Turgeon reprend les rênes du CHUM

Jacques Turgeon affirme avoir eu plusieurs discussions ces derniers jours avec le bureau du premier ministre et Gaétan Barrette.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Jacques Turgeon affirme avoir eu plusieurs discussions ces derniers jours avec le bureau du premier ministre et Gaétan Barrette.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette est « un atout majeur » pour l’avenir du CHUM, estime désormais Jacques Turgeon, qui a annoncé son retour à la tête du CHUM mardi. Mais le nouveau p.-d.g. s’est tout de même aménagé un « mécanisme de résolution de problème » lui permettant d’aller directement au bureau du premier ministre en cas de problème.

Vendredi dernier, il critiquait ouvertement le ministre de la Santé, l’accusant, dans une lettre de démission lapidaire, d’abus de pouvoir et d’ingérence. Cinq jours plus tard, après des affrontements publics et des négociations privées avec le premier ministre Philippe Couillard, Jacques Turgeon revient au micro pour annoncer son retour à titre de président-directeur général du CHUM. Mais les accusations ont fait place aux éloges.

« Je n’ai aucun conflit avec le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. Au contraire, nous avons besoin de la détermination et de l’énergie du ministre Barrette pour mener à bien ce projet important pour les patients, le corps médical et l’ensemble de la population du Québec. C’est le message que j’ai transmis au ministre en réponse à la main tendue. »

Questionné sur ce changement de ton, Jacques Turgeon répète qu’il a bel et bien cru qu’il y avait eu abus de pouvoir et ingérence, mais que le problème a été réglé et qu’il est temps de tourner la page. « Le ministre est une personne qui a une force de caractère et une capacité, si elle est bien aiguillée — je pourrais le dire comme ça —, qui sera un atout majeur pour nous aider à réaliser le projet. On a besoin d’un ministre qui va nous appuyer continuellement pour faire en sorte que mon équipe et moi, on réussisse. »

Jacques Turgeon affirme avoir eu plusieurs discussions au cours des derniers jours avec le bureau du premier ministre et Gaétan Barrette. Il a également eu une « longue et fructueuse discussion » avec le premier ministre Philippe Couillard qui l’a appelé dès son retour de France dimanche soir. Dans ce bras de fer qui opposait le ministre de la Santé à Jacques Turgeon, ce dernier a réussi à imposer ses conditions.

Le conseil d’administration du CHUM aura toute la latitude nécessaire pour choisir ses chefs de département. « Le ministre Barrette et le premier ministre nous ont assuré que ces conditions seraient mises en place afin de prévenir toute perception d’ingérence et afin d’assurer une saine gouvernance », affirme M. Turgeon. Le processus de sélection du chef du département de chirurgie, dans lequel s’était ingéré le ministre Barrette, sera repris du début.

Jacques Turgeon s’est également assuré de pouvoir passer par-dessus le bureau du ministre de la Santé si d’autres problèmes survenaient. « Le bureau du premier ministre a laissé entendre clairement qu’il y avait des possibilités de canaux [de communication] pour résoudre des problèmes s’il y en avait. »

Il pourra par ailleurs reconduire les membres démissionnaires du conseil d’administration dans leurs fonctions. L’ex-président, Jean-Claude Deschênes, et le Dr Paul Perrotte ont déjà fait part de leur intérêt à revenir.

Si les problèmes de gestion et de gouvernance du CHUM sont réglés pour le moment, ceux des autres établissements de santé ne le sont toujours pas. Au cours des dernières semaines, plusieurs se sont inquiétés d’une possible ingérence du ministre Barrette en raison de la loi 10 qui lui donne l’autorité pour nommer et dénommer les p.-d.g. des établissements de santé.

Ces craintes ont eu un écho chez le député caquiste Éric Caire : « Il y a maintenant une clause Gaétan Barrette pour le CHUM, mais il n’y en a pas pour le reste du réseau de la santé et il n’y aura pas de Jacques Turgeon partout dans le réseau de la santé pour s’opposer à l’empereur. »

En conférence de presse, Jacques Turgeon a soutenu que les négociations qu’il a menées pour le CHUM auront sans doute un effet positif sur le reste du réseau. « On a travaillé dans la situation actuelle pour une situation particulière. Bien sûr, ça a soulevé des possibilités d’impacts sur l’ensemble des dispositions associées à la loi 10. Mais je pense que les démarches qu’on a faites sont rassurantes […] Si on respecte les règles de l’établissement en matière de gestion et de gouvernance, je pense que ça montre le bon chemin à suivre dans d’autres décisions, et c’est au ministère de le faire. »

Désaveu

À Québec, les trois partis d’opposition s’accordaient pour affirmer qu’en donnant raison à la direction du CHUM, le premier ministre a clairement désavoué Gaétan Barrette : Philippe Couillard devrait se montrer conséquent et exiger la démission de son ministre qui a perdu toute crédibilité.

Selon Éric Caire, de la CAQ, le premier ministre a reconnu le bien-fondé des accusations proférées par MM. Deschênes et Turgeon voulant « qu’il y avait eu ingérence, chantage, pression politique » de la part de Gaétan Barrette.

Pour Amir Khadir, de Québec solidaire, ce « chantage » exercé par le ministre Barrette pour maintenir en poste une connaissance constitue « une faute déontologique de la part du député, du détenteur d’une charge publique ».

Le leader parlementaire adjoint de l’opposition officielle, Stéphane Bergeron, abonde dans le même sens. « Il y a peut-être quelque chose qui s’apparente à un conflit d’intérêts, voire à du trafic d’influence [dans le fait] de mettre autant de pression pour faire nommer quelqu’un. »

Le ministre est une personne qui a une force de caractère et une capacité, si elle est bien aiguillée — je pourrais le dire comme ça —, qui sera un atout majeur pour nous aider à réaliser le projet. On a besoin d’un ministre qui va nous appuyer continuellement pour faire en sorte que mon équipe et moi, on réussisse.

Il y a maintenant une clause Gaétan Barrette pour le CHUM, mais il n’y en a pas pour le reste du réseau de la santé et il n’y aura pas de Jacques Turgeon partout dans le réseau pour s’opposer à l’empereur.