Bernard Drainville suggère de reconsidérer l’incorporation des médecins

Le candidat à la direction du Parti québécois Bernard Drainville invite le milieu médical à envisager sereinement la possibilité d’interdire aux médecins de s’incorporer afin de « sauver beaucoup d’impôt ». Cette pratique — de plus en plus répandue — pose des questions d’« éthique fiscale », a-t-il souligné lundi.

« Comme société, on doit se poser la question : est-ce que c’est légitime de permettre aux médecins de s’incorporer, donc de se constituer en entreprise, pour payer moins d’impôts, alors que la majorité de leurs revenus proviennent des fonds publics ? », a-t-il lancé lors d’un point de presse.

Les milliers de « médecins inc. » privent Ottawa et Québec de quelque 150 millions de dollars en recettes fiscales par année en renonçant à leur statut de travailleur autonome, préférant exercer leur profession dans le cadre d’une société par actions (SPA). « Pour un omnipraticien qui a un revenu de 150 000 $, l’incorporation peut lui permettre d’économiser 13 000 $ par année en impôts. Pour un spécialiste qui gagne 250 000 $, il peut économiser jusqu’à 20 000 $ par année en impôts », a expliqué M. Drainville.

Cliniques sans médecin

Le député de Marie-Victorin a pris l’engagement lundi de déployer des cliniques d’infirmières praticiennes — calquées sur le modèle de la coopérative de solidarité SABSA de Québec — aux quatre coins du Québec, s’il est désigné chef du PQ en mai prochain. Il s’agit d’« une belle façon » d’accroître l’accès aux soins de première ligne, a-t-il soutenu. « Ça fonctionne très bien [à Québec]. Moi, j’y vois une solution pratique pour désengorger les urgences et les cliniques de médecins. »

La mise sur pied d’une clinique sans médecin dans chacune des 17 régions administratives du Québec nécessiterait l’injection de quelque 15 millions de dollars, soit 900 000 $ par établissement, a-t-il indiqué. « Ça coûterait 2 $ par année par Québécois pour tester ce nouveau modèle ! »

L’élu péquiste en est venu à cette idée après avoir mené des « discussions approfondies » avec des acteurs du réseau de la santé — notamment la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) — et fait un séjour d’immersion de quelques heures à la coop de solidarité SABSA (service à bas seuil d’accessibilité). Une infirmière praticienne spécialisée (IPS), épaulée de plusieurs professionnels, offre des services et des soins de santé courants dans cette clinique sans médecin sise dans la basse-ville de Québec. « Des patients attendent quelques minutes avant de voir la “superinfirmière” plutôt que d’attendre des heures à l’urgence. […] Presque neuf fois sur dix, l’infirmière est capable de régler le problème [en prescrivant un médicament par exemple] », a affirmé M. Drainville à la presse. « C’est presque trop beau pour y croire. »

À l’heure actuelle, les infirmières sont « sous-utilisées »dans le réseau de la santé, estime-t-il. « Il faut utiliser pleinement les compétences de tous les professionnels de la santé au Québec. »