Une grève générale sur la table à l’automne

À défaut d’une entente, les syndiqués des secteurs public et parapublic seront appelés, durant la deuxième moitié du mois de septembre, à donner un mandat de grève au Front commun.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À défaut d’une entente, les syndiqués des secteurs public et parapublic seront appelés, durant la deuxième moitié du mois de septembre, à donner un mandat de grève au Front commun.

À l’abri des caméras, le Front commun des syndicats des secteurs public et parapublic prépare le terrain à une grève générale à l’automne. Dès la fin du mois, quelque 800 syndicats solliciteront le mandat, auprès de 400 000 employés de l’État, de « planifier » un débrayage massif au cas où les négociations piétinent au retour des vacances estivales, a appris Le Devoir.

« Il faut être prêt à l’automne », dit sans ambages le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer, à l’autre bout du fil. « Faire le tour [de 400 000 des 530 000 employés de l’État], ça ne se fait pas en criant “ ciseaux  », ajoute-t-il.

À défaut d’une entente, les syndiqués du secteur public et parapublic seront appelés, durant la deuxième moitié du mois de septembre, à donner un mandat de grève au Front commun. Le scénario d’un débrayage de centaines de milliers d’employés durant au moins deux semaines a notamment fait l’objet de discussions au sein d’organisations syndicales.

« À l’automne, on aura discuté suffisamment autour des plus grands enjeux pour se faire une tête [sur des questions du type] est-ce qu’il y a une voie de passage possible pour un règlement ou il n’y en a pas du tout ? Est-ce qu’on a à forcer le jeu pour que le gouvernement nous prenne au sérieux ? » explique M. Boyer dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

Réunis à Longueuil, environ 200 délégués de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) se sont rangés à l’unanimité jeudi derrière une résolution voulant que « le Conseil général recommande à l’APTS de déclencher une grève générale légale en front commun à l’automne 2015 et que des assemblées générales se tiennent en septembre 2015 afin d’obtenir le mandat de grève à la lumière de l’avancement de la négociation ».

« On l’a vu [jeudi], les gens sont indignés », a insisté la présidente de l’APTS, Carolle Dubé, dans une entrevue avec Le Devoir. Les offres salariales « inadmissibles » mises sur la table par le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, s’ajoutent aux douloureux contrecoups de la réorganisation des structures du réseau de la santé et des services sociaux initiée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. « Mettons que la cour est pas mal pleine. »

Les syndiqués considèrent sérieusement l’« utilisation de moyens de pression plus lourds telle la grève à exercer au moment jugé opportun ». « Si le moment est jugé opportun au retour de la période estivale, on va retourner prendre des votes dans nos assemblées pour déclencher la grève. [Cela dit], on est prêts à négocier de bonne foi avec le gouvernement. Il faut qu’il manifeste lui aussi son désir de négocier de bonne foi », affirme Mme Dubé.

13,5 % en trois ans contre 3 % en cinq ans

Le Front commun a fait connaître des demandes d’augmentation salariale de l’ordre de 4,5 % par année, et ce, pendant trois ans (13,5 % en trois ans). Il s’agit de demandes « ven[ant] d’une autre époque », a rétorqué le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. De son côté, le gouvernement du Québec offre aux employés de l’État un gel de salaire pendant deux années, suivi d’une augmentation annuelle de 1 % pour les trois ans subséquents (3 % en cinq ans). Toute proposition patronale devra être « compatible » avec le retour à l’équilibre budgétaire cette année et son maintien au cours des prochaines années, a répété M. Coiteux au fil des dernières semaines.

« Les offres actuelles du gouvernement sont carrément inacceptables [voire] insultantes », dit la vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Francine Lévesque. « Elles ont soulevé l’indignation chez nos membres. C’est parmi les pires offres qu’on a jamais reçues », ajoute-t-elle. Les travailleurs des secteurs public et parapublic entendent se donner « les moyens de pouvoir procéder à l’exercice de la grève quand ce sera opportun ». « Le plus tôt on est prêts, le mieux c’est », soutient Mme Lévesque.

Rapport de force

Même si les négociations demeurent à un stade « préliminaire », « tout m’indique » à ce moment-ci que le Front commun devra nécessairement accroître la « pression » sur le gouvernement libéral, selon Daniel Boyer. D’ailleurs, les employés de l’État rééquilibreraient le « rapport de force » en faveur de leurs représentants syndicaux aux tables de négociations simplement en leur octroyant un mandat de grève, indique-t-il. Face à l’intransigeance de M. Coiteux, « il faudra exercer un certain rapport de force… que ça aille jusqu’à la grève ou non », dit le président de la FTQ.

