Couillard veut faire du Québec une vitrine de la technologie française

Philippe Couillard a désigné un responsable du dossier à la Délégation générale du Québec à Paris.
Photo: Nicolas Tucat Agence France-Presse Philippe Couillard a désigné un responsable du dossier à la Délégation générale du Québec à Paris.

Au quatrième jour d’une imposante visite officielle en France qui s’achève ce vendredi, de passage à Bordeaux, le premier ministre Philippe Couillard a voulu mettre l’accent sur l’importance de faire du Québec une vitrine des technologies numériques françaises. Il a notamment visité l’Institut d’optique d’Aquitaine et un incubateur d’entreprises à vocations sociales, l’Espace Darwin. Deux expériences technologiques qui ont valu à la métropole d’Aquitaine le label « French Tech » accordé aux villes les plus innovantes sur le plan technologique.

Le premier ministre revient de Bordeaux convaincu qu’il faut exporter cette expérience à Montréal, quitte à lui trouver un nouveau nom en français, ironise-t-il. Déjà la ville de San Francisco, où sont implantées de nombreuses entreprises françaises de pointe, s’est vu accorder cette distinction. Elle pourrait l’être aussi à Boston.

« Je veux absolument qu’on fasse ça au Québec, dit le premier ministre. Sur le numérique […], je veux qu’on engage le Québec dans cette révolution qui est un changement majeur de la société et je veux qu’on le fasse en alliance francophone. »

Déjà, Philippe Couillard a désigné un responsable du dossier à la Délégation générale du Québec à Paris. Le maire de Bordeaux et vieil ami du Québec, Alain Juppé, qui accueillait le premier ministre au bureau de l’agglomération régionale, s’est dit tout à fait « prêt à désigner un expert de “ French Tech ” qui puisse voir avec vous [le Québec] les possibilités de développement. »

L’ancien premier ministre français, qui a déjà passé une année entière au Québec et que l’on dit à nouveau présidentiable, était visiblement heureux d’accueillir Philippe Couillard entre ses murs. Il faut dire que les liens entre les universités sont nombreux et que la ville de Bordeaux est jumelée avec Québec depuis plus de 50 ans. Le premier ministre avait tenu dans ce voyage à passer par l’Aquitaine, qui est avec Rhône-Alpes la région française qui entretient les liens les plus solides avec le Québec. L’Institut d’optique d’Aquitaine visité jeudi par Philippe Couillard a d’ailleurs été inspiré par l’Institut national d’optique du Québec.

Plus d’étudiants québécois en France

Le premier ministre revient de ses visites dans les universités de la région convaincu qu’il faut « enjoindre aux étudiants québécois de tenter l’expérience de l’éducation internationale en venant se former en France. Il y a ici une nette valeur ajoutée pour les étudiants québécois », dit-il. Selon Alain Juppé, « il faut que nous [la France] soyons plus attractifs pour attirer plus d’étudiants québécois en France. Ce n’est pas un problème de droits d’inscription, mais d’attractivité », précise-t-il.

La veille, le premier ministre québécois avait rencontré le secrétaire d’État français chargé du Commerce extérieur, Matthias Fekl. Ce dernier réclame au nom d’un consensus franco-allemand la réécriture complète des clauses du traité de libre-échange Canada-Union européenne portant sur le mécanisme de règlement des différends afin de protéger le pouvoir de légiférer des États.

Philippe Couillard dit ne pas avoir changé de position après cette rencontre. « Sur le fond, dit-il, on ne change pas […]. Quand on regarde l’arbre, il ne faut pas perdre de vue la forêt. Nous demeurons convaincus, comme notre négociateur, monsieur Pierre Marc Johnson [qui sera bientôt en France], qu’une réouverture du texte de l’entente serait très négative. Ceci étant dit, on a conscience des discussions européennes sur la protection des investisseurs et du règlement des différends. Je suis persuadé qu’il y a lieu de mieux expliquer ces dispositions peut-être pour dissiper certaines inquiétudes […] sans toucher au fond du traité. »

Alain Juppé se félicite aussi de cet accord qui est, dit-il, « un bon accord. Des progrès ont été faits notamment dans l’ouverture des marchés publics […]. Nous avons une difficulté en France avec les procédures d’arbitrage et il y a sans doute là une question à approfondir pour voir exactement comment interpréter ces dispositions ».

