François Blais maintiendra le cap au ministère de l’Éducation

Le nouveau ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, lors de son assermentation vendredi.
Photo: Jacques Boissinot PC Le nouveau ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, lors de son assermentation vendredi.

Yves Bolduc, François Blais, même combat. Malgré le changement de garde, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur maintiendra le cap.

« Il n’y a pas de rupture », a précisé le premier ministre, Philippe Couillard, vendredi, après avoir dévoilé les « ajustements » à la composition de son Conseil des ministres : François Blais (Éducation, Enseignement supérieur et Recherche) et Sam Hamad (Travail, Emploi et Solidarité sociale).

M. Blais, ex-doyen de la Faculté de sciences sociales de l’Université Laval, aura le « même mandat » que son prédécesseur, M. Bolduc, c’est-à-dire « centrer [ses] actions » sur la « réussite de nos élèves ». Il devra y arriver en accordant une « place centrale » — par une loi « s’il le faut » — à la salle de classe. « Si en 2020 on n’a pas réussi à transformer ce réseau-là de façon profonde […], on aura manqué le bateau », a affirmé M. Couillard dans la salle Les Boiseries du bureau du lieutenant-gouverneur.

M. Blais s’affairera également à établir « une plus grande correspondance entre la formation et la main-d’oeuvre ». « C’est extrêmement important pour notre développement économique. C’est aussi extrêmement important pour l’autonomie économique de chacun des citoyens », a souligné le nouveau titulaire du portefeuille de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

En matière d’apprentissage du français, « la base des autres connaissances », la réussite ne passe pas par l’abolition d’épreuves, selon M. Couillard. « Il n’est pas question de faire du nivellement par le bas », a dit le chef du gouvernement, avant d’ajouter : « Il faut être réaliste cependant avec les objectifs qu’on donne aux gens et aux organisations. Si vous fixez des objectifs trop tôt et trop hauts, vous démotivez les gens. »

« Simplification du fonctionnement de l’État »

M. Couillard a fait d’une pierre deux coups vendredi : il a trouvé un remplaçant à M. Bolduc — englué dans un tas de controverses jusqu’à son départ de l’arène politique jeudi — et a fusionné les ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ainsi que ceux du Travail et de l’Emploi. Cette opération s’inscrit dans un processus de « simplification du fonctionnement de l’État », a fait remarquer M. Couillard. « Ça nous permet de poser un geste encore une fois pour donner notre vision de l’État du Québec », c’est-à-dire « un État plus efficace, mieux centré sur sa mission, qui ne travaille pas en silo ». D’ailleurs, M. Couillard n’a pas fermé la porte à « d’autres regroupements non seulement de ministères, mais [aussi] d’organismes publics » au cours des prochains mois. « Tout ça est actuellement à l’étude. »

À la veille d’une relâche parlementaire de deux semaines, M. Couillard s’est efforcé de donner un nouveau souffle au « message » de son gouvernement. « Mon rôle n’est pas de mettre des couvercles sur la marmite. Mon rôle, c’est de poursuivre le développement du Québec, d’équilibrer les finances publiques et d’assurer la prospérité des Québécois de demain. Tous les jours, je me lève en pensant à ça », a-t-il déclaré en point de presse.

Il a aussi pris la défense des élus libéraux dont la crédibilité a été durement égratignée cette semaine par les partis d’opposition : Yves Bolduc, Francine Charbonneau, Robert Poëti, Jacques Daoust et compagnie. Le caucus libéral constitue un « vaste réservoir de talents », a-t-il fait valoir. « En passant, je n’ai jamais dit que “le gouvernement, c’est moi”. Je ne sais pas où l’opposition est allée chercher ça. Je ne suis pas à l’époque de Louis XIV. Heureusement. »

 

Un « appel » à Bolduc

M. Couillard a aussi marqué vendredi sa désapprobation concernant l’intention de l’ex-ministre Yves Bolduc d’empocher l’allocation de transition — plus de 150 000 $ selon la Ligue des contribuables — prévue à la Loi sur les conditions de travail et le régime de retraite des membres de l’Assemblée nationale.

Il a appelé à demi-mot son « ami Yves » à renoncer à cette indemnité de départ, d’autant plus que l’ancien député de Jean-Talon entend renouer avec la pratique médicale. « Je lui lance un appel à être sensible, plus que sensible, à l’inquiétude et à la préoccupation des citoyens sur cette question », a affirmé M. Couillard.

Le chef du PLQ estime que des allocations de transition ne devraient pas être versées aux élus qui tournent le dos à la politique en cours de mandat. « Je préférerais que ça n’existe pas. »

Pourtant, M. Couillard avait lui-même touché une allocation de transition lorsqu’il avait quitté l’Assemblée nationale en juin 2008, pour se retrouver par la suite un boulot chez Persistance Capital Partners (PCP). « Laissez-moi être très clair : cette pratique-là doit changer », a répété M. Couillard.

Il « enjoint » aux partis d’opposition de mettre de côté la « partisanerie » et la « démagogie » et de « régler cette question et d’autres » en s’inspirant largement des conclusions du rapport L’Heureux-Dubé.

Le premier ministre s’en est également pris au « système de primes » mis en place pour encourager la prise en charge et le suivi de patients par les médecins omnipraticiens. Yves Bolduc pourrait empocher plus ou moins 60 000 $ en inscrivant au cours des prochains mois quelque 1500 patients — vulnérables et non vulnérables — envoyés par un CSSS. « Je ne pense pas que les primes ont démontré leur utilité », a dit M. Couillard, voyant d’un bon oeil l’intention du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de les éliminer.

Les réactions du milieu de l’éducation

« Le premier geste qui permettrait de rétablir la confiance du personnel enseignant envers le gouvernement serait de mettre fin au plan d’austérité qui a fragilisé encore davantage l’école publique. » — Sylvain Mallette, Fédération autonome de l’enseignement (FAE)

« On ne peut continuer à gérer des établissements sans disposer d’une stabilité financière. Il en va de l’avenir de nos jeunes et de nos adultes. » — Jean Beauchesne, Fédération des cégeps

« M. Blais peut compter sur l’entière collaboration des commissions scolaires, qui mettent à sa disposition l’expertise d’un réseau. » — Josée Bouchard, Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ)

« Nos attentes sont grandes. Les compressions que subissent ces réseaux depuis quelques années déjà les ont plongés dans un état critique. » — Louise Chabot, Centrale des syndicats du Québec (CSQ)


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