avec de l’eau, afin de détecter des anomalies, comme des fuites.

Avant d’autoriser Enbridge à inverser le flux de son oléoduc de la Ligne 9B, l’Office national de l’énergie (ONE) devrait prendre « certains éléments » en considération, estime le gouvernement Couillard, qui a écrit à son président, Peter Watson.

Dans la lettre, datée du 1er mai, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles aborde les dossiers des essais hydrostatiques — visant à assurer la sécurité des pipelines — ainsi que du plan d’intervention d’urgence au Québec.

La missive est signée par la sous-ministre associée à l’Énergie et aux Ressources naturelles, Luce Asselin, ainsi que par le sous-ministre adjoint à l’Eau, à l’Expertise et aux Évaluations environnementales, Jacques Dupont.

Selon eux, la décision de l’ONE en ce qui a trait aux essais hydrostatiques devra être appuyée par une analyse étayée afin d’éclairer tous les intervenants concernés par le tracé de l’oléoduc. « Il nous apparaît judicieux que la décision à venir de l’Office d’imposer ou non la réalisation d’un essai […] avant la mise en service de la canalisation soit appuyée par une analyse justificative de ce choix », est-il écrit.

Plusieurs municipalités — comme Laval et Terrebonne — plaident depuis longtemps pour ce type de test, qui consiste à remplir et pressuriser l’oléoduc avec de l’eau, afin de détecter des anomalies, comme des fuites.

Le dossier a également refait surface à l’Assemblée nationale plus tôt cette semaine, puisque le ministre des Ressources naturelles, Pierre Arcand, ainsi que son collègue à l’Environnement, David Heurtel, ont été questionnés en Chambre par l’opposition péquiste.

Dans le passé, Québec avait mandaté la firme Dynamic Risk pour évaluer la pertinence de réaliser un tel essai. Le rapport avait été rendu public le 26 juin 2014.

« Nous comprenons cependant que la firme n’a pu avoir accès à l’ensemble des résultats des inspections internes et des travaux réalisés par Enbridge […] en 2012 et 2013 », écrivent Mme Asselin et M. Dupont.

De son côté, un porte-parole d’Enbridge, Éric Prud’Homme, a expliqué que les travaux en question n’étaient pas terminés lors de l’analyse effectuée par Dynamic Risk et que ces données sont actuellement disponibles.

Après avoir suspendu l’inversion du flux de l’oléoduc de la Ligne 9B l’automne dernier en raison de questions relativement à deux des 30conditions, l’ONE a finalement donné son aval au projet en février dernier.

L’entreprise albertaine a depuis déposé une demande de mise en service et estime pouvoir aller de l’avant d’ici la fin du mois de juin.

Exploité depuis près de 40 ans, le tronçon de 639 kilomètres de l’oléoduc entre North Westover (Ontario) et Montréal constitue la dernière étape du projet qui vise à permettre l’accès aux raffineries de l’est du Canada.

Enbridge souhaite acheminer vers les raffineries du Québec et de l’Ontario quotidiennement entre 240 000 et 300 000 barils de pétrole en provenance des sables bitumineux de l’Alberta.

Mme Asselin et M. Dupont soulèvent également des préoccupations à l’égard des mesures et des délais d’intervention concernant les traverses des rivières des Outaouais, des Mille Îles et des Prairies.

Ils reconnaissent qu’Enbridge s’est engagée à modifier et bonifier son plan d’action, mais laissent entendre que « plusieurs » modifications ne seraient apportées que lors de la prochaine révision du plan, prévue en début 2016.

« Nous croyons important d’exiger que l’ensemble des modifications requises concernant l’alerte et la mobilisation des intervenants d’urgence soient apportées avant que la mise en service de la canalisation 9B ne soit autorisée », peut-on lire.

Sur ce point, M. Prud’Homme a reconnu qu’une lettre envoyée par Enbridge le 24 avril dernier ne précisait pas de date quant à la mise à jour du plan, mais a assuré que la sociétéallait procéder à une mise à jour avant le 15 juin.

