Véronique Hivon et Sol Zanetti à table pour le pays

Véronique Hivon et Sol Zanetti emploient spontanément le tutoiement lorsqu’ils s’adressent l’un à l’autre.
Photo: Marco Bélair-Cirino Le Devoir Véronique Hivon et Sol Zanetti emploient spontanément le tutoiement lorsqu’ils s’adressent l’un à l’autre.
L’idée était d’abord de prendre un café. Véronique Hivon et Sol Zanetti sont en fin de compte restés à table trois heures. Ils se sont retrouvés cette semaine dans un bistro aux allures de bouchon lyonnais de Québec, le Pied bleu. Au menu, la « refondation » du mouvement indépendantiste.


À table, Véronique Hivon et Sol Zanetti emploient spontanément le tutoiement lorsqu’ils s’adressent l’un à l’autre. La discussion est franche et chaleureuse.

« C’est un grand jour, vous allez assister à l’Histoire ! » lance l’élue péquiste à Fabrice — un serveur à la langue bien pendue — avant d’esquisser un large sourire. « Il y a beaucoup d’indépendantistes qui attendent ça depuis longtemps, qui sont tannés des guerres intestines », poursuit le chef d’Option nationale, Sol Zanetti.

Le serveur n’en a aucune idée, mais son resto du quartier Saint-Sauveur, à Québec, sera le temps d’une soirée l’« espace de dialogue et de travail [des] forces du mouvement indépendantiste » défriché par la députée de Joliette.

Véronique Hivon propose à Sol Zanetti de commencer à « tracer les contours d’un projet de pays » — une démarche qu’elle souhaite voir « transpartisane ». « Ça, c’est emballant autant pour nous que pour la population. Je ne dis pas que c’est facile », fait-elle valoir.

L’amorce d’un dialogue entre les partis politiques indépendantistes constitue une « étape préliminaire » pour permettre au camp du Oui de « regagner en crédibilité » auprès de l’électorat québécois. « La population a envie de nous dire parfois : “ Si vous n’êtes même pas capables de vous parler entre vous, comment pouvez-vous espérer que, nous, on recommence à vous écouter ?  » affirme-t-elle.

« Actions de pays »

Véronique Hivon et Sol Zanetti se sont rapidement entendus sur la nécessité d’inscrire des « gestes d’État » ou des « actions de pays » dans la prochaine plateforme électorale de leur formation politique respective.

« C’est intégrer dans notre programme de parti politique des choses qui dépassent le cadre législatif d’une province canadienne », explique M. Zanetti, donnant l’exemple de la signature d’un accord international de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) ou la réforme du programme d’assurance-emploi. « Ça vient imposer le thème de l’indépendance. Tu le lies à des enjeux de gouvernance concrets pour tout le monde. Puis, en même temps, tu n’as pas le choix d’être clair, de dire : “ Vous allez voter pour nous. On va faire l’indépendance  », ajoute-t-il.

La responsable du plan de préparation à l’indépendance du Québec du candidat à la course à la direction du Parti québécois Alexandre Cloutier acquiesce d’un signe de tête. « 100 % d’accord ! Sol, on s’entend parfaitement là-dessus », lance-t-elle, les yeux pétillants. Le « programme de gouvernance » du PQ qui sera proposé aux Québécois aux élections générales de 2018 — si Alexandre Cloutier est propulsé à la tête de la formation politique d’ici là — renfermera à la fois des engagements réalisables à l’intérieur et à l’extérieur de la fédération canadienne, promet Mme Hivon. « En environnement, voici jusqu’où on peut aller en ce moment et voici jusqu’où on voudrait et pourrait aller si on était indépendants. C’est passionnant parce que les Québécois vont voir comment on pourrait agir dans ces sphères-là [actuellement de compétences fédérales]. »

Véronique Hivon et Sol Zanetti conviennent également de parler du projet d’indépendance sous toutes ses facettes d’ici au prochain scrutin afin de contrecarrer le discours de peur du camp fédéraliste. « Agiter un épouvantail pendant quelques semaines, ça peut aller [pour le Parti libéral du Québec], mais pendant trois ans et demi [leur] épouvantail va être pas mal démystifié. [En 2018], tu n’auras plus vraiment peur de lui », soutient l’alliée du député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier.

Le projet de pays du Québec doit être « concret », afin de susciter l’adhésion notamment auprès des jeunes. « Je pense qu’il y en a beaucoup qui sont indépendantistes, mais qui s’ignorent. Ils ne savent pas que ce qu’ils croient aurait plus de [possibilité] de se concrétiser si le Québec avait les moyens d’un État indépendant », fait valoir Mme Hivon.

