Les Québécois condamnent la grève étudiante

Un jeune homme masqué regarde un policier lors d’une manifestation au square Phillips, le 23 mars dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un jeune homme masqué regarde un policier lors d’une manifestation au square Phillips, le 23 mars dernier.

Les Québécois jugent sévèrement les étudiants des cégeps et universités qui ont déclenché la grève. Avant même le saccage de l’UQAM par des étudiants masqués, tard mercredi soir, une majorité sans équivoque de six Québécois sur dix condamnait le mouvement de grève, révèle un sondage Léger mené pour Le Devoir.

Ce coup de sonde confirme que le gouvernement Couillard a bel et bien l’appui de la « majorité silencieuse » pour faire son effort d’équilibre budgétaire. Les électeurs appuient certaines des grandes lignes du programme de compressions mis de l’avant par les libéraux : réduction du nombre d’employés de l’État (53 % favorables) et modulation des tarifs de garde en fonction des revenus des parents (appui de 48 %), notamment.

Signe des temps, le nombre d’électeurs qui croient que le gouvernement atteindra l’équilibre budgétaire dès cette année a presque doublé en deux mois, passant de 14 % à 27 % des répondants. Ce chiffre en apparence banal laisse entrevoir des jours radieux pour les libéraux, qui ont fêté cette semaine leur première année au pouvoir.

« Les Québécois sont d’accord avec l’objectif global de l’austérité, dit Christian Bourque, vice-président et associé principal chez Léger. Les gens commencent à croire à l’équilibre budgétaire. C’est une indication claire que les libéraux ont une poussée de la majorité silencieuse pour faire le “ sale boulot ”. Si les libéraux atteignent leur objectif, ça peut être extrêmement bénéfique pour eux. »

Les libéraux de Philippe Couillard maintiennent leur avance dans les intentions de vote, stables autour de 37 % depuis la rentrée parlementaire de septembre dernier. Le Parti québécois (PQ) a gagné trois points, à 28 %, tandis que la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault a perdu quatre points, à 21 %. Québec solidaire, le parti de Françoise David et Amir Khadir, suit avec 10 % des voix.

Chez les francophones — qui font et défont les gouvernements au Québec —, le PQ confirme sa vigueur renouvelée, même sans chef, avec 34 % des intentions de vote, devant les libéraux, à 27 %.

Les grévistes au pilori

Les étudiants qui ont déclenché la grève recueillent très peu de sympathie au sein de la population. Le mouvement de contestation vise justement à dénoncer les coupes budgétaires, notamment en éducation. Une majorité claire de 66 % des répondants s’oppose au mouvement de grève, contre 24 % qui l’approuvent. Toutes les tranches d’âge condamnent sévèrement les grévistes, sauf les 18-24 ans qui l’appuient à 47 %.

Le sondage a été mené du 6 au 9 avril, soit avant le saccage de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) par des militants masqués, tard le mercredi 8 avril ; 1002 adultes québécois ont répondu au questionnaire par Internet.

« Les grévistes n’avaient pas l’appui de la population avant même les événements de mercredi soir. Si on sondait à nouveau les gens, l’appui chuterait sans doute, peut-être à 10 %, ce serait mon hypothèse », dit Christian Bourque.

Si les électeurs condamnent les grévistes, ils n’approuvent pas pour autant la gestion du conflit par le nouveau ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais ; 47 % des répondants se déclarent insatisfaits du ministre, contre 22 % qui sont satisfaits. M. Blais a succédé le mois dernier à Yves Bolduc, qui a pris sa retraite de la politique après une année marquée par les controverses.

Tous les ministres obtiennent une mauvaise note des électeurs. Pas étonnant, parce que 61 % des répondants au sondage sont insatisfaits du gouvernement Couillard, un taux stable par rapport au 62 % de février dernier. Plus de la moitié des répondants (54 %) affirment que le gouvernement a performé « en deçà de leurs attentes ».

Gaétan Barrette obtient la pire note parmi les ministres. Près de six électeurs sur dix (58 %) se déclarent insatisfait du travail du ministre de la Santé. Une proportion similaire de 62 % des répondants est insatisfaite de la réforme de la santé. « Le ton et la manière du ministre Barrette passent mal », dit Christian Bourque.

« Ce n’est jamais facile pour un ministre de la Santé. C’est le ministère le plus difficile depuis les 30 dernières années. Il est impossible de satisfaire les Québécois avec une réforme de la santé », ajoute-t-il.

Alexandre Cloutier s’impose

Fait nouveau, le député et homme d’affaires Pierre Karl Péladeau est perçu par les péquistes comme le candidat le plus apte à développer l’économie et à faire l’indépendance du Québec. Une nette majorité de sympathisants péquistes (59 %) considère l’actionnaire de contrôle de l’empire Québecor comme le meilleur chef pour le PQ.

