Bolduc s’incline… et choque encore

La controverse pourchasse Yves Bolduc à l’extérieur de l’arène politique. À moins de renoncer à son indemnité de transition, l’ex-ministre libéral sera en lice pour le « Glouton d’or » des « Oscar du gaspillage », avertit la Ligue des contribuables du Québec.

Ébranlé par des controverses à répétition, le député de Jean-Talon a tiré un trait jeudi avant-midi sur une carrière politique de plus de six ans, dont quatre ans à la tête du ministère de la Santé et des Services sociaux. « Compte tenu de ce qui se passe autour en termes d’événements et de nouvelles, j’ai tout simplement pris la décision de retourner à la pratique médicale, ce que j’adore », a-t-il déclaré, la voix étouffée par l’émotion.

« Il y a des journées douloureuses, des journées tristes en politique. C’est une journée comme ça », a ajouté M. Couillard, avant de saluer l’« engagement [politique] courageux » de son « ami Yves ».

M. Bolduc a remis sa démission au président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon. « C’est un départ de la vie politique », a-t-il dit. Il n’a pas renoncé à son indemnité de départ — grosso modo 152 000 dollars selon la Ligue des contribuables —, a indiqué son attachée de presse, Yasmine Abdelfadel.

« On est très déçus », a affirmé la directrice générale de la Ligue des contribuables, Claire Joly, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. M. Bolduc ferait preuve d’un « certain mépris » à l’égard de la population québécoise, sous le coup des mesures d’austérité libérales, en acceptant un chèque de 150 000 $, en plus de forcer la tenue d’une élection partielle au coût de 600 000 $. « [Il s’agirait d’un] geste qui manque carrément de respect », a-t-elle fait valoir, rappelant que le caquiste Christian Dubé et la péquiste Élaine Zakaïb avaient tour à tour fait une croix sur leur indemnité de transition lorsqu’ils ont quitté, eux aussi en plein mandat, l’Assemblée nationale.

Le Dr Bolduc trahit l’esprit de l’indemnité de transition, est d’avis le député solidaire Amir Khadir. Celle-ci a été mise en place afin d’assurer un « filet de sécurité » aux ex-élus, leur permettant de « faire une transition adéquate vers la vie privée », spécifie le rapport L’Heureux-Dubé (2013). « Nous, les médecins, on n’a pas besoin de ça, pas plus lui que moi », a lancé M. Khadir.

Il appelle l’ex-élu libéral à dire « non » au montant de 150 000 $, y voyant d’ailleurs la seule façon d’« effacer une partie de l’opprobre » qui s’est abattu sur lui après la mise au jour des primes de 215 000 $ qu’il a réclamées pour avoir pris en charge 1500 patients sans médecin de famille entre septembre 2012 et avril 2014. Il s’était valu un « Glouton de bronze 2014 » pour cela, en plus d’une demande de remboursement de 27 000 $ de la part de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). « Une manière pour lui de sortir dignement, parce qu’il subit une humiliation de sa propre équipe, c’est de renoncer à ça. Tous les politiciens qui subissent la cruauté de l’instant politique, comme il l’a subie, essaient quand même de le vivre dignement », a soutenu M. Khadir, jetant le doute sur l’« éthique professionnelle » de M. Bolduc.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, n’avait « pas de point de vue à exprimer là-dessus » jeudi. « Il y a un régime en vigueur. M. Bolduc prend ses décisions », s’est contenté de dire le grand maître d’oeuvre du plan de redressement des finances publiques lors d’un impromptu de presse.

Encore des primes ?

Mme Abdelfadel n’était pas en mesure de savoir si son ancien patron balayait jeudi la possibilité de réclamer des primes de 25 $ à plus de 200 $ pour chacun des patients qu’il prendra en charge au cours des prochains mois.

Yves Bolduc « pourrait effectivement toucher une prime pour réinscrire des patients », a confirmé la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Marie-Claude Lacasse, pointant une lettre d’entente conclue entre le MSSS et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) au printemps 2013. À l’instar de tous les médecins de famille, il pourrait réclamer des montants pour la prise en charge et le suivi de patients référés par le guichet d’accès d’un CSSS. Par exemple, il pourrait empocher plus ou moins 60 000 $ en inscrivant 1500 patients. « Il n’y a pas vraiment de maximum. Cela dit, il faut que ce soit un nombre raisonnable. Il faut que le médecin inscrive une clientèle qu’il est capable de suivre », a expliqué Mme Lacasse.