« Arrêter de douter »

Le principal sujet de discorde entre le PQ et ON, la « mécanique référendaire », vient toutefois pimenter les échanges.

M. Zanetti craint que la promesse de tenir un référendum sur l’indépendance du Québec, mais seulement après qu’un million de Québécois aient apposé leur signature dans un registre officiel, offre une nouvelle « porte de sortie » pour le PQ afin de repousser encore une fois le jour J. « C’est la hantise ! » Il préfère une démarche « sans ambiguïtés » comme celle de la députée de Vachon, Martine Ouellet, consistant à consulter la population québécoise sur l’avenir constitutionnel du Québec au cours des quatre années suivant l’élection d’un gouvernement majoritaire du PQ. « Ce qui fait le jeu de l’adversaire, c’est l’ambiguïté », soutient-il.

« Il faut arrêter de douter. Il faut changer de paradigme », répond du tac au tac Mme Hivon.

« Pour arrêter de douter, il faut des garanties », rétorque M. Zanetti. À ses yeux, « une mobilisation de la jeunesse » autour du projet indépendantiste passe nécessairement par une « attitude audacieuse » de la part des figures de proue du mouvement. « Quelque part, on doit se mettre la tête sur le billot », déclare-t-il.

« Je trouve qu’en demandant un million de signatures, on se met pas pire la tête sur le billot. Je dis ça de même », lance Mme Hivon. L’indépendance du Québec sera « l’enjeu central de la prochaine campagne électorale ». « Pour moi, c’est très clair », renchérit-elle. À « la » question « Y aura-t-il un référendum dans un prochain mandat ? », Alexandre Cloutier « va dire “ oui ” en mettant en mouvement les Québécois », poursuit-elle. « L’idée, ce n’est pas de faire un référendum, c’est de le gagner. Elle crée une obligation des porteurs du projet à mobiliser. » Cela dit, « les gens n’en ont rien à cirer » des prises de bec autour de la mécanique référendaire, selon Mme Hivon.

« Mais si on ne règle pas ce point qui est litigieux dans l’histoire récente du mouvement indépendantiste, on ne pourra pas passer à la deuxième étape. Ça ne marchera pas », avertit Sol Zanetti.

« Travaillons d’abord sur ce qui nous rassemble », insiste Véronique Hivon.

« Mangez ! Mangez ! » s’exclame Fabrice non loin.

La table est mise.

Le chemin de la République québécoise est obstrué par « un obstacle majeur » : la « peur de l’échec » au sein même du mouvement indépendantiste. « Je ne sais pas quel genre de thérapie ça nous prend collectivement… », dit Sol Zanetti. Véronique Hivon estime aussi que les défaites du Oui en 1980 et 1995 ont marqué au fer rouge l’« imaginaire collectif » des indépendantistes québécois.

La peur de l'échec

Le chemin de la République québécoise est obstrué par « un obstacle majeur » : la « peur de l’échec » au sein même du mouvement indépendantiste. « Je ne sais pas quel genre de thérapie ça nous prend collectivement… », dit Sol Zanetti. Véronique Hivon estime aussi que les défaites du Oui en 1980 et 1995 ont marqué au fer rouge l’« imaginaire collectif » des indépendantistes québécois.
32 commentaires
  • Luc Archambault - Abonné 21 mars 2015 02 h 47

    C'est un début...

    Faire de « ... choses qui dépassent le cadre législatif d’une province canadienne » c'est encore et toujours de la gouvernance collabo de l'État de clair déni démocratique canadian puisqu'il est toujours question d'accepter de gouverner Le Peuple en vertu d'Actes constituants qui ne sont pas ceux du Peuple ; c'est encore participer à la négation de la souveraineté du Peuple ; c'est encore priver Le Peuple de l'occasion de se prononcer sur l'invalidité de l'État illégitime du Canada qui s'impose sans OUI par-dessus la tête démocratique constituante du Peuple ; c'est encore priver Le Peuple de trôner au sommet de l'État ; c'est encore et toujours le tenir à l'écart du sommet de l'État ; c'est encore et toujours le priver de son pouvoir constituant ; ce qui se trouve à valider ce qui nie la souveraineté démocratique constituante du Peuple ; ce qui se trouve à assurer la pérennité d'un État qui s'impose sans OUI.

    Tout ça parce qu'on a peur de l'échec ; parce qu'on a peur du Peuple ; parce qu'on craint qu'il dise NON à l'invalidité de l'État illégitime actuel ; NON à l'État Souverain devant succéder à l'effondrement de l'État illégitime sans OUI du Canada.

    Ce qui relève du plus clair mépris du Peuple. L'alternative ? Donner l'occasion sitôt élu un Gouvernement multipartite majoritaire de libération démocratique nationale de se prononcer sur l'État présent, non pas seulement sur l'État à venir devant succéder à l'effondrement de l'État présent qui s'applique sans OUI.