Le député Alexandre Cloutier, âgé de 37 ans, s’impose tranquillement comme le deuxième favori de la course à la direction du parti : il a gagné trois points en deux mois (à 13 %), tandis que Martine Ouellet en a perdu cinq (à 4 %). Bernard Drainville, qui tente de se positionner comme le deuxième favori, reste troisième avec 9 % d’appuis.

Non au registre des armes d'épaule

Fait étonnant, 48 % des Québécois s’opposent à la création d’un registre des armes d’épaule par le gouvernement du Québec — et 41 % y sont favorables. On entend toujours dire que l’enregistrement des armes à feu fait l’unanimité au Québec depuis le massacre de l’École polytechnique, il y a 25 ans. L’Assemblée nationale a voté une motion unanime à cet effet. Mais les électeurs de toutes les régions, sauf Montréal, s’opposent à ce que Québec investisse 30 millions pour rebâtir le registre des armes d’épaule démantelé par le gouvernement Harper. À Montréal, 50 % des répondants approuvent la création d’un registre et 41 % s’y opposent, révèle notre sondage Léger.
66 %
La part des répondants qui n’appuient pas les étudiants en grève. Le sondage a été mené avant les événements de mercredi à l’UQAM.
47 commentaires
  • Rémi Verschelden - Inscrit 11 avril 2015 02 h 10

    Faites nous connaitre Alexandre Cloutier.
    Ce tout jeune homme me semble avoir une maturité hors de l'ordinaire.
    Intelligent, instruit, compétent et disponible. Il a toutes les qualités qu'un meneur doit posséder. PKP n'a quant à lui n'a que la richesse dont il a hérité. ''Gaffeux'', je n'ose pas le voir à la tête de l'état.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 avril 2015 10 h 11

      Il a du potentiel mais n'a pas l'expérience de M. Péladeau(et non PKP) dans le domaine provincial et national. Mais il serait un bon secondeur pour le PM Péladeau.

  • Yves Côté - Abonné 11 avril 2015 03 h 24

    Si et seulement si...

    A mon avis, si ce sondage donne un portrait juste de la situation, je dis bien "si et seulements si", il montre surtout qu'une part non-négligeable de Québécois est tout aussi perméable à la propagande libérale anti-démocratique qu'autrefois, à condition qu'elle soit "bien" faite.
    "Bien" comme dans "intéressée et professionnelle". Et donc de manière bien payante pour ces mercenaires de l'image, de la communication, et donc de la désinformation, qu'on nomme souvent "spin doctors".
    Sur cette photo que Le Devoir a la bonne idée de nous présenter ici, deux choses m'interpellent. Deux choses pour lesquelles personne en autorité ne semble pour l'instant capable de s'expliquer autrement que par de sottes déclarations.
    La première : pourquoi les policiers ne procèdent pas à l'arrestation de cet homme cagoulé pour raison de dissimulation d'identité ? Faut-il que la dissimulation soit obligatoirement faite à la porte d'une banque, d'une bijouterie du domicile ou du bureau d'une personnalité bien en vue, pour qu'elle soit considérée comme suspecte et litigieuse ? Quelqu'un qui se trouverait ainsi caché de visage à un de ces endroits profiterait-il de la même absence d'action de la part des policiers ?
    La deuxième : sur quoi repose donc le sourire du policier des plus détendu, dont on peut voir le visage ? Je me rappelle la photo d'un tête à tête rendu célèbre lors de la Crise d'Oka et j'ai beau chercher, mais entre la détermination du Mohawk à faire face aux militaires et leur détermination à lui barrer le passage, surtout l'un d'eux, je ne vois décidément rien de commun... Au point où je me questionne grandement sur l'opposition réelle d'idées des "protagonistes". Ceux-ci masqués d'un côté et casqués de l'autre, exacerbant si bien l'apparence qu'elle donne de belles images "parlantes" au grand public. Celui-ci fait d'individus avides "d'action", mais toujours à la condition de ne pas se trouver dans la mêlée.
    Merci de m'avoir lu.

    • Daniel Lemieux - Abonné 11 avril 2015 23 h 32

      Malgré toutes vos supputations, rien dans cette photo ne prouve que les policiers ne se préparent pas à intervenir brutalement dans la seconde suivante ... cela malgré le « sourire » du policier qui donne un air détendu à cet échange.

