«Il faut se doter d’un modèle qui ne soit pas du mur-à-mur»

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Les municipalités possèdent toute l’expertise pour honorer les responsabilités qui leur seront conférées ultérieurement selon le maire de Drummondville, Alexandre Cusson.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les municipalités possèdent toute l’expertise pour honorer les responsabilités qui leur seront conférées ultérieurement selon le maire de Drummondville, Alexandre Cusson.

Ce texte fait partie du cahier spécial Municipalités

La promesse, faite par le gouvernement du Québec, d’adopter une loi en 2016 sur la gouvernance de proximité suscite des attentes à l’échelle municipale. En clair, ce principe doit rimer avec le pouvoir municipal, selon les commentaires recueillis par Le Devoir.

Cette question, qui est désormais à l’ordre du jour dans le milieu municipal, n’est pas étrangère à l’abolition récente des Conférences régionales des élus par le gouvernement Couillard. Par conséquent, de nouveaux pouvoirs seront conférés à terme aux municipalités. Mais, au fait, lesquels ? Quand ? Comment ? Est-ce que cela sera accompagné d’un financement à la hauteur des attentes ? Et quels rôles joueront les MRC à la lumière de ce nouvel échiquier qui se dessine ? Voilà autant de questions qui restent pour l’instant sans réponse, mais qui suscitent une réflexion au sein des municipalités, dans le cadre des négociations à venir en ce sens avec Québec, qui se feront d’ailleurs en parallèle avec les négociations entre Québec et les municipalités sur le prochain pacte fiscal qui s’étendra sur plusieurs années, et ce, dès 2016.

C’est dans ce contexte que nous nous sommes adressé à deux maires. Le débat est donc ouvert sur un enjeu qui demeure toutefois flou pour l’instant, tant que le gouvernement n’a pas déposé les principes directeurs de sa pièce législative attendue l’an prochain. « Écoutez, si cette démarche aboutit à la reconnaissance de l’autonomie des municipalités, je pense que ce sera un succès. Si on arrête en cours de route, ce sera peut-être autre chose. Il faut y aller par étapes », soumet le maire de Drummondville, Alexandre Cusson.

« Personnellement — et je sais que tout le monde n’était pas d’accord avec moi là-dessus — j’étais plutôt favorable à l’abolition des Conférences régionales des élus. Moi, je suis un partisan de l’autonomie. Je pense que chaque élu connaît sa région. Les élus y sont engagés. Et je pense que chaque région du Québec peut se doter d’un modèle [de gouvernance] qui soit le meilleur pour elle. Il faut se doter d’un modèle qui ne soit pas du mur-à-mur. C’est ça qu’il faut retenir. Et, au moment où nous [les municipalités] réclamons notre autonomie, eh bien, on réclame aussi des responsabilités et le droit de déterminer quelles sont les meilleures structures de concertation, afin de se donner les moyens de travailler ensemble pour aller de l’avant. »

 

Collaboration étroite

En clair, vous souhaitez que seules les municipalités soient reconnues comme des gouvernements de proximité, mais qui travailleraient en étroite collaboration avec leurs voisines pour des enjeux communs par l’entremise des MRC, dont les structures de gouvernance doivent être adaptées à leur territoire respectif ? « Tout à fait ! Écoutez, si le but est de faire de la MRC une mégamunicipalité patronne des autres municipalités, moi, je n’embarquerai pas là-dedans. L’idée de la MRC, c’est d’abord de travailler ensemble, de mettre des choses en commun en fonction de ce qui convient à notre MRC, à notre territoire », estime le maire Cusson.

Près du citoyen

Revenant sur la question municipale, Alexandre Cusson a tenu à rappeler à qui les élus municipaux sont d’abord et avant tout redevables, au moyen d’une image on ne peut plus claire. « Un de mes collègues me rappelait la chose suivante : “ Vous savez que le derrière du maire, c’est celui qui est le plus proche du pied du contribuable ! ” C’est direct, non ? Le citoyen qui n’est pas content de mes décisions, il va me le dire quand je le rencontrerai dans la rue. Il va venir me le dire directement à l’hôtel de ville. Donc, plus on va rapprocher le pouvoir, plus on va rapprocher les responsabilités, plus on va reconnaître la personne qui est le plus proche du citoyen et plus nous, les maires, serons en mesure de répondre aux besoins des citoyens », fait remarquer le maire Cusson.

Mais les municipalités possèdent-elles toute l’expertise pour honorer les responsabilités qui leur seront conférées ultérieurement ? « Ce que vous reproduisez avec votre question, c’est une espèce de croyance selon laquelle nous, les municipalités, sommes moins fines que le gouvernement provincial. Les maires sont tout à fait capables de faire le travail. Je suis maire depuis 2003 et je peux vous dire une chose : je suis impressionné par la qualité des gens que je retrouve autour de la table. » Et, puisque tout enjeu renvoie inexorablement à l’argent, Alexandre Cusson veut bien assumer les responsabilités que Québec voudra léguer aux municipalités par l’entremise de la loi à venir, mais dans la mesure où « le financement » suit.

Du même avis

« Je suis du même avis que le maire de Drummondville, tient à dire le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier. Il ne faut pas qu’au final le gouvernement du Québec se soit déchargé de certaines responsabilités et que nous héritions de la facture. C’est une crainte qui est bien réelle et je le sens chez tous mes confrères. » Chose certaine, M. Porlier s’attend à ce que le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, consulte les élus municipaux en ce qui concerne l’ensemble de cet enjeu, qui est au coeur de la gouvernance municipale. « Ça, c’est clair, monsieur. »

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