    L'alternative ? Faire l'Union des démocrates autour d'un même Programme commun d'État démocratique républician qui rompt avec la gouvernance collabo d'un État qui nie la primauté démocratique de la souveraineté du Peuple.

    Démocratie 101

    http://democratie101.unblog.fr/programme-commun/

  • Yves Côté - Abonné 21 mars 2015 04 h 36

    Ce matin...

    Ce matin, j'ai de nouveau vingt ans...
    Vive le Québec libre !

  • Cyr Guillaume - Inscrit 21 mars 2015 04 h 38

    Bravo à Mme Hivon et à M.Zanetti

    J'applaudis milles fois les intentions de travailler de ce monsieur, et de cette grande dâme! J'espère que tout le mouvement suivera! Par contre, pour le référendum, je trouve encore, à ce jour, que c'est un piège à con, car le fédéral pourra tricher exactement comme les deux autres fois (celui de 1995 à été gagner par la triche et ce fut prouver, voir option-cananda pour une petite contribution de 500 000$ de fonds illégaux, et encore ce n'est que la pointe de l'iceberg).

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 21 mars 2015 10 h 52

      M. Gasson écrit "Question pratique", mais moi je crois qu'il est encore beaucoup plus pratique de se lamenter, de crier à la tricherie et qu'on s'est fait voler notre référendum, pauvres petits nous que nous étions, largement majoritaires, je veux dire les Québécois francophones du Québec. Et ce n'etaient pas davantage une affaire d'argent.

      D'ailleurs il n'y a même pas un an Parizeau n'a-il pas dit lors d'un épisode de l'émission Les Grands reportages Personnalité qui lui était consacrée, qu'il avait perdu un référendum et non qu'il avait été volé. Enfin la vérité! Il est temps qu'on s'assume pour le meilleur et pour le pire ce n'est qu'ainsi qu'on arrivera à convaincre, à rassembler, et à faire du Québec un pays, ENFIN!

      Lors du premier référendu il était trop tôt, une défaite était innévitable, mais Lévesque a décidé de céder à son proche entourage et de tenir ce référendum pour faire plaisir à la base. Lors du deuxième, à l'inverse Parizeau a décidé de le tenir même si son entourage trouvait qu'il était trop tôt dans ce mandat. Et que dire de son histoire de... bon j'en perds mon latin, je parle de cette blague qui revenait à dire que les Québecois serait piégé par la question et voterais oui. Certains s'en souviennent sans aucun doute, et qu'importe.

      Lors du deuxième référendum, la question était une copie quasi conforme de la première: dans ni l'une ni l'autre, bien qu'interminables, les mots indépendance ou souveraineté n'étaient utilisés, que du blabla parlant de nouvelle entente avec Ottawa, et qui, si re blabla, ben un autre référendum... La référendite aiguë, quoi!

      Vivement un ou des chefs, collectivement, qui auront le courage de nous inviter là où nous, indépendantistes, et indécis ou déçus voudrons aller.

      Lorsqu'un, une ou des chefs auront le courage de parler clair et fort (la clarté n'est pas une horreur, mais la clef), nous y arriverons.

  • Yvon Giasson - Abonné 21 mars 2015 06 h 32

    Question pratique

    La proposition de monsieur Cloutier plait à l'esprit à prime abord.
    Vérifier le niveau de mobilisation des indépendantistes avant d'enclencher un référendum constitue toutefois un risque important.
    Les pro-Canada vont sans doute faire de même par le biais d'un site internet.
    Quelle crédibilité le gouvernement aurait-il, le cas échéant, si le nombre de "non" l'emportait en nombre sur celui du "oui on veut un référendum"?
    Il faut savoir que n'étant pas soumis à la loi sur les consultations populaires, tous les coups seraient permis par les défenseurs du fédéralisme.
    Rappelons-nous seulement de 1995...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 21 mars 2015 10 h 41

      Très bonne observation m. Giasson...

      Il ne faut pas s'enfarger dans les fleurs du tapis..à mon avis...et il faut continuer dans la voie ouverte par le duo "Zanetti-Hivon"...le dialogue entre les indépendantistes...pour finalement en sortir, de cette peur qui fait les délices des... fédéralisants fédéralistes!
      Je me souhaite un pays pour bientôt...
      J'espère qu'on sera nombreux à encourager un tel processus de refondation du mouvement indépendantiste.
      Vive le Québec libre...de ses peurs!
      Vive le Québec libre!

  • Yvon Bureau - Abonné 21 mars 2015 07 h 18

    Cette rencontre fait mon samedi !

    De l'émergence en vue. Agréable et porteuse.