  • Eve Lafrance - Inscrite 11 avril 2015 04 h 01

    Quelque chose de plus inquiétant que deux machines de chips brisées

    Ces chiffres ne m.tonnent qu'à moitié vu la saveur (entendre biais idéologique) de la couverture médiatique des évènements. RC s'illusrte particulièrement à RDI en questionnant un professeur de philo qui cache mal son biais conservateur (aurait-il étudié à la même école que Blais?) et reprenant le crédo de Charest presque mot pour mot : «Mesdames et messieurs, aujourd'hui il y a eu du saccage et de l'intimidation de la part des étudiants...». Rien sur les dérives des policiers (nombreuses), bien sûr. Posant les questions que Couillard leur aurait dictées s'il avait pu, cautionnant l'injonction comme si elle était «normale» et justifiée d'emblée, alors qu'elle viole le principe de grève lui-même (que les medias trouvent normal de remettre en cause tout à coup après des dizaines d'années de pratique admise). La liste des illustrations du biais à peine masquée, soit le biais anti-revolte de Radio-Canada est bien longue pour la reproduire ici, et je passe sur les autres médias dont aucun (à l'exception réjouissante -assez souvent, il faut le dire tout de même- du Devoir) ne présentent les enjeux et les faits autrement que dans l'optique conservatrice et répressive du PLQ.

    Si les résultats du sondage sont justes, il n'y aurait donc rien d'étonnant à voir qu'en plus de l'avantage naturel de la répression sur la révolte (il est plus facile de prendre pour le pouvoir que pour les dissidents, c'est moins difficile en effort d'information et de réflexion, et moins insécurisant: on a qu'à se ranger du côté de celui qui porte la matraque), si les résultats sont juste donc, rien de très étonnant ici. Dans ce cas, si le Québec rejette le mouvement de progression de sa jeunesse, qu'il n'arrive même pas à voir, je trouve cela beaucoup plus inquiétant que deux machines à chips brisées. Vraiment beaucoup plus.

    • Palardy RACHEL - Inscrite 11 avril 2015 12 h 14

      Mme.Lafrance
      Ce qui m'inquiète dans vos commentaires c'est que la seule chose de mal que vous constatez est le bris de deux machines à chips ... Vraiment ? Qu'en est-il de ces voyous masqués qui ne respectent rien, pas leurs confrères étudiants pas l'autorité à l'université... Et oser parler de 'progression de sa jeunesse' dans ces gestes complètement irresponsables d'enfants gatés qui n'ont pas obtenu l'attention désirée de la part des médias... Tout ceci est plus inquiétant vraiment beaucoup plus...
      Rachel Taillon

    • Yves Côté - Abonné 11 avril 2015 16 h 22

      Madame Tailon, SVP, comment pouvez-vous être certaine que derrière ces masques, se trouvent des étudiants ?

    • Eve Lafrance - Inscrite 11 avril 2015 17 h 58

      Mme Palardy,

      S'il n'était pas avéré historiquement que les casseurs sont des policiers inflitrés dans une grande partie des cas, je m'inquiéterais déjà un peu plus. Si vous ignorez le phénomène largement répandu des agents provocateurs dont les actes violents servent avant tout à justifier la répression qu'on veut appliquer sur des manifestants pacifiques, je vous conseille de commencer bientôt des recherches sérieuses à ce sujet.

      Je dis qu'alors je m'inquiéterais, et encore... non, finalement. La colère des étudiants est on ne peut plus légitime. Elle est même franchement rassurante à mes yeux, car elle prouve qu'une importante partie de notre jeunesse est en mesure de comprendre le modèle de société rétrograde sur le plan économique et social que le gouvernement actuel tente de faire passer en force, et je suis très fière qu'ils se lèvent et disent non à cela. Vous vous ennuyez de l'époque où il fallait être riche pour se faire soigner? Où il fallait être riche également pour que nos enfants reçoivent une éducation? Où les femmes pauvres n'avaient pas accès à l'avortement? Moi pas. Et je trouve la régression vers ce sombre horizon beaucoup plus «violent» qu'un groupe d'étudiants qui fait un peu de grabuge (désolée, franchement je ne tremble pas dans ma chaumière pour 3 tables renversées, qq caméras indiscrètes arrachées et deux machines à fast food brisées, les suffragettes ont fait bien pire pour que nous obtenions, nous les femmes, le droit de vote. Renseignez-vous.) pour s'opposer à cette profonde stupidité de choix politiques. Contrairement à vous qui en avez peur, moi ça me donne un espoir: l'espoir que Québec ne sombrera pas dans la régression néo conservatrice et irresponsable socialement sur une très grande échelle, soit au-delà d'un «flash» ou d'une image instantanée à la télévision.

