L’AQF met la clef sous la porte

Le drapeau français ne flottera plus sur la place Royale à Québec. L’Association Québec-France (AQF) qui y avait son siège depuis des décennies fermera ses portes à compter du 30 juin. Avec la disparition de cette association fondée en 1971 (et qui est le pendant au Québec de l’Association France-Québec en France), c’est tout un pan de l’histoire des relations entre les sociétés civiles française et québécoise qui s’efface.

« La relation citoyenne franco-québécoise que nous entretenons depuis plus de 45 ans grâce au réseau des associations Québec-France et France-Québec et à leurs milliers de membres bénévoles n’a visiblement plus de valeur aux yeux des gouvernements français et québécois », a déclaré amer le président de l’AQF, André Poulin, à l’issue du conseil d’administration extraordinaire tenu le 24 avril.

Depuis près d’un demi-siècle, l’AQF anime au Québec un réseau de milliers de bénévoles regroupés dans 18 associations régionales participant à des centaines d’activités mettant en évidence les relations entre la France et le Québec. Tournées d’artistes, d’écrivains, conférences, prix littéraire, échange de jeunes entre municipalités françaises et québécoises, concours de slam. Tout cela est aujourd’hui remis en question.

La France se retire

À l’origine, ces associations jumelles jouissaient d’un financement croisé. Alors que le Québec subventionnait l’Association France-Québec (en France), la France soutenait Québec-France (au Québec). Or, depuis dix ans, la France a progressivement réduit sa contribution, le ministère québécois des Relations internationales (MRI) tentant tant bien que mal de prendre le relais. Avec pour résultat que, cette année, tant la France que le MRI ont annoncé le retrait de toutes leurs subventions à l’AQF. Sur les cinq projets proposés, la Commission franco-québécoise n’en a accepté aucun, laissant l’AQF avec un maigre 2000 $ (pour le prix littéraire Marie-Claire Blais) au lieu des 31 000 $ accordés l’année précédente. Fait significatif, pour la première fois les deux associations n’ont pas été invitées à participer à la rencontre de la commission tenue le 18 mars à Québec.

Le 14 avril dernier, le MRI a réagi en retirant sa subvention de 160 000 $, dont 55 000 $ pour l’utilisation de la Maison Fournel récemment rénovée par la SODEC dans le Vieux-Québec. La rencontre demandée par André Poulin à la ministre Christine St-Pierre n’a jamais eu lieu. Dans l’urgence, l’AQF a dû quêter 8000 $ à ses associations régionales pour permettre, comme chaque année, aux 50 jeunes Québécois qui doivent être accueillis ce printemps dans des municipalités françaises de partir alors qu’ils avaient déjà acheté leurs billets.

Un contentieux qui s’alourdit

L’AQF a le sentiment de payer le prix d’un contentieux France-Québec qui ne cesse de s’alourdir, dit André Poulin. « On sent beaucoup d’amertume du côté français depuis que le Québec a triplé les droits de scolarité des étudiants français au Québec. On a l’impression d’en payer le prix. »

Ayant perdu son vis-à-vis québécois, l’Association France-Québec se retrouve orpheline, constate son président, Marc Martin, qui perd, lui, un tiers de ses subventions venant du Québec. Il faut dire que « si le Québec utilise souvent le réseau de ces associations en France pour toutes sortes d’activités, la France utilisait de moins en moins celui des associations Québec-France au Québec », constate un observateur. Dans ces associations, on soupçonne le gouvernement québécois de Philippe Couillard, venu en France en mars dernier, de ne pas avoir tout fait pour forcer la main du gouvernement français et le mettre devant ses responsabilités.

Pour plusieurs, cette nouvelle s’ajoute au contentieux sur les droits de scolarité des étudiants français au Québec, à la réduction de 30 % des budgets de l’Office franco-québécois pour la jeunesse et à la vente de la Maison Kent qui abritait le consulat français à Québec. Cerise sur le gâteau, depuis le 9 mars, Ottawa impose une taxe de 230 $ pour l’emploi d’un stagiaire étranger, ce qui touche environ un millier de stagiaires français au Québec, souvent envoyés par ces associations.

