Le Bloc québécois veut un «oui» interculturel

Mario Beaulieu a déploré les préjugés et la «propagande fédéraliste» selon lesquels son parti serait raciste.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Mario Beaulieu a déploré les préjugés et la «propagande fédéraliste» selon lesquels son parti serait raciste.

En pleine campagne de promotion de l’indépendance, le Bloc québécois souhaite se débarrasser une fois pour toutes des « préjugés » xénophobes qui collent à la peau du camp du « oui ». Lors du Grand Rassemblement interculturel pour l’indépendance organisé dimanche, ils ont clamé leur « ouverture ».

« Dire que notre projet [de pays] est le projet [d’une seule ethnie], c’est une abomination ! », a martelé l’ancien premier ministre du Québec Bernard Landry, fâché au point d’en perdre ses mots. « Nous sommes une nation multiethnique depuis le début. […] Nous sommes les Latinos du Nord », a-t-il insisté.

Maka Kotto, député de Bourget pour le Parti québécois (PQ), a mis en garde les politiciens sur les stratégies qui « tablent sur la division ethnique », « ces discours faussement savants » qui « instrumentalisent l’immigration ». Il a cité en exemple des paroles telles que « le “oui” [lors d’un référendum sur l’indépendance du Québec] ne passera jamais à cause de l’immigration et du vieillissement de la population », qui a ainsi semblé contredire l’aspirant chef Pierre Karl Péladeau.

Le candidat à la chefferie du PQ avait utilisé cette formule le mois dernier lors d’un débat, et il a dû s’excuser par la suite. Maka Kotto avait alors pris la défense de PKP en montrant du doigt le système d’immigration canadien, qui nuirait à la cause souverainiste.

Ibra Kandji, président de la Commission de la citoyenneté du Bloc, a pour sa part indiqué que « l’indépendance se fera avec tous les Québécois, sans distinction » et qu’il est « faux de dire que les immigrants perdront leurs droits si le Québec devient indépendant ».

L’origine des préjugés

Selon le chef du Bloc, Mario Beaulieu, les « préjugés » à l’égard du mouvement indépendantiste proviennent de « la propagande fédéraliste » et « des médias anglophones », qui leur « sont souvent défavorables ».

Les bavures de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau et du tribun Pierre Bourgault, qui avaient accusé les votes « ethniques » et « anglophones » d’empêcher la victoire du « oui », ont été surmédiatisées comparativement aux erreurs du camp adverse, estime M. Beaulieu.

« On a laissé les autres nous traiter de racistes », regrette le chef, qui croit que cela a nourri les préjugés. « Pourtant, nous avons toujours eu des militants de diverses origines et tenu des éléments rassembleurs comme aujourd’hui », a précisé.

Bernard Landry a tenu à rappeler que « le premier Latino élu au Parlement du Canada » faisait partie du Bloc. L’animatrice Sophie Stanké — qui pourrait être candidate pour le parti cet automne — a ajouté que la formation politique a fait élire « la première femme haïtienne à la Chambre des communes », soit Vivian Barbot.

« Les nouveaux arrivants doivent se sentir inclus dans notre projet [de pays] et non en marge. Plusieurs d’entre nous viennent de pays qui ont acquis leur indépendance dans les dernières décennies. Nous devons faire la même chose ici », a affirmé l’ancienne députée Ève-Mary Thaï Thi Lac.

M. Beaulieu a vivement dénoncé le multiculturalisme, prôné par beaucoup de militants fédéralistes. « C’est une hypocrisie [qui] amène de l’ethnocentrisme. » Le chef encourage plutôt l’interculturalisme, qui « rattache les Québécois à un tronc commun » tout en conservant leurs différences.

« Combattons le multiculturalisme à la [Pierre Elliott et Justin] Trudeau. Appuyons plutôt le Bloc québécois, qui prône l’intégration [des immigrants] », a renchéri Mme Thaï Thi Lac.

 

Faire « plus d’efforts »

« Nous n’avons pas eu le succès que nous souhaitions [auprès des Québécois issus de communautés culturelles], a admis M. Landry, mais nous avons eu des succès. »

« On veut rejoindre tout le monde, aussi les anglophones, assure M. Beaulieu. Nous en avons, des membres anglophones, mais si nous étions plus actifs avec [cette communauté], nous pourrions contrer davantage les préjugés. »

Martine Ouellet, seule candidate de la course à la chefferie du PQ présente au rassemblement, estime que sa formation politique doit elle aussi « rebâtir les ponts » avec les Québécois venus d’ailleurs.

Maka Kotto (à gauche) a mis en garde les politiciens sur les stratégies qui «tablent sur la division ethnique», «ces discours faussement savants» qui «instrumentalisent l’immigration».
14 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 27 avril 2015 01 h 50

    One way

    Quand j'entends certains politiciens revenir ad nauseam sur la déclaration de Parizeau, au sortir du referendum perdu (ou volé, c'est selon), je me dis qu'en certains cercles on fait encore une très mauvaise lecture de l'espace politique au Canada.

    Le récent jugement de la Cour Suprême, sur les droits des francophones de la Colombie-Britannique, rend compte de tout le scandale dont est encore capable ce Canada vicieux, comptable, irrévérencieux et séraphin de ses moyens à l'égard des droits francophones de ce pays. S'ils étaient 600 000, on pourrait le comprendre, ce Canada. Se défendre! Les francophones, en Colombie-Britannique sont moins nombreux que la plus petite ville du Québec. Et leur gouvernement s'acharne à ne pas les servir, convenablement.

