Parti québécois: place aux «vraies affaires»

Trois des candidats à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, Pierre Karl Péladeau et Alexandre Cloutier
Photo: Paul Chiasson Trois des candidats à la chefferie du PQ, Martine Ouellet, Pierre Karl Péladeau et Alexandre Cloutier
Ayant réussi le test de Richelieu, le Parti québécois revient maintenant aux « vraies affaires » : la course à la direction de la formation politique.


Le Parti québécois ne laisse rien au hasard. À quelques heures du vote, un bataillon de 19 députés est déployé dans la circonscription de Richelieu afin de prêter main-forte au candidat péquiste, Sylvain Rochon. Porte-à-porte, coups de fil : tout est fait pour préserver le château fort laissé vacant par l’ex-ministre Élaine Zakaïb.

En milieu de soirée, les militants péquistes poussent un soupir de soulagement. Le PQ a réussi à mettre un frein, à temps, à l’avancée de la Coalition avenir Québec. Sylvain Rochon est élu à l’Assemblée nationale. « S’il y a un perdant ce soir, c’est le Parti québécois », lance le premier ministre Philippe Couillard. Jouant les trouble-fêtes, il souligne le fléchissement des appuis du PQ dans Richelieu. Il n’a pas tort.

Élaine Zakaïb l’avait emporté le 7 avril 2014 avec une avance de 3659 voix sur son adversaire caquiste, soit une majorité cinq fois plus importante que celle obtenue par Sylvain Rochon (710 voix). L’ex-ministre s’était fait élire avec une majorité confortable, alors que les circonscriptions à proximité — Chambly, Borduas, Iberville et Saint-Hyacinthe — étaient tombées dans l’escarcelle de la CAQ.

« J’ai gagné ! M. Couillard est désespéré. Il doit être dans ses petits souliers. Son candidat est loin en troisième place », rétorque Sylvain Rochon. Le nouvel élu entend faire barrage, avec ses 29 nouveaux collègues, au programme d’austérité du gouvernement libéral — fragilisé par un début de session houleux, marqué notamment par la démission du ministre de l’Éducation Yves Bolduc.

La différence

Le PQ a évité lundi dernier l’humiliation, estime plus d’un au sein du caucus péquiste. « On était là pour “faire sortir le vote”. Ç’a fait la différence », fait valoir un élu du PQ préférant ne pas être nommé. (PQ : 36 %, CAQ : 32 %, PLQ : 25 %) Un transfert de voix plus important du PLQ vers la CAQ aurait été fatal au PQ, souligne-t-il dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « On n’était pas dans une position de force. On avait beaucoup à perdre. »

Le PQ portait l’odieux de la tenue d’une élection partielle dans Richelieu, Élaine Zakaïb ayant tourné le dos à la politique moins de six mois après les élections générales. « La partielle, c’est de notre faute. Les gens n’aimaient pas ça », explique l’élu, qui s’est prêté de bon coeur à quelques blitz de porte-à-porte dans le fief péquiste. En pleine course à la direction, le PQ pâtissait aussi de l’absence d’« un seul » chef et d’« un seul » programme politique, poursuit-il. La municipalité de Sorel-Tracy a ainsi vu défiler les cinq prétendants à la chefferie : Bernard Drainville, Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Pierre Karl Péladeau.

« À partir du moment où on aura un chef [au plus tard dans deux mois et demi], les appuis vont bondir », parie un membre de l’état-major du PQ.

Les derniers sondages semblent lui donner raison, mais seulement si le favori actuel de la course, Pierre Karl Péladeau, se voit confier en mai prochain les rênes de la formation politique. Un PQ dirigé par l’ex-grand patron de Québecor aurait réussi à récolter autant d’appuis que le PLQ (PQ : 32 %, PLQ : 32 %, Léger, 7 février), voire plus (PQ : 37 %, PLQ : 33 %, CROP, 19 février) si les Québécois avaient été appelés aux urnes au cours des dernières semaines. Avec l’un ou l’autre des quatre autres candidats à sa tête, le PQ aurait toutefois été semé par le PLQ, et ce, en dépit de la baisse du taux de satisfaction à l’égard du gouvernement de Philippe Couillard observée au fil des dernières semaines, selon Léger et CROP.

