Les syndicats craignent une réforme à la pièce

La réforme majeure de la fiscalité proposée par le rapport Godbout suscite un vent d’inquiétude dans le milieu syndical et au sein de l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ).

À la FTQ, le président Daniel Boyer incite vivement le gouvernement Couillard à soumettre d’abord ces propositions à la population pour consultation, puisqu’il s’agit d’un « changement de cap majeur dans la fiscalité au Québec ». La FTQ prônait l’inverse, à savoir un impôt progressif, avec plus de paliers d’imposition pour les mieux nantis, non pas une augmentation des tarifs et des taxes.

À la CSQ, la présidente Louise Chabot craint que le gouvernement ne sélectionne que certaines mesures dans cet équilibre délicat et fausse alors la donne. « C’est un tout cette affaire-là. M. Godbout dit que tout ça est plus équitable, que ça assure une équité de la fiscalité dans sa totalité. Mais ce qu’on peut craindre, c’est que si le gouvernement va piger à la pièce [certaines mesures], il fasse tout tomber le château de cartes », appréhende la dirigeante syndicale.

Les restaurateurs s’inquiètent en particulier de la réduction du taux du crédit d’impôt sur les pourboires déclarés de 75 % à 50 % ainsi que la hausse des taux de la TVQ et de la taxe spécifique sur les boissons alcooliques applicable sur la bière. D’autres mesures envisagées, comme celle de taxer les boissons sucrées, ont aussi de quoi soulever des craintes.

« Pour les restaurateurs, ces recommandations, si adoptées, seront un frein direct à la performance de la restauration et fragiliseront encore davantage une industrie qui peine à garder la tête hors de l’eau », a souligné François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’ARQ.

Au sein du milieu des affaires, le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, y voit « un excellent rapport dans son ensemble ».

Il applaudit au concept général de diminuer les impôts pour hausser les taxes et tarifs. « On pense, nous, que les impôts élevés découragent le travail des particuliers et découragent l’investissement des entreprises. Des taxes à la consommation encouragent l’épargne, finissent par libérer du capital, qui peut être investi dans l’économie », opine M. Leblanc.

À la Fédération des Chambres de commerce du Québec, la présidente Françoise Bertrand y voit « une réforme audacieuse » susceptible d’encourager véritablement la croissance économique.

Le Conseil du patronat du Québec croit que « plusieurs éléments devraient retenir l’attention » du gouvernement dans ce rapport Godbout.

Néanmoins, son président, Yves-Thomas Dorval, aurait préféré que le mandat de la commission soit de chercher à alléger le fardeau fiscal globalement. Ce qu’il faut faire, « ce n’est pas seulement de regarder comment rendre le système plus efficace, c’est aussi d’alléger, d’amoindrir le fardeau fiscal global des particuliers et des entreprises au Québec », a-t-il soutenu.

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