Les conventions collectives des employés des secteurs public et parapublic sont échues depuis le 31 mars dernier. D’ailleurs, quelque 2500 délégués du front commun syndical se réunissaient pour parler de grève ce jour-là à Québec.

Les syndicats n’ont toujours pas les coudées franches pour amorcer un débrayage légal. Ils devront préalablement se plier à une médiation de deux mois, attendre le rapport du médiateur, et convenir de services essentiels dans le secteur de la santé et des services sociaux et au sein de l’administration publique à préserver en cas de conflit de travail.

Pour l’instant, les acteurs du Front commun s’abstiennent de réclamer l’entrée en scène d’un négociateur. Durant l’été ? « C’est tout à fait possible que ça se passe à ce moment-là », précise Mme Lévesque.

« Il faut expliquer à l’ensemble de nos membres de quoi il en retourne pour être en mesure d’exercer un droit de grève légal. On n’est pas à lancer la bombe atomique [une grève illégale] : on parle d’une grève légale », conclut-elle.

À l’automne, on aura discuté suffisamment autour des plus grands enjeux pour se faire une tête [sur des questions du type] "est-ce qu’il y a une voie de passage possible pour un règlement ou il n’y en a pas du tout" ? Est-ce qu’on a à forcer le jeu pour que le gouvernement nous prenne au sérieux ?

24 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 17 avril 2015 00 h 20

    ?

    Peut-être serait-il plus avantageux pour les étudiants en grève présentement de retourner sagement sur les bancs d'école pour ne pas se brûler et être en mesure de se remobiliser dès la venue de l'automne avec des alliés?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 avril 2015 09 h 27

      Je ne vois pas comment ceux qui scrapent le fonctionnement de l'UQAM, et qui ne sont pas forcément des étudiants, puissent se bruler de quelque façon que ce soit puisqu'ils ne subissent aucune conséquence suite a leurs méfaits. Au contraire même ils ont le support non seulement du syndicat des prof, mais aussi d'une foule de vedette médiatique de Radio-canada, du Devoir.

      Ce dont vous pouvez être sûr m.Boulanger c'est que ces mêmes casseurs vont être toujours bien présent, et de service, quand on leur donnera le signal...

    • Patrick Boulanger - Abonné 17 avril 2015 09 h 35

      @ M. Arès

      M. Arès, le mouvement étudiant ne se réduit pas à l'UQÀM et à des " casseurs ".

      " Je ne vois pas comment ceux qui scrapent le fonctionnement de l'UQAM, et qui ne sont pas forcément des étudiants, puissent se bruler de quelque façon que ce soit puisqu'ils ne subissent aucune conséquence suite a leurs méfaits. " (M. Arès)

      M. Arès, j'ai l'impression que vous êtes mal renseigné: http://www.ledevoir.com/societe/education/435319/l

  • Josée Duplessis - Abonnée 17 avril 2015 06 h 39

    C'est clair qu'ils doivent réagir car ce faire baffouer de cette façon de convention en convention ça reste du mépris.
    Quand ils avaient de largent pour payer 30% de plus pour les travaux publics ils n'avaient pas grand chose pour les employés de l'état.
    Ça restera comme ça tant que les gens se coucheront.
    La démolition des services publics est bel et bien enclenchée.
    Les mettre à sac est une bonne manière de les discréditer. Ensuite on privatise.
    Pourquoi avons-nous encore les moyens de financer à telle hauteur les écoles privées? Pourquoi finançons-nous les écoles religieuses privées nous qui voulons être un état laïc?
    Pas de réponse!

  • Robert Aird - Abonné 17 avril 2015 07 h 32

    Loi spéciale à venir…

    Deux, trois jours de grѐve et le gouvernement va passer une loi spéciale pour y mettre fin. Ainsi va la démocratie néolibérale.

    • Clermont Domingue - Abonné 17 avril 2015 08 h 42

      Trois jours n'est pas assez pour renflouer le budget de l'État.Je pense plutôt à trois semaines.ça dépendra de l'endurance de la population...
      Monsieur Coiteux souhaitera que ça dure pour équilibrer son budget, mais les chefs sydicaux, après leur démonstration de force,voudront une loi spéciale au plus sacrant.
      Après avoir dirigé le Front commun de l'Estrie en 1971, je peux vous dire que: 1-Le gouvernement sera renforcé 2- La bureaucratie syndicale aura montré sa capacité d'organiser et de mobiliser 3- Les travailleurs auront payé de leur poche pour préserver leur dignité 4- La population sera contente de retrouver ses services.
      UN gouvernement n'est pas un employeur privé.Chaque jour de grève représente beaucoup d'économies pour lui et les payeurs de taxes. Une grève dans la fonction publique, c'est une lutte entre les employés de l'État et les autres citoyens. C'est pas fort...