« Il ne faudrait surtout pas qu’on le voie toucher des primes en plus de son indemnité de transition. Il retourne au travail et le travail normal d’un médecin, c’est de voir des patients », a poursuivi M. Khadir.

Le Dr Bolduc devra mettre les bouchées doubles s’il veut toucher ces primes, puisque le ministre de la Santé Gaétan Barrette souhaite les abolir au moyen du projet de loi 20. « C’est une mesure que moi-même j’ai décriée dans le passé et je peux vous dire que ça va disparaître », a confirmé M. Barrette, au micro du 98.5 FM à Montréal lundi dernier.

«Ajustements»

Le premier ministre, Philippe Couillard, dévoilera les « ajustements à la composition de son Conseil des ministres » au lieutenant-gouverneur, Pierre Duchesne, vendredi avant-midi. Les noms de la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David — actuellement en mission officielle à Bruxelles —, et du ministre de l’Emploi, François Blais, ont été évoqués au fil des derniers jours pour succéder au pied levé à M. Bolduc.

Le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, a invité M. Couillard à entreprendre un « examen de conscience » et non seulement un « rebrassage des responsabilités » au sein de son équipe ministérielle.

Avec Amélie Daoust-Boisvert


 
27 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 février 2015 00 h 52

    Pauvre ti-pit

    Pauvre ti-pit son ambition l'a perdu, le premier ministre le sait bien, lui, qu'il est devenu le bouc émissaire du parti des ambitieux, qui sera le suivant, les gageures sont ouvertes, ca me plairait bien de voir le gros, tomber, mais il est trop rusé, peut etre le ministre connait tout, ti-pierre de sont petit nom, qui se trouve tellement beau et intelligent, qui est pres a fermer la moitiée du Québec,s'il le faut, et croyait pouvoir mettre la chambre devant les faits accomplis, enfin nous verrons bien, ti-pierre est comme un chien fou, devant le danger va-t-il s'assagir. personnellement, j'aurais bien aimer mettre le premier ministre dans boite, mais c'est tout le gouvernement qui serait atteint, l'élite liberal veille au grain, a le voire aller il est évident, qu'il est bien coaché, meme s'il est détesté le Québec n'est quand meme pas un petit bourg perdu.

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 27 février 2015 02 h 57

    Et plus encore...

    Et nous, citoyens, votants pour maintenir en place ceux qui profitent de ce beau système; n'avons nous pas une part de responsabilité, aussi?
    Et, vous monsieur Couillard, quand allez vous contribuer 50% à votre pension d'etat, comme vous forcez les employés municipaux de le faire?

  • Denise Lauzon - Inscrite 27 février 2015 04 h 04

    Des primes pour voir des patients...


    M. Khadir à raison de rappeler que le travail normal d'un médecin c'est de voir des patients. Alors, pourquoi offrir au Dr Bolduc une prime de 25$ à 200$ pour chaque nouveau patient qu'il prendrait à sa charge????

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 27 février 2015 04 h 18

    … comme Ça !

    « Il y a des journées douloureuses, des journées tristes en politique. C’est une journée comme ça » (Philippe Couillard, pm, PLQ)

    Il est toujours difficile, en effet, de quitter quelque chose qui, de renom ou pas, sollicite un engagement humain à plein temps !

    Bien que la démission, surprise ?, de l’intimé entraîne l’encaissement de sous autorisés (prime de départ ou de transition), il demeure que ce personnage a été, malgré des décisions controversées, d’une humanité exemplaire, d’une intégrité …

    … comme Ça ! - 27 fév 2015 -

  • Jean-Luc Malo - Abonné 27 février 2015 05 h 00

    Pourquoi appelle-t-on ce départ une "démission"?

    Bel euphémisme: M. Bolduc prend les devants en donnant l'allure de quitter de lui-même la vie politique alors qu'au fond c'est tout le Québec qui le met à la porte. La simple transparente honnêteté aurait nécessité qu'il s'excuse en avouant qu'il ne pouvait pas remplir la fonction. Sans parler de la prime de départ...

    Jean-Luc Malo
    abonné