Trop peu de papas restent seuls avec bébé

Ce groupe de mamans profitait de la température clémente jeudi à Montréal. Alors que 88 % des mères prennent une partie du congé parental, seul 32 % des pères s’en prévalent. Le Conseil du statut de la femme propose de modifier le RQAP.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce groupe de mamans profitait de la température clémente jeudi à Montréal. Alors que 88 % des mères prennent une partie du congé parental, seul 32 % des pères s’en prévalent. Le Conseil du statut de la femme propose de modifier le RQAP.

Les pères québécois sont très nombreux à prendre des congés de paternité, mais ceux qui prennent des congés parentaux en l’absence de leur conjointe sont encore trop rares, plaide un nouvel avis du Conseil du statut de la femme (CSF).

« La grande victoire, c’est que les cinq semaines de congé des pères sont prises à 75 %. C’est un énorme progrès », explique la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Julie Miville-Dechêne. « Mais ce dont on s’est rendu compte, c’est que les fameuses cinq semaines sont prises presque toujours avec la mère. Les études montrent que quand le père est seul, il va développer davantage de compétences parentales que lorsqu’il n’est que l’aide du premier parent. » Dans 83,4 % des cas, la mère est présente quand le père prend son congé parental. Pour les congés de paternité, on parle de 89 %. « L’idée, c’est de renforcer le sentiment de compétence du père, souligne Julie Miville-Dechêne. On a l’impression que ça va prendre une petite poussée pour changer les choses. »

Le CSF propose donc au gouvernement de modifier le régime d’assurance parentale (RQAP) pour qu’on réserve trois semaines de plus du congé parental partagé aux pères. Cette mesure à coût nul ne serait possible que pendant les périodes où le père est le seul prestataire du RQAP. L’avis souligne que cela ne pénaliserait pas les mères célibataires et que le changement pourrait être testé pendant une période de cinq ans.

Créé en 2006, le RQAP inclut un congé de maternité, un congé de paternité et un congé parental qui peut être partagé entre les deux conjoints. Selon les formules, ce congé peut durer de 25 à 32 semaines.

Les statistiques démontrent qu’exactement 76,5 % des pères prennent un congé de paternité, mais que seulement 32 % prennent une partie du congé parental (contre 88 % des mères).

Une des grandes surprises de l’étude menée par le CSF est que cela ne fait même pas l’objet d’une discussion chez les couples, précise Mme Miville-Dechêne. Selon l’organisme, cela peut avoir un impact certain sur l’égalité. « Un des effets pervers des longs congés de parentalité pris exclusivement par les mères est en somme le renforcement des rôles traditionnels, même lorsque le discours des parents est égalitaire », avance-t-on dans le document.

« Je ne lui ai jamais rien demandé »

Pour mieux cerner les statistiques, le CSF a mené des entrevues auprès d’une trentaine de parents sur le RQAP et des notions comme le partage des tâches. Il en ressort que « les mères étaient responsables non seulement d’un plus grand nombre de tâches, mais aussi des tâches les plus récurrentes et souvent les plus invisibles ».

Le témoignage d’un père rend compte des écarts entre les perceptions et la réalité. « En étant plus présent à la maison, je me rends compte de la tâche qu’il y a à accomplir avec le temps que les trois enfants demandent, je vois vraiment que plus on donne de temps aux enfants, moins on en a pour les tâches domestiques. »

Fait intéressant, l’avis note que « les hommes les plus fortement engagés dans le travail parental et domestique […] n’étaient pas les pères les plus scolarisés et occupant les emplois les plus prestigieux » de l’échantillon.

Le témoignage d’une mère suggère qu’un faible partage du congé peut renforcer les inégalités. « J’étais en congé, lui, il travaillait. J’avais plus de temps. Mais j’allaitais, donc je prenais toutes les nuits… J’en ai trop pris. Ce qui a fait que quand je suis retournée travailler, j’ai continué la même chose et lui ne s’en rendait pas compte finalement, parce que je ne lui ai jamais rien demandé. »

Les entrevues révèlent aussi que les hommes font face à davantage de résistance à la prise de congés parentaux dans leur milieu de travail. « Les femmes partent en congé de maternité et on s’attend à ce qu’elles soient parties un an. Je pense que ça va de soi dans la tête des gens, explique l’un des pères interviewés. Tandis que pour un homme, c’est pas encore reconnu. »

Autre facteur nuisant à la prise de congé par les hommes : l’argent. Étant donné que les pères gagnent un salaire plus élevé dans 70 % des cas, les parents jugent souvent plus avantageux de prolonger le congé de la mère au lieu de celui du père.

En plus des trois semaines réservées aux pères, l’avis formule différentes recommandations. On propose notamment d’augmenter la flexibilité du programme pour permettre de prendre le congé à temps partiel ou de l’étaler sur une plus longue période. L’avis recommande aussi de faire davantage de sensibilisation sur le régime et les avantages du partage du congé parental entre le père et la mère. Enfin, il suggère d’intégrer aux cours prénataux une portion sur le rôle de parents ainsi qu’une séance visant spécifiquement les pères.

Finalement, le CSF suggère d’intégrer ces notions au guide « Mieux vivre avec notre enfant… » qui est distribué aux nouveaux parents dans le réseau.

La grande victoire, c’est que les cinq semaines de congé des pères sont prises à 75 %. C’est un énorme progrès. Mais ce dont on s’est rendu compte, c’est que les fameuses cinq semaines sont prises presque toujours avec la mère. Les études montrent que quand le père est seul, il va développer davantage de compétences parentales que lorsqu’il n’est que l’aide du premier parent.

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