L’entreprise a toujours bon espoir de procéder à l’inversion de la canalisation 9B d’ici la fin du mois de juin, mais son porte-parole a rappelé que l’ONE étudiait toujours la demande de mise en service déposée en mars dernier.

5 commentaires
  • Christian Foisy - Abonné 15 mai 2015 14 h 55

    Québec veut les raisons pour faire des tests ou non...

    Mais est-ce que le gouvernement exige que ces tests soit fait ou s'en remet-il totalement à l'Office National de l'Énergie, comme les ministres Arcard et Heurtel ont laissé entendre en chambre le 13 mai, et aussi lors de l'études des crédits les 22 et 23 avril dernier devant M. Gaudreault et Drainville ?

    Les quelques 20 municipalités, 3 MRCs, la Commission scolaire de Laval ainsi que la Communauté Métropolitaine de Montréal ont eux exigé les tests à travers des résolutions dument votées. L'Office a indiqué dans une lettre au Montreal Gazette le 26 mars que sa décision n'était pas prise au sujet des tests hydrostatiques. Pourtant un mois plus tôt ses 2 plus hauts dirigeants, soit M. Peter Watson et Mme Lyne Mercier laissaient entendre le 26 février à la CMM et aux HEC que les tests hydrostatiques avaient été supplantés par les tests internes, et que les tests hydrostatiques pouvaient même endommager la canalisation, répétant ainsi les arguments (a notre avis non fondé) de la compagnie Enbridge. Bref l'ONE a bel et bien changé de position sur ces tests, malgré ses réassurances que ses décisions sont toujours prises sur des bases techniques, loin des pressions citoyennes ou politiques.

    Bref, pour répéter une boutade vue sur twitter, les ministres et le gouvernement ne se mouillent pas pour les tests hydrostatiques...

  • Gilles Théberge - Abonné 15 mai 2015 17 h 33

    Ça s'appelle du taponnage!

    C'est pourtant pas difficile à comprendre Couillard, ce que tu as à dire c'est non.

    Point final!

  • Lucien Cimon - Abonné 15 mai 2015 20 h 50

    Si...

    Si vous voulez bien, si ça ne vous déplait pas trop, si ça ne risque pas de vous déranger, si ça ne vous donne pas l'envie de nous nuire pour la peréquation ou de froisser les anglophones du canada, mon pays mes amours,voudriez-vous faire attention pour que les gens ne pensent pas que ça peut être dangeureux, un pipeline de pétrole sale?
    Quelle attitude fière, notre premier ministre!!!

  • Luc Falardeau - Abonné 15 mai 2015 22 h 36

    Sécurité ou cupidité ?

    Des tests hydrostatiques furent effectués en 1975 et 1997 sur cet oléoduc. Ce genre de test est recommandé avant d'effectuer des changements majeurs, en complément d’autres types de tests dans le but d'assurer l'intégrité des oléoducs.

    Soulignons qu'Enbridge projette non-seulement l'inversion du flux, mais aussi une augmentation très importante du flux de la Ligne-9B à 300 000 barils de pétrole par jour... assez pour remplir 19 piscines olympiques par jour.

    En outre, un article du même journaliste (23 fév. 2015) mentionne l'annonce à des investisseurs d'une éventuelle expansion additionnelle à 370 000 barils par jour... assez pour remplir 24 piscines olympiques et nager dans des profits faramineux.

    • Christian Foisy - Abonné 16 mai 2015 21 h 44

      Et pour supporter l'idée de la cupidité au détriment de la sécurité, on peut lire que cette extension est présentée par Enbridge comme le prolongement "à faible coût" de son réseau. Et l'ONÉ n'a aucun scrupule à en faire la publicité sur son propre site. Bravo!

      http://www.one-neb.gc.ca/nrg/ntgrtd/mrkt/snpsht/20