France-Québec et Québec-France sont toutes deux nées vers la fin des années 1960 après la visite au Québec du général de Gaulle. Parmi les fondateurs de cette dernière, on trouve des noms aussi prestigieux que Jacques-Yvan Morin, André Patry, Jean-Paul l’Allier et Henri-François Gautrin.

Jointe au Mexique, l’ancienne ministre des Relations internationales du Québec Louise Beaudoin voit dans la disparition de l’AQF une tendance de fond. « En un mot comme en cent : pour les deux gouvernements, québécois comme Français, cette relation présente de moins en moins d’intérêt. En voilà un autre bel exemple. Ce réseau Québec-France nous distinguait de la relation Canada-France et faisait une réelle différence dans la population de part et d’autre de l’Atlantique. La relation se banalise. Il n’y aura bientôt plus rien de spécifique. »

La relation citoyenne franco-québécoise que nous entretenons depuis plus de 45 ans grâce au réseau des associations Québec-France et France-Québec et à leurs milliers de membres bénévoles n’a visiblement plus de valeur aux yeux des gouvernements français et québécois 

En un mot comme en cent: pour les deux gouvernements, québécois comme Français, cette relation présente de moins en moins d’intérêt. En voilà un autre bel exemple. 

17 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 29 avril 2015 03 h 00

    Des gens qui ne sont pas vites vites

    Est ce que ca veut dire que l'économie vient de l'emporter sur notre histoire, il semble que oui depuis le temps ou les canadians envient notre relation prévilégiée, Benoit Bouchard en bon commis doit en etre heureux, le royaume semble enfin devenu le territoire prévilégié des conservateurs, ils ont enfin compris que ce territoire est tres important pour le Québec, plus important que la Beauce, il faut dire que ce sont des gens qui ne sont pas vites vites, je parle de ceux qui nous dirigent a Ottawa, enfin c'est un mauvais moment a passé

    • Gilles Théberge - Abonné 29 avril 2015 11 h 35

      C'est le grand démantèlement qui est en cours monsieur Paquette. Ce n'est pas une question financière je n'en crois rien. C'est une question de principe. Et une absence totale de sensibilité.

      J'en suis même à me demander si ce n'est pas une forme d'etnomasochisme que draine dans son sillage Philippe Couillard. Lui qui devant le sentiment national réagit comme le diable en présence d'un goupillon imbibé d'eau bénite.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 avril 2015 14 h 00

      un mauvais moment... sic "a passé"...@d.paquette
      Vous en avez une drôle de manière de parler de notre relation privilégiée que nous avons (et je ne dis pas avions ) avec la France...

      Regardez les anglos-canadiens et leur relation spéciale avec l'Angleterre et la royauté...on ne la leur reproche pas mais on en a rien à cirer...Notre culture, en très grande partie, vient de nos racines françaises. Mes ancêtres et les vôtres sont les bâtisseurs du Québec. Ce n'est pas, parce qu'à un moment donné de notre histoire, après "une bataille perdue" sur les "Plaines" qu'il faut abandonner, et nos origines et notre francité et notre culture.
      Au contraire, une bataille perdue, ce n'est pas la guerre qui est perdue.
      À tous ceux et celles qui se considèrent Québécois de culture francophone, je vous demande de ne pas baisser les bras devant l'adversité...au contraire, il faut se remonter les manches!

      Notre relation amicale et privilégiée avec la France doit demeurer...
      il en va de notre avenir de nation francophone en Amérique du Nord.

  • Lise Bélanger - Abonnée 29 avril 2015 05 h 52

    Le Québec, perdu dans une mer anglophone, a besoin d'un pair linguistique pour ne pas sombrer.

    Ce pair est la France, seul autre pays occidental de langue française.

    Avec l'ex-président Sarkosy, les relations Québec -Francesont devenues gênantes, puisque c'est M. Desmarais, ontarien d'origine, qui a placé ce M. Sarkosy au poste de président.

    Adieu, relations culturelles Québec-France, pourtant essentielles.

    L'affront de M. Couillard, inexcusable en janvier dernier lors de l'événement de la tuerie par les islamistes a enfoncé le clou. M. Hollande, plus près du Québec que M.Sarkosy, ne peut toutefois pas accepter un tel affront.