    • Francois Cossette - Inscrit 17 avril 2015 10 h 54

      De plus, les services essentiels sont, la plupart du temps, supérieur au service que nous obtenons de facon reguliere. Alors le gouvernement a beau jeu.

      La machine judiciaire au service du gouvernement tel est notre pseudo société démocratique.

  • François Dugal - Inscrit 17 avril 2015 07 h 40

    L'effet libéral

    Des "candy" pour les minières, la proverbiale "galette de sarrasin" pour les employés de l'état, sans oublier les bonis aux dirigeants : goûtons aux joies de l'effet libéral.

    • Francois Cossette - Inscrit 17 avril 2015 10 h 56

      1% sur $20,000 pour un employe de l'etat et 17% sur $700,000 pour sabia ... ami du plq.

      Dans le mot démocratie il y a le mot crasse, il prends tout son sens avec ceux qui sont au pouvoir a quebec.

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 avril 2015 08 h 04

    Un gouvernement de mauvaise foi à chasser

    Les syndicats devront prendre des positions autres que salariales pour recueillir l'aval d'une population à sortir de sa léthargie béate.

    Leurs attentes salariales se comprennent : nul ne veut voir ses revenus baisser de 10 % en 5 ans, ce qui correspond aux offres gouvernementales actuelles, tandis que les taxes indirectes pullulent. Les comparaisons au secteur privé font la démonstration que les employés de l'état de roulent pas sur l'or, au regard de leurs formations et de leurs expertises.

    Mais, sur le fond, les syndicats devront se faire entendre et ne plier aucunement, ce qui signifie ne se faire acheter sous aucun prétexte. Il leur faudra alors le support de toute la population et ce support ne sera activé que par une bonne information sur les impacts horrifiants des coupes libérales, tant en éducation, en santé et dans les services sociaux que dans l'économie générale où l'appauvrissement est déjà le sort programmé des trois quintiles inférieurs de la population.

    Il faut renseigner et éduquer les gens : la propagande du gouvernement Couillard est le tissu de mensonges d'une gouvernance vendue au capitalisme sauvage et saccageur et prête à vendre aux gloutons de ce monde ses enfants, ses malades, ses personnes les plus vulnérables en même temps que les biens publics et les droits humains de la collectivité.

    • Palardy RACHEL - Inscrite 17 avril 2015 10 h 35

      M.Daganaud,
      Vous avez du travail à faire pour convaincre la moitié de la population non syndiquée qu'ils doivent se mobiliser et descendre dans la rue pour protéger des gens qui sont, pour plusieurs, beaucoup mieux nantis qu'eux en terme de sécurité d'emploi, de fonds de pension, de journées de maladie payées, de journées " personnelles" et j'en passe... Les québécois he sont pas naïfs à ce point.
      Les syndicats perdent des plumes selon le sondage paru dans le devoir cette semaine, ils n'ont pas d'influence sur les non syndiqués, au contraire une animosité s'est installée entre les syndiqués et les non-syndiqués.

      Vous avez raison ils devront laisser croire à la population que cette grève n'est pas seulement pour eux, mais pour le " bien" de la population en générale...reste à voir si les québécois se laisseront berner

      Rachel Taillon

    • Clermont Domingue - Abonné 17 avril 2015 11 h 38

      Patrick, votre analyse est bonne et votre verbe est haut, mais je ne crois pas qu'on puisse éduquer les gens parce que notre monde injuste est complexe...Le capitalisme sauvage et ravageur est une organisation sophistiquée qui n'est pas à la portée des petits cerveaux.Les règles du hockey sont plus faciles à intégrer. Il y a encore des lendemains qui chantent pour les profiteurs...
      Patrick, si vous lisez les articles traitant des problématiques financières ou internationales dans votre journal, vous constaterez que ça fait réagir peu de lecteurs.Les gens ne sont pas rendu à la réponse, ils ne voient pas encore la guestion.Défoulons-nous, sans oublier que béat et bêtise ont des sens rapprochés.Consolez-vous en vous disant que les grands esprits sont seuls. Au sommet, il y a peu de place...

    • - Inscrit 17 avril 2015 13 h 05

      Bravo !

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 17 avril 2015 13 h 21

      Bien vu Monsieur Daganaud, Irène Doiron

    • Patrick Boulanger - Abonné 17 avril 2015 16 h 36

      @ Mme Palardy

      Mme Palardy, offrir aux employés de l’État un gel de salaire pendant deux années, suivi d’une augmentation annuelle de 1 % pour les trois ans subséquents (3 % en cinq ans), est-ce une offre raisonnable pour vous?