Diversité culturelle

Le premier ministre québécois en a profité pour révéler qu’il avait parlé cette semaine avec la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, de l’adaptation à l’ère numérique de la Convention sur la diversité culturelle signée il y a déjà dix ans. « Il n’y a pas lieu là encore, dit-il, de rouvrir l’entente et de la réécrire. Cependant, il faut l’adapter à la réalité numérique nouvelle. Il est probable que la meilleure façon de le faire soit par des directives administratives qui tiennent compte du contexte numérique. Ce ne serait pas nécessairement un atout de recommencer cette négociation. On risquerait d’y perdre. »

Selon Alain Juppé, la meilleure réponse dans ce domaine passe par « la dynamique de nos entreprises dans le secteur du numérique. »

Philippe Couillard a aussi annoncé la signature d’une entente entre la société française Bébé 9, qui offre des produits destinés aux nouveau-nés, et le distributeur québécois Raymark. On évoque des retombées de cinq millions d’euros et la création de quelques emplois au Québec et en France.

Alain Juppé a clos cette conférence de presse en affirmant que, non seulement il connaissait bien le Québec, mais qu’il l’aimait. Interrogé sur l’éventualité qu’il devienne un jour président, il a affirmé qu’il en profiterait alors pour rendre les relations avec le Québec « encore plus étroites et encore plus chaleureuses qu’elles ne le sont aujourd’hui ».

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 6 mars 2015 01 h 39

    Ca lui a quand meme permis de changer le focussing

    Il a quand meme fait quelques erreurs de parcourt, l'entente Europe Canada n'est pas nécessairement dans le sac, je suis convaincu que les francais l'on vu venir avec ses gros sabots, il était venu pour faire des excuses, les francais en ont bien pris note, c'est déja pas si mal mais il ne faut pas pousser grand mère dans les orties, le monde est vaste et complexe. Ca lui a quand meme permis de changer le focussing, un gouvernement ne peut pas renvoyer tout le monde, Dubuc, ca suffit pour maintenant

  • Jacques Gagnon - Abonné 6 mars 2015 12 h 21

    Voici ce qu'écrivait Gérard Bouchard dans les pages du Devoir de février 2005 à propos d'Alain Juppé.

    «Incrédulité, perplexité, colère, honte, dépit: tels sont quelques-uns des sentiments que j'ai éprouvés en apprenant que la direction et une très forte majorité des professeurs de la prestigieuse École nationale d'administration publique du Québec (ENAP) avaient décidé d'accueillir parmi eux, pour un an, le politicien français déchu Alain Juppé. Je m'explique.

    Cet homme politique vient d'être reconnu, par les tribunaux français, coupable d'un acte criminel grave commis dans l'exercice de ses fonctions. Il a donc été condamné à une peine de 14 mois de prison avec sursis et a été exclu pour un an de la vie publique dans son pays. Pour des raisons qu'on peut aisément comprendre, il a choisi d'aller vivre sa traversée du désert hors de France.»

    Un homme de la stature d'un chef d'état disait notre PM. On dirait qu'il a l'art de se faire des mauvais amis.

  • Pierre Bernier - Abonné 6 mars 2015 13 h 42

    Évident !

    "Nous avons une difficulté en France avec les procédures d’arbitrage et il y a sans doute là une question à approfondir pour voir exactement comment interpréter ces dispositions " (AJ)

    Pourquoi le Québec n'a-t-il pas la même difficulté ... pour cette relation impliquant autant d'acteurs : États de droit... et entreprises, aussi peu familiers avec la globalisation des économies et des marchés ?