« Pas le même engouement »

Les équipes de campagne de Bernard Drainville, de Pierre Céré, d’Alexandre Cloutier et de Martine Ouellet doivent combattre la perception qu’une victoire du PQ au scrutin de 2018 passe inévitablement par l’élection du député de Saint-Jérôme, Pierre Karl Péladeau, à la barre du PQ.

D’ailleurs, la longueur d’avance détenue à ce moment-ci de la course par « PKP » expliquerait en partie les difficultés des différentes équipes à faire le plein d’un grand nombre de nouveaux membres.

À peine plus de 2000 personnes ont grossi les rangs du PQ en près d’un mois, selon le quotidien Le Soleil. Le nombre de membres en règle est ainsi passé de 50 400 à 52 500 entre la mi-février et la mi-mars. La formation politique se targue d’avoir plus d’adhérents que le PLQ, la CAQ, Québec solidaire et Option nationale « réunis », mais refuse d’en faire la preuve… ou à tout le moins de préciser le nombre de détenteurs d’une carte de membre. « Ce n’est pas une information publique », se borne-t-on à dire.

En 2005, le PQ comptait ni plus ni moins que 140 000 membres. Environ 105 000 d’entre eux avaient exercé leur droit de vote lors de la course à la chefferie, qui avait culminé avec l’élection, au premier tour, d’André Boisclair. « Il n’y a pas de vente à la chaîne comme en 2005 », affirme sans ambages un député péquiste, se désolant que la course à la chefferie ne suscite « pas le même engouement » que celle de 2005. « Pour plusieurs [comme le député de Rosemont, Jean-François Lisée], la course est terminée d’avance. Quand tu as l’impression que tout est déjà joué, tu n’accours pas acheter ta carte de membre. Tu penses que tu ne peux pas “faire la différence” », ajoute-t-il.

Après avoir mis de côté au moins 20 000 $ afin de payer leurs droits d’entrée pour la course, les candidats à la direction s’affaireront à vendre des cartes de membre. C’est le nerf de la guerre : un membre, un vote. Ils ont encore un mois pour convaincre leurs sympathisants d’adhérer au PQ, et quelques semaines de plus pour inciter d’anciens membres à renouveler leur carte.

Les bouchées doubles

« Ç’a décollé », dit le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier. Depuis le coup d’envoi de la course, les membres de son équipe de campagne ont mis les bouchées doubles afin d’élaborer, préciser et peaufiner avec lui son programme politique, « le contenu ». Maintenant, il y a fort à parier qu’ils auront dorénavant à portée de main un carnet de formulaires d’adhésion au PQ. « On est rendu à cette étape. »

Le faible nombre de nouvelles adhésions a de quoi étonner par rapport à l’intérêt suscité par le premier débat officiel opposant les cinq prétendants à la succession de Pauline Marois mercredi soir à Trois-Rivières. En effet, Bernard Drainville, Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Martine Ouellet et Pierre Karl Péladeau ont croisé le fer devant une salle comble de 465 personnes. Plusieurs sympathisants ont été refoulés à la porte du théâtre du cégep de Trois-Rivières, ce qui a forcé une centaine d’entre eux à visionner le débat sur l’économie, les finances publiques et le rôle de l’État sur un téléviseur installé à l’extérieur de l’auditorium du collège ou derrière leur écran d’ordinateur à la maison. D’ailleurs, 19 638 internautes ont suivi le premier débat en direct sur le site Web du PQ. « Lors de la présentation des candidats, on avait 800 connexions à la seconde », se réjouit le porte-parole du PQ, Dominic Vallières, occultant le fait que le site Internet est tombé en panne.