    Je n'ai plus besoin du Bloc pour me convaincre de faire notre indépendance. Le Québec n'a plus besoin du Bloc pour se faire dire comment faire dorénavant les choses. Il faut foncer, foncer, tête baissée et poing levé vers l'indépendance.

    Si le Bloc veut se rendre utile, sur la scène fédérale, qu'il se contente de participer à toutes les luttes des minorités fracophones du reste du Canada. Pour faire quoi: pour tout simplement faire savoir à tous que le Canada Anglais ne va toujours et pour toujours faire qu'une seule chose:ne fournir que des bécosses, en guise d'écoles., aux minorités francophones de ce pays.

    Devenir fatigants, dans toutes les provinces. Devenir obstineux, dans tous les conseils scolaires anglophones qui refusent de traiter leurs minorités francophones de façon correcte. Devenir la mouche du coche de toutes leurs chambres de commerce qui calculent leur engagement envers le Canada par le décompte des accents aigus et graves (en anglais on n'accentue pas) qu'ils peuvent apercevoir sur leurs boîtes de céréales du matin, se deamandant ce que chaque accent leur coûte.

    Vomir sur tous leurs petits calculs qui depuis 1867 nous minorisent de plus en plus.

    Les convaincre de nous foutre à

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 27 avril 2015 12 h 47

      Au contraire, sur la scène fédérale, le Bloc peut se rendre utile en y faisant la promotion de l'indépendance auprès des Québécois, sans attendre que le PQ le fasse. Le Bloc n'a pas à se subordonner aux volontés stratégiques du PQ, telles que promettre un mandat non-indépendantiste et taire le sujet de l'indépendance. Même si l'indépendance se déclarera à l'Assemblée nationale, nous n'en sommes même pas là, nous en sommes encore à faire augmenter le % du Oui, et le fédéral n'est pas un mauvais palier pour ça, étant donné que le projet indépendantiste consiste à rapatrier notre tranche du palier fédéral.

      C'est pourquoi nous avons choisi Mario Beaulieu comme chef. De toute façon, en cette matière, l'autre option n'était pas le statu quo, puisque André Bellavance promettait d'« élargir la coalition » à des gens qui ne sont pas en faveur d'aucune sorte de souveraineté (Le Devoir 22 avr 2014); bref, le Bloc serait devenu ce que le parti "Forces et Démocratie" est.

    • Pierre Brosseau - Abonné 27 avril 2015 20 h 04

      Et en tant qu'indépendantiste, pour qui allez-vous voter aux élections fédérales, si vous votez. Vous n'avez guère le choix que de voter pour le Bloc, sinon d'annuler votre vote ou de ne pas voter. Vous perdriez alors une occasion de démontrer la vigueur du mouvement souverainiste.

      Pierre Brosseau

  • Florence Péloquin - Abonnée 27 avril 2015 08 h 08

    Les "bavures"

    N'oubliez-vous pas celle, plus récente, de PKP ?

    • - Inscrit 27 avril 2015 12 h 09

      Quand un péquiste dit: "la majorité des immigrants vote contre nous", c'est une bavure.

      Quand un libéral dit: "la majorité des immigrants vote pour nous", c'est une statistique.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 27 avril 2015 16 h 19

      @ G. Hubert

      Quand un parti nationaliste affirme péremptoirement que le statut culturel d'une partie de la population québécoise fait en sorte qu'elle ne partage pas son projet et ne le partagera jamais, c'est une bavure, en plus d'un crachat sur un projet qui, selon cette affirmation, ne conviendrait qu'à un clan dont l'étranger serait l'ennemi.

    • Frédéric Lalonde - Abonné 27 avril 2015 21 h 39

      Je veux bien croire que les journalistes anglophones ont soulignés fortement les déclarations de M.Parizeau, mais effectivement il y eu les déclarations de PKP et aussi quelques dérives de la charte. Bref, je crois que les leaders souverainistes devraient prioritairement faire de gros efforts pour intégrer les gens des communautés culturelles à leur projet. C'est facile d'accuser les autres, mais pendant ce temps là on ne tente pas de s'améliorer. On ne fera pas l'indépendance seulement avec l'appui des blancs francophones. Donc, tentons de regagner la confiance de tous. Je le répète c'est une priorité!

  • Louise Melançon - Abonnée 27 avril 2015 09 h 33

    le Bloc pour les francophones...

    Oui, Monsieur Valois, je suis d'accord avec vous que le Bloc québécois doit travailler pour tous les francophones du pays, pas seulement pour le Québec.

  • Louise Melançon - Abonnée 27 avril 2015 09 h 33

    le Bloc pour les francophones...

    Oui, Monsieur Valois, je suis d'accord avec vous que le Bloc québécois doit travailler pour tous les francophones du pays, pas seulement pour le Québec.

  • Louise Melançon - Abonnée 27 avril 2015 09 h 33

    le Bloc pour les francophones...

    Oui, Monsieur Valois, je suis d'accord avec vous que le Bloc québécois doit travailler pour tous les francophones du pays, pas seulement pour le Québec.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 avril 2015 13 h 02

      Madame,
      Le but du Bloc est l'indépendance du Québec, pas celle de Saint-Boniface.

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 27 avril 2015 19 h 45

      Mr Auclair
      ou aussi pour les syndicalistes qui en composent la ptentielle députation, en quète de nouvelles carrieres, de nouveaux horizons, un super bon plan de pension, salaire de 150,000.00 dollars , et puis Ottawa ce n'est pas pas le Zimbawe quand meme, c'est parfaitement compréhensible et correcte, qui ne cherche a améliorer sa situation?!