    Et c'est nous, le peuple en souffrance linguistique, qui payons pour les anti indépendantistes tel que l'empire Desmarais et le gouvernement de M. Couillard.

    Ce n'est pas la France qui a diminué les subventions de cet organisme au Québec mais bien M. Sarkosy. Ce n'est pas M. Harper qui a le bras long en France mais bien l'empire Desmarais.

    C'est triste. Mais il faut vivre avec le choix des québécois d'élire des gouvernements qui leur sont hostiles, niant notre identité fondamentale pour la canadianiser, et l'anéantir au plus vite.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 29 avril 2015 09 h 38

      Madame Bélanger Lise
      Vous oubliez la Belgique la Suisse, presque tous les pays de l'Afrique du nord , et en Amérique comme Haiti... tous ces pays moins colonisateurs du moins à un moindre degré que la France un pays Colonisateur, Impérialiste par excellence comme furent d'ailleurs les empires Britanniques, Hollandais, Espagnols, et portuguais....

    • Gilles Théberge - Abonné 29 avril 2015 11 h 41

      Le problème monsieur de Ruelle, c'est que nos racines les plus profondes c'est avec la France qu'elles sont nouées. Nos ancêtres pour la plupart étaient Normands et Bretons. La France c'est le fer de lance de la francophonie.

      Couper ou amenuiser les liens avec elle, les banaliser et les mettre au même niveau que ceux que nous pouvons entretenir avec les autres, c'est vraiment ne pas comprendre leur dimension vitale.

      Dans le cas présent, ce n'est certainement pas par inadvertance. Ne pas le voir et ne pas le comprendre, c'est se voiler les yeux.

  • Jean Nicolas - Abonné 29 avril 2015 06 h 06

    Assassinat prémédité de l'AQF

    Nos politiques d'un côté ou l'autre de l'Atlantique ne jurent plus que par la mondialisation golopante, l'interculturalisme forcené et le néocapitalisme productif.
    Le chiffriers "excel" règne en maître, et vas-y que je coupe dans toutes les lignes; il n'y a pas de petites coupures, au sens propre comme figuré. Leur insensibilité à une culture et à des valeurs partagées est totale, implacable. Ils en sont fiers même, ils sont les gardiens de l'austérité.
    Pourtant, dans la vraie vie, les français adorent le Québec et beaucoup de québécois aiment bien la France; ils sont des centaines de millers à se visiter chaque année. Ils aiment jaser ensemble, se faire une petite bouffe et se taquiner en rigolant. Les associations régionales Québec-France sont un catalyseur de cette relation sur tout le territoire du Québec. Voilà qu'on les assassine pour quelques dollards ou quelques euros. C'est d'une mesquinerie culturelle sans nom.
    Pour terminer sur une note positive, y-t-il un généreux mescène dans la salle ?

    Fier membre de l'association Québec-France, régionale Haute-Yamska.

    Jean Nicolas

  • Patrick Daganaud - Abonné 29 avril 2015 07 h 19

    Silence Radio des porteuses de flambeaux sans flamme.

    L'acculturation en marée anglophone suit son cours, guidée par un gouvernement inculte.

    Les puissants instruments de l'impérialisme américain font leur oeuvre. L'anglicisation, présentée comme un gène manquant, suit son cours avec la complicité béate de la population qu'il ne reste qu'à tondre.

    Et puis, avec Philippe et son gouffre Nord sans fond, pourquoi penser francophone quand on peut penser saoudien en anglais?

    Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales et de la Francophonie dort au gaz de schiste et cultive son laxisme légendaire. C'est tout ce qu'elle cultive.

    Notre ex-Vice-Reine (elle s'y est crue) et ex-souverainiste (elle a cessé de croire), Michaëlle Jean, nouvelle secrétaire générale de la Francophonie défend bien trop ses intérêts pour s'intéresser aux « N'autres ».

    Et les flammes s'éteignent une à une...

  • Robert Beauchamp - Abonné 29 avril 2015 08 h 19

    La fermeture

    Dorénavent uniquement tourné vers le monde anglo-saxon. L'anglicisation par hosmose. C'est ça votre ouverture sur le monde M. Couillard?