    • Josée Duplessis - Abonnée 11 avril 2015 18 h 37

      Il ne faut pas attendre l'approbation des gens pour qui réfléchir à faire changer les choses est impensable.
      Bouger sans déranger? Pas souvent que ça arrive.
      Je me rappelle les manifestations des années 60 et plus. Il n'y avait pas grand monde qui nous approuvaient.
      Mes parents oui mais pas beaucoup d'autres.Faut pas s'en inquiéter.
      Il faut continuer de questionner, d'interpeler.
      Le saccage pas vraiment par contre.

    • Josée Duplessis - Abonnée 11 avril 2015 18 h 43

      Mme PAlardy,
      Je pense que sur ce % il y a beaucoup de gens qui ne savent pas du tout ce que ça implique comme mesure.
      J'Ai deux enfants qui utilisent ce service et ils ne trouvent pas ça très drôle. Surtout que c'est insécurisant car ils ne savent pas trop à quoi s'en tenir.
      Les jeunes familles ne roulent pas toutes dans l'argent et ces CPE leur permettent de pouvoir travailler sans que ça leur coûte une fortune.

  • Michel Lebel - Abonné 11 avril 2015 04 h 49

    Surpris?

    Qui peut être surpris par cette condamnation? La raison a encore ses droits au Québec. Heureusement!

    Michel Lebel

    • Chantale Desjardins - Abonnée 11 avril 2015 10 h 20

      Il est consolant que les étudiants se révoltent sur l'austérité libérale et c'est tout le peuple qui aurait dû descendre dans la rue. Là, où je me révolte ce sont les fauteurs de trouble qui viennent se mêler aux étudiants et qui brisent tout sur leur passage. Ils mériteraient une sanction mais Couillard se pète les bretelles car ils font son affaire. Le PM savait bien qu'en incitant le recteur à faire intervenir la police, à proclamer une injonction, c'est lui qui serait le vainqueur. Triste société... triste PM...

    • Michel Lebel - Abonné 11 avril 2015 12 h 32

      Pourquoi toujours prêter au premier ministre Couillard des desseins machiavéliques? Je trouve l'affirmation quelque peu simpliste!

      M.L.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 11 avril 2015 12 h 36

      @M. Lebel.

      Vous semblez accorder une importance au fait qu'"une majorité sans équivoque de six Québécois sur dix condamnait le mouvement de grève", et c'est aussi sur cet aspect que Le Devoir attire l'attention.

      Pourtant, on annonce également que "61 % des répondants au sondage sont insatisfaits du gouvernement Couillard", et qu'une "proportion similaire de 62 % des répondants est insatisfaite de la réforme de la santé". Et nous parlons ici d'un gouvernement, qui a un certain monopole de la communication.

      Remise en question? Hâte de vous lire.

    • André Nadon - Abonné 12 avril 2015 08 h 28

      Bonjour Monsieur Lebel,
      Peut-être qu'en lisant '' La fabrication du consentement '' de Noam Chomsky, professeur émérite du MIT, votre opinion des actions du gouvernement Couillard évoluerait. Entre universitaires, vous devriez vous comprendre?
      C'est de différents points de vue qu' émergent la lumière et la vérité.
      Quant au sondage, avec 50% d'analphabètes fonctionnels parmi la population adulte et le parti-pris à la Soviétique de la minorité non francophone, ce résultat s'explique facilement.
      Il est aussi évident que la population n' acceptera jamais le vandalisme. L'action des médias fait en sorte que même à l'international, l’image est que tous les étudiants du Québec sont manipulés par des anarchistes, alors que le vandalisme n'a eu lieu qu'à l'UQUAM. Pourtant la violence des policiers contre les étudiants, a cours partout au Québec. Et qui dirige les policiers? Des anarchistes?
      Qui, alors, jette de l'huile sur le feu, si ce n'est ce gouvernement paternaliste qui veut notre '' Bien ''.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 11 avril 2015 06 h 09

    L'Assemblée nationale du Québec doit reprendre l'initiative...

    Il ne m'étonne pas qu'une majorité de québécois soit contre la grève de certaines associations étudiantes tellement ils sont généralement contre ce moyen de pression. Il est même probable que beaucoup de répondants postulent qu'il n'y aurait pas de grève si l'exercice était véritablement démocratique ! Enfin, l'agenda étudiant me semble essentiellement politique et nous venons tout juste d'avoir des élections provinciales. Pour le moment, l'appui de la population réconfortera les ministres. Cela dit, la classe politique n'a pas toute la sympathie du public dont elle aurait besoin et son rejet du droit de grève ne règle rien. Il faut qu'elle reprenne l'initiative et son intervention ne peut qu'être législative et constitutionnelle. Une société ne peut répétivement se mettre à dos une bonne partie de la jeunesse. Pour inciter au dépassement, l'Assemblée nationale doit elle-même se dépasser. Qu'elle le fasse au plus tôt et pour le mieux.