Ce que «Le Devoir» en disait…

Henri Bourassa en 1944
Photo: archives nationales du québec Henri Bourassa en 1944

Diane Lamoureux, Le Devoir, un journal indépendant. Une opposition farouche au suffrage féminin 1913-1940, PUQ, 1995.

La position du journal Le Devoir par rapport au suffrage féminin ne peut se voir attribuer qu’un seul mérite, la constance. En effet, de 1913 à 1940, la position éditoriale et le traitement journalistique du quotidien de la rue Saint-Sacrement sont d’une constance remarquable : le journal s’oppose farouchement à l’obtention du droit de vote par les femmes.

Cette opposition nous semble cohérente avec la mission que s’octroyait alors le journal, à savoir la défense de la tradition et de la nation canadienne-française comme bastion de l’esprit catholique en Amérique du Nord. […] Car c’est au nom du catholicisme et de sa supériorité éthique qu’Henri Bourassa [NDLR : fondateur du Devoir] monte aux barricades afin de pourfendre les suffragettes qui veulent corrompre l’âme de « nos femmes ».

 

Henri Bourassa, «Désarroi des cerveaux – Triomphe de la démocratie», Le Devoir, 28 mars 1918.

En subordonnant, l’an dernier et l’année précédente, le droit du suffrage aux oeuvres de guerre, le Parlement a ouvert la porte à deux conséquences grosses de péril : la création d’une caste militaire privilégiée, soustraite à la plupart des restrictions qui s’imposent à la masse des citoyens, et l’introduction du féminisme sous sa forme la plus nocive : la femme-électeur, qui engendrera bientôt la femme-cabaleur, la femme-télégraphe, la femme-souteneur d’élections, puis la femme-député, la femme-sénateur, la femme-avocat, enfin, pour tout dire en un mot : la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme.

 

Henri Bourassa, «Pays avancés – Femmes enculottées», Le Devoir, 1er avril 1918.

La moralité de la femme, supérieure à celle de l’homme dans la vie privée, quand elle est soutenue par la maternité, n’est ni plus forte ni plus sûre que celle de l’homme en fonction des affaires publiques. La plus grande émotivité de la femme, l’empire tyrannique que prennent sur son esprit ses sympathies et ses antipathies instinctives, l’hypnotisation qu’exerce sur toutes ses facultés l’objectif réel ou imaginaire de sa passion — être, chose, idée ou simple illusion — moins variable qu’on ne le pense, unique, en tout cas, tant que dure l’obsession, enfin, son extraordinaire intuition des détails, toutes facultés précieuses dans les sphères où la femme est chez elle, la rendent au contraire plus incapable que l’homme, si infirme qu’il soit, d’envisager les situations d’ensemble, de subordonner le particulier au général, de sérier et de hiérarchiser les questions ; et c’est tout cela qu’exige avant tout la science du gouvernement des sociétés.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 avril 2015 15 h 02

    Et j'ajoute ceci...

    que ce n'est qu'en 1954-55 qu'a lieu au Québec, le retrait de la "femme mariée" de la liste... des incapables.
    que ce n'est qu'en 1964, qu'une loi du Québec est établie sur la capacité juridique de la "femme mariée".
    On vient de loin...mais on se souvient...