Yves Bolduc quitte la politique

Québec — Le ministre de l’Éducation Yves Bolduc démissionne et quitte la vie politique pour retourner à la pratique médicale. «J’ai pris la décision personnelle de retourner en pratique médicale, c’est une décision qui m’appartient, compte tenu de ce qui se passe autour en terme d’événements», a déclaré Yves Bolduc, la mine basse.

Lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, aux côtés de M. Bolduc, le premier ministre Philippe Couillard a reconnu que c’était une journée difficile pour le gouvernement mais surtout pour M. Bolduc. «La vie politique ce n’est pas facile», a-t-il ajouté la voix empreinte d’émotion. «Il a autour de lui une famille, des proches, une carrière médicale qui l’attend. Les collègues au caucus ont été très émus.»

Philippe Couillard a parlé d'une «bonne nouvelle», pour les patients car «M. Bolduc est un excellent médecin», a-t-il souligné.

Source d'embarras

M. Bolduc a annoncé dans une lettre qu’il quitte ses fonctions ministérielles et il renonce également à son poste de député de la circonscription de Jean-Talon.

Depuis la semaine dernière, M. Bolduc était devenu une source d’embarras pour le gouvernement à la suite de déclarations à propos des fouilles à nu dans les écoles.

Cette semaine, le premier ministre Philippe Couillard a refusé à plusieurs occasions de renouveler sa confiance envers lui personnellement. Mercredi, M. Couillard avait laissé la porte ouverte à un remaniement ministériel.

Réactions

«M. Bolduc c’est une homme dévoué qui travaille très très fort je suis très peiné d’apprendre cette nouvelle. C’est un dossier difficile le dossier de l’éducation», a dit Raymond Bernier, le député libéral de Montmorency.

«Avec les 200 millions de coupes, la mise sur la glace de la Politique nationale de recherche et d’innovation, qui était assortie d’une enveloppe 3,7 milliards, les frais de scolarité étudiants français qui ont triplé, on espère et il est grand temps d’avoir un ministre attitré à l’enseignement supérieur, qui va être capable de défendre les enjeux de l’éducation face au Conseil du Trésor», a déclaré pour sa part Jonathan Bouchard, président de la Fédération étudiante unversitaire (FEUQ).

Succession

Pour l’instant, aucune information concrète ne filtre concernant le nom d’un possible successeur.

Les noms de la ministre de la Culture Hélène David et celui du ministre de l’Emploi François Blais ont circulé cette semaine.

Une décision est attendue d’ici le départ de M. Couillard pour Paris, en fin de semaine, à l’occasion d’une mission avec cinq ministres dont Mme David.

Yves Bolduc, qui aura 58 ans la semaine prochaine, est aussi ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science et ministre responsable de la région de la Côte-Nord. Dans un précédent gouvernement libéral, il a été ministre de la Santé et des Services sociaux, de 2008 à 2012.

Source d'embarras

À la suite de l’élection des libéraux, en avril dernier, M. Bolduc est rapidement devenu une source d’embarras pour le gouvernement.

En juin, le ministre de l’Éducation s’est retrouvé au centre d’une controverse en raison d’une prime de 215 000 $ qu’il avait reçue à titre de médecin omnipraticien, durant le bref passage des libéraux dans l’opposition.

Cet incitatif visait à stimuler la prise en charge de patients, que M. Bolduc a cependant dû abandonner, ses fonctions de médecin étant incompatibles avec celle de membre du conseil des ministres.

La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) avait réclamé 27 000 $ à M. Bolduc, soit la moitié des primes versées pour des patients qu’il n’avait pu suivre durant la période minimale de 12 mois exigée pour le versement de primes.

Devant le tollé, M. Bolduc avait décidé de verser la même somme à des organismes caritatifs de soins aux malades.

Livres

À la fin de l’été, M. Bolduc a suscité une nouvelle controverse en affirmant que les bibliothèques scolaires disposaient d’assez de livres.

Le ministre de l’Éducation avait à nouveau mis le feu aux poudres en déclarant que l’achat de livres était facultatif.

«Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres», avait-il dit.

La semaine dernière, M. Bolduc a fait les manchettes dans plusieurs pays en affirmant qu’il était acceptable que des directions d’écoles procèdent à des fouilles à nu d’élève en cas de soupçon de possession de drogue.

«Il est permis de faire des fouilles à nu, à une seule condition, il faut que ça soit très respectueux, il y a un cadre qui doit être respecté», a-t-il déclaré le 17 février.

Deux jours plus tard, M. Couillard l’a désavoué lorsqu’il a déclaré en Chambre qu’il ne souhaitait plus de telles fouilles dans les écoles du Québec.

«La question de la fouille à nu dans les écoles, la réponse c’est non, on n’en veut pas», avait dit le premier ministre.


 

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