Le PQ divisé sur le pétrole d’Anticosti

Une nouvelle ligne de fracture est apparue dimanche entre les cinq candidats à la direction du Parti québécois. Martine Ouellet, Alexandre Cloutier et Pierre Céré se sont prononcés contre tout projet d’exploitation de pétrole de schiste sur l’île d’Anticosti. Pierre Karl Péladeau et Bernard Drainville ont refusé d’en dire autant.

Les Québécois, au premier chef les indépendantistes, n’ont pas le loisir de mettre une croix en ce moment sur le pétrole enfoui dans l’île du golfe du Saint-Laurent, a fait valoir M. Péladeau, à l’occasion du deuxième débat officiel des candidats à la chefferie du PQ dimanche à Sherbrooke. « C’est un atout majeur, majeur pour la souveraineté. On ne peut pas purement et simplement “discarter” un potentiel énorme pour faire du Québec un pays riche et un pays prospère », a-t-il déclaré devant un parterre de plus de 450 personnes.

Le député de Saint-Jérôme s’engage à donner le feu vert à des forages sur l’île d’Anticosti, mais seulement après avoir consulté la population québécoise et s’être assuré que les activités projetées des pétrolières bénéficient de l’« acceptabilité sociale ». « [C’est] incontournable », a-t-il fait valoir.

L’or noir enfoui dans le sous-sol de l’île de 7900 km2 devrait être vu « seulement » comme une « énergie de transition vers un Québec sans pétrole », a fait valoir de son côté le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville.

Se disant déterminé à tirer au clair le « potentiel pétrolier » de l’île d’Anticosti, le gouvernement Marois avait amorcé en février 2014 un programme d’exploration au coût de 70 millions de dollars pour l’État québécois. « Les Québécois ont le droit de savoir ce qu’il y a à Anticosti », a plaidé l’ex-ministre responsable des Institutions démocratiques dimanche. « Une fois que le programme d’exploration sera terminé, ce sera aux Québécois de décider s’ils veulent aller de l’avant. »

 

Réduire les émissions de GES

Le sous-sol de l’île d’Anticosti serait gorgé de quelque 40 milliards de barils de pétrole de schiste, selon des évaluations préliminaires. Aucun gisement exploitable n’a cependant été trouvé à ce jour.

Un « oui » à l’exploitation pétrolière à Anticosti n’y changera rien : Pierre Karl Péladeau et Bernard Drainville entendent tous deux diminuer de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec d’ici 2050.

Pour sa part, Martine Ouellet a appelé dimanche à suspendre l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti afin de permettre au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) de démêler les impacts environnementaux liés aux activités d’extraction de pétrole de schiste. « Je propose d’arrêter dès maintenant tous les travaux et de réaliser un BAPE sur toute l’île d’Anticosti. C’est ce que nous aurions dû faire et nous avions le temps. Depuis le début, c’est ma position et j’avais toujours espoir de convaincre mes collègues », a souligné l’ancienne ministre des Ressources naturelles.

Devant les conclusions d’un « BAPE générique » sur le pétrole de schiste, le gouvernement du Québec n’aura d’autres choix que de « fermer le dossier une fois pour toutes et protéger complètement l’île », estime la députée de Vachon. En levant les yeux sur l’île d’Anticosti, les Québécois ne passeront pas à côté du « Klondike », est-elle persuadée.

Pour une social-démocratie verte

Mme Ouellet propose aux membres du PQ de mettre le cap avec elle sur une « social-démocratie verte ». « Au Québec, il n’y a pas de place pour un troisième parti de droite. […] Pour gagner la prochaine élection [et réaliser] l’indépendance, il faut se recentrer sur la social-démocratie », a-t-elle déclaré. Selon elle, le Québec est mûr pour une « deuxième révolution tranquille ».

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, s’est aussi inscrit en faux dimanche contre la décision du gouvernement péquiste d’ouvrir la voie à de la fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti. Après avoir grossi les rangs de la lutte contre le gaz de schiste, le PQ doit aujourd’hui « s’opposer au pétrole de schiste ». « Il faut être logique », a-t-il répété, y voyant une occasion pour le PQ de refléter les préoccupations des jeunes en matière d’environnement. « Si on veut se renouveler et si on veut que la jeunesse québécoise embarque avec nous, nous devons avoir en tête nos engagements internationaux de diminution des gaz à effet de serre », a insisté M. Cloutier.

Bernard Drainville s’est montré agacé par les changements de position de ses confrères Martine Ouellet et Alexandre Cloutier, sur l’opportunité d’évaluer la quantité de pétrole enfoui dans l’île d’Anticosti. Pied de nez à la solidarité ministérielle ? « On ne peut pas arriver et dire : j’étais d’accord, on était d’accord, mais là, je ne suis plus d’accord et on prend le 70 millions de fonds publics et on le jette par les fenêtres. Voyons donc ! C’est pas sérieux », a-t-il dit en point de presse.

Enfin, « le pétrole de schiste sur Anticosti, c’est non », a martelé pour sa part Pierre Céré.

Les candidats à la direction du PQ croiseront le fer de nouveau le 16 avril à Québec, le 3 mai à Rimouski et le 7 mai à Montréal.

Le Péladeau nouveau

Le favori de la course à la direction du PQ, Pierre Karl Péladeau, a fait dimanche une « petite confidence » aux membres du PQ. « Je ne croyais pas que la vie publique pouvait être aussi exigeante », a-t-il laissé tomber au terme du débat de deux heures avec ses quatre adversaires. « Il faut démontrer une capacité d’écoute, de comprendre des enjeux complexes et de se montrer disponible pour répondre aux questions de la population », a-t-il souligné, un an après avoir fait le saut dans l’arène politique.

Le député de Saint-Jérôme s’était montré sous un nouveau jour dimanche à la salle Alfred-DesRochers du cégep de Sherbrooke : aimable et souriant. « Le Parti québécois, c’est le festival des bonnes idées ! », « C’est un plaisir de débattre », « [Ce sont des] échanges extrêmement constructifs » : un compliment n’attendait pas l’autre. M. Péladeau a insisté sur l’importance pour tout homme ou femme politique d’engager et de maintenir le « dialogue ». L’ex-grand patron de Québecor s’est par la suite présenté extraordinairement détendu devant la presse. « En politique, nous devons consulter, nous devons être à l’écoute», a-t-il répété, sous l’oeil attentif du directeur des communications de sa campagne, Steve Flanagan.

L’ex-porte-parole d’Hydro-Québec a été appelé à la rescousse la semaine dernière par l’équipe de M. Péladeau. Ce dernier avait insinué quelques jours auparavant que l’immigration constituait une menace au projet de pays du Québec. Devant la controverse, il avait, moins de 24 heures plus tard, offert ses excuses. Malgré cela, Pierre Céré a invité dimanche à dissiper les relents d’« ethnocentrisme » au PQ.