Montréal est prêt à travailler avec les régions

Martine Letarte Collaboration spéciale
Pour le maire de Montréal, Denis Coderre, les régions sont des partenaires incontournables.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour le maire de Montréal, Denis Coderre, les régions sont des partenaires incontournables.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après avoir réintégré l’Union des municipalités du Québec (UMQ) en 2012, après huit ans d’absence, Montréal accueille les assises annuelles de ce regroupement de plus de 300 municipalités. L’événement se tiendra au Palais des congrès, du 21 au 23 mai.

« Il y a un esprit de corps important maintenant. » C’est ainsi que Denis Coderre commence l’entrevue. Il se veut rassembleur et se dit prêt à passer à la prochaine étape : travailler avec les différentes municipalités du Québec à préparer les négociations à venir avec le gouvernement provincial. L’un des grands objectifs est de doter le Québec d’une entente fiscale et financière négociée pour 2016.

Déjà, il considère que des pas dans la bonne direction ont été réalisés.

« On a un gouvernement à Québec qui respecte la métropole, la capitale, puis qui redonne de l’autonomie au monde municipal », indique le maire de Montréal.

En novembre dernier, l’UMQ a consenti au pacte fiscal Québec-municipalités pour l’année 2015. Dans le cadre de ces mesures transitoires, 300 millions de dollars en moins ont été transférés aux municipalités, dans un effort de redressement des finances publiques. En moyenne, les coupes représentaient 1,2 % du budget des municipalités.

En échange, le gouvernement s’est engagé à négocier une entente fiscale et financière pour 2016, à reconnaître les municipalités comme gouvernements de proximité et à réaliser une réforme en profondeur de la relation entre Québec et les municipalités, inspirée du Livre blanc municipal de l’UMQ.

Plusieurs municipalités avaient dénoncé publiquement cette entente.

« Il y a peut-être eu des doléances, mais, en fin de compte, il y a eu une entente », affirme Denis Coderre.

Améliorer la gouvernance

Aujourd’hui, le maire de Montréal se dit conscient du rôle important qu’a à jouer la métropole pour la suite des choses. La question de la gouvernance sera majeure à ses yeux. Cet enjeu en inclut plusieurs, comme celui du partage des revenus et de l’application de certaines normes dans certains ministères.

« Comment, en partenariat, peut-on enlever des irritants et s’accompagner mutuellement, puisque, au bout du compte, c’est la même poche qui paye et qu’on est là avant tout pour améliorer la vie des gens et leur donner des services ? » indique Denis Coderre.

Pour que les municipalités puissent pleinement agir comme gouvernements de proximité, elles ont besoin d’outils.

« On ne peut pas dépendre à 75 % des taxes foncières, affirme le maire de Montréal. On a un rôle de développement social à jouer, il y a des enjeux de logement notamment. Il faut parler du partage des revenus. »

Il sera notamment question des redevances minières, un enjeu crucial pour plusieurs régions.

« Le grand objectif de ces négociations sera de donner aux municipalités la capacité de leurs ambitions, affirme Denis Coderre. Nous sommes des élus, nous sommes imputables, nous devons assumer pleinement notre réalité démocratique. »

Régions, capitale et métropole fortes

Pour Denis Coderre, les régions sont des partenaires incontournables.

« Lorsque je suis devenu maire de Montréal, j’ai fait une tournée des régions, dit-il en entrevue téléphonique, alors qu’il arrivait justement de l’Abitibi. Nous avons besoin de régions fortes et d’une métropole forte. C’est pour cette raison d’ailleurs que nous voulons créer une Maison des régions. »

Ce projet, qui pourrait voir le jour à Québec, donnerait différents services aux régions.

Le maire de Montréal considère que l’économie montréalaise est étroitement liée à celle des régions.

« Lorsqu’on regarde les grands secteurs d’activité des régions, comme les mines et la forêt, on trouve plein de sièges sociaux d’entreprise dans la métropole, affirme Denis Coderre. Si on prend la transformation métallique, 25 % de la première transformation se fait à Montréal et 33 % de la deuxième. C’est sûr qu’il y a une relation entre les régions et la métropole. On est une locomotive, mais on a besoin de régions fortes. Pour moi, il faut se dire qu’on est tous dans le même bain et qu’on travaille ensemble. »

Le maire de Montréal appelle même à une solidarité entre les municipalités sur des questions qui ne sont pas toujours directement avantageuses pour toutes.

« Il y a des réalités qui sont métropolitaines, il y a des réalités qui sont régionales, il y a des réalités de capitale et c’est pourquoi on a trois chantiers », dit-il.

Par exemple, certaines municipalités n’ont toujours pas les infrastructures nécessaires pour offrir Internet à haute vitesse.

« C’est pourtant un élément important en matière de développement économique, affirme le maire. Il faut créer un environnement favorable à l’investissement. Comment, avec nos complémentarités, pouvons-nous nous entraider pour arriver à avoir plus d’efficacité sur le terrain et à améliorer la vie des gens ? Il n’y a pas juste un volet politique à ces enjeux, il y a aussi des volets pratico-pratiques. »

Les assises sont aussi un moment pour les municipalités de partager leurs meilleures pratiques.

« On a besoin d’un réflexe Montréal dans certains cas, dit le maire. Je peux parler d’itinérance, mais il y en a aussi dans d’autres coins. J’arrive de Rouyn-Noranda, et à Val-d’Or, il y en a, de l’itinérance. On peut avoir des pratiques pareilles au niveau des valeurs et des principes, mais qui tiennent compte des réalités, de la complexité et de la diversité des environnements. »

À ses yeux, il est terminé, le temps où on divisait pour régner.

« Nous ne sommes pas une région contre l’autre. C’est le temps de nous retrouver pour faire notre plan de match, pour ensuite négocier ensemble avec le gouvernement provincial. »