PKP perd des plumes

Pierre Karl Péladeau ferait le meilleur chef pour 63 % des sympathisants péquistes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Karl Péladeau ferait le meilleur chef pour 63 % des sympathisants péquistes.

Critiqué pour le « flou » de ses positions depuis le début de la course à la direction du Parti québécois (PQ), le député Pierre Karl Péladeau a perdu cinq points auprès des sympathisants péquistes.

Le député de Saint-Jérôme et actionnaire de contrôle de l’empire Québecor reste largement favori parmi les cinq aspirants-chefs du PQ, au moment où s’ouvre le Conseil national du parti à Laval. M. Péladeau ferait le meilleur chef pour 63 % des sympathisants péquistes, loin devant tous les autres candidats, qui amassent entre 1 % et 10 % d’appuis au sein du PQ, révèle un sondage Léger réalisé pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.

La députée Martine Ouellet fait toutefois sentir sa présence dans la course en gagnant sept points depuis le mois de décembre. Avec 10 % d’appuis, elle livre désormais une chaude lutte aux députés Alexandre Cloutier (9 %) et Bernard Drainville (7 %) pour la deuxième place, derrière le tout-puissant Pierre Karl Péladeau. Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs, ferme la marche avec 1 % d’appuis chez les sympathisants péquistes.

Lisée sert Ouellet

Le sondage Léger a été mené par Internet auprès de 1036 répondants du 2 au 5 février, dans les jours suivant le lancement en grande pompe de la campagne de Martine Ouellet. L’attention des médias semble avoir joué en faveur de la députée de Vachon : le sondage laisse croire qu’elle a fait le plein d’appuis chez les partisans de Jean-François Lisée, qui a démissionné de la course le 23 janvier. Un sondage réalisé par Internet ne comporte aucune marge d’erreur parce qu’il est fondé sur un échantillon non probabiliste. Si l’échantillon avait été probabiliste, la marge d’erreur aurait été de plus ou moins 3 %, 19 fois sur 20.


PKP, une valeur sûre

Malgré le bond de Martine Ouellet dans l’opinion des péquistes, Pierre Karl Péladeau reste l’aspirant-chef le plus susceptible de faire réaliser des gains au Parti québécois. Le magnat de la presse, qui contrôle les médias les plus puissants du Québec — dont Le Journal de Montréal et le réseau TVA — ferait gagner sept points au PQ s’il devenait chef du parti, indique le sondage.

Le Parti libéral du Québec (PLQ) reste en tête avec 37 % des intentions de vote, devant le PQ et la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, tous deux à 25 %. Québec solidaire suit avec 9 % d’appuis. Les intentions de vote sont restées à peu près stables depuis le mois de septembre. Avec Pierre Karl Péladeau comme chef, le PQ récolterait toutefois 32 % des intentions de vote, à égalité avec le PLQ de Philippe Couillard, indique le sondage.

« Pierre Karl Péladeau est le seul candidat qui fait bouger les aiguilles de façon favorable pour le Parti québécois. Tous les autres ont un effet négatif sur le vote pour le parti », note Christian Bourque, vice-président et associé chez Léger.

S’il devenait chef, Alexandre Cloutier ferait reculer les appuis au PQ de 3 %, tandis que Bernard Drainville et Martine Ouellet auraient un effet négatif de 4 %, selon le sondage.

Signe du pouvoir d’attraction de Pierre Karl Péladeau, il est populaire même au sein de la CAQ et de Québec solidaire. Pas moins de 45 % des sympathisants caquistes considèrent que le député de Saint-Jérôme ferait le meilleur chef pour le PQ ; 20 % des partisans solidaires — le parti le plus à gauche à l’Assemblée nationale — décrivent aussi l’homme d’affaires comme le meilleur chef pour le PQ.

« On peut penser que certaines personnes à Québec solidaire préfèrent l’indépendance à la révolution sociale », dit Christian Bourque.

De la clarté, s'il-vous-plaît

Pierre Karl Péladeau a beau être perçu comme un sauveur par les péquistes, il se fait prier par ses adversaires de dire enfin quelque chose de substantiel. Il a été critiqué jusqu’à maintenant pour le flou de ses positions sur la tenue ou non d’un référendum dans le premier mandat d’un gouvernement péquiste, question centrale pour le parti souverainiste. Le PQ ne peut plus se permettre de partir en campagne électorale sans position claire sur le référendum, martèlent Alexandre Cloutier, Bernard Drainville et Martine Ouellet.

Au cours du débat à l’Université de Montréal, à la fin du mois de janvier, Alexandre Cloutier a aussi interpellé M. Péladeau sur la pertinence de moderniser la loi antibriseurs de grève et sur ses dures critiques envers les syndicats. Il s’est défendu en faisant valoir qu’il était dans une situation différente à l’époque, en plein lockout au Journal de Montréal, en 2010. Puis il a changé de sujet.

Les militants péquistes misent sur les cinq débats à venir pour forcer les aspirants-chefs, y compris Pierre Karl Péladeau, à étoffer leur programme. « Je pense que la course à la chefferie va véritablement commencer avec ces débats-là », dit Christian Bourque.

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Réactions des cinq candidats

«Je suis honoré des intentions de vote. […] J’ai l’intention, moi, de travailler très fort pour rassembler tous les souverainistes parce qu’on ne fera pas un pays divisés. […] Si les sondages sont là pour en témoigner, c’est parce que, quelque part, je représente le domaine économique, l’entrepreneurship. C’est ce que je pense qu’on recherche du côté des électeurs de la CAQ,et puis aussi l’enrichissement de la collectivité.»Pierre Karl Péladeau 

«Petit train va loin. Je suis rempli d’énergie. Aujourd’hui j’ai l’occasion de rencontrer plein de militants. J’ai des appuis de taille. […] L’important, ce sont des tendances. Je vous rappelle que j’ai commencé avec beaucoup de modestie, de 0%, ça monte tranquillement pas vite.» Alexandre Cloutier 

«La course commence. […] Certains pourraient faire la lecture que c’est réglé. Ce n’est pas réglé. Il y a encore trois mois. Il va y avoir beaucoup de débats. Et, comme certains disent, la campagne va véritablement débuter quand on va faire ces débats-là dans un mois. […] Je ne suis pas député. Je n’ai pas été ministre. On est ce qu’on est.»Pierre Céré 

«Si les militants se cherchent quelqu’un qui n’est pas intimidé par les sondages, je suis leur homme! […] L’effet de la nouveauté joue, c’est indéniable. Et puis, il y a l’aspect “notoriété”, “célébrité”. C’est évident que c’est un facteur. Il reste encore trois mois et demi. Il ne faut pas se laisser démonter par un sondage. Ça va se gagner avec les idées.»Bernard Drainville 

«Là, c’est la partie décisive qui commence. Faites attention avec les sondages. Il faut être très prudents. Ce sont des sondages sur la population en général. Il nous reste encore trois mois et demi. Les prochaines semaines, les prochains mois vont être sur les idées. C’est vraiment là qu’on va voir des distinctions entre les différents candidats.» Martine Ouellet