La course inégale

Les cinq candidats à la course à la présidence du Parti québécois tiendront quatre autres débats avant que les militants choisissent leur chef.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les cinq candidats à la course à la présidence du Parti québécois tiendront quatre autres débats avant que les militants choisissent leur chef.
La troisième course à la chefferie du Parti québécois s’est mise en marche et Pierre Karl Péladeau mène toujours dans les sondages. En 1985, Pierre Marc Johnson, à la ligne de départ, dominait pareillement. Vingt ans plus tard, André Boisclair jouissait d’une semblable avance sur Pauline Marois. Ils sont tous deux devenus chefs du PQ. Comment arrêter la locomotive PKP ? se demandent ses adversaires.​
 

En jetant l’éponge à la fin de janvier, Jean-François Lisée déclarait : « Je constate que cette course est politiquement terminée et que Pierre Karl l’a gagnée. » Peut-être, mais les autres candidats auront au moins la satisfaction de participer avec lui à cinq débats au cours desquels le favori devra montrer ce qu’il a dans le ventre, ce qu’il a en tête surtout.

« Les membres n’accepteront pas de donner un “chèque en blanc” à quiconque. Les Québécois non plus », prévient Bernard Drainville, qui mise sur une course axée principalement sur les idées — Pierre Karl Péladeau n’en aurait guère — pour convaincre les militants de lui faire confiance. « Les membres ont le droit de savoir dans quoi ils s’embarquent », plaide-t-il.

La course à la direction de 2015 est le théâtre de la collision de deux univers : le politique et le vedettariat, avec l’entrée en scène du grand patron du géant des médias Québecor. « On est dans un autre univers. C’est le star-système. Il se casse un ongle, on en parle trois jours », lance un député péquiste préférant ne pas être nommé. À Ottawa, le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, jouit d’une popularité lui permettant de rêver d’occuper le poste de premier ministre fédéral, malgré un programme politique ressemblant drôlement à un « vide abyssal », un « trou noir », poursuit-il. Doit-on y voir une comparaison entre Trudeau et Péladeau ? L’élu esquisse un sourire en guise de réponse.

Un atout

Le principal intéressé ne se formalise pas d’une telle comparaison. « Je n’ai pas la prétention d’avoir des réponses à toutes les questions et à toutes les problématiques », livre-t-il au Devoir.

Le député de Rousseau, Nicolas Marceau, voit dans le saut dans la course de cet acteur du star-système québécois un « atout incroyable » pour le PQ et le mouvement indépendantiste. Après la défaite crève-coeur du 7 avril dernier, l’ancien ministre des Finances s’est accroché à la nouvelle « prise de conscience » sur le projet de pays au sein du parti. « Elle est extrêmement bénéfique », dit-il. Référendum ou non dans un premier mandat péquiste : les candidats s’accordent tous ou presque pour donner l’heure juste aux électeurs avant le prochain scrutin, ce qui le réjouit. Le PQ doit gagner la « confiance » des Québécois en dissipant les flous sur ses visées politiques, martèle-t-il. « La clarté est un minimum. » Dans cet esprit, les « conditions gagnantes », le « moment opportun », « c’est fini » dans le lexique péquiste, fait-il valoir.

Les coudées franches

« PKP, on ne le connaît pas. »« C’est le seul qu’on ne voit pas vraiment », ont souligné plusieurs élus péquistes croisés par Le Devoir au cours de la dernière semaine. Il n’a pas sollicité lui-même l’appui de ses confrères et de ses consoeurs — laissant la plupart du temps la tâche de les courtiser à son équipe, et ce, contrairement à ses rivaux — « parce qu’il veut avoir les coudées franches » une fois à la tête du PQ, croit l’un d’eux.

Surgi d’un autre monde, celui de l’argent et des conseils d’administration, Pierre Karl Péladeau admet qu’il connaît mal la plupart des députés péquistes. « Je ne les connais pas tous très bien, mes collègues. J’apprends à les connaître », dit-il.

Après réflexion, Véronique Hivon, Maka Kotto et Dave Turcotte ont tour à tour déserté cette semaine le camp des non-alignés. À ce jour, 12 élus se sont ralliés à un candidat tandis que neuf autres restent sur leur quant-à-soi. Du fait des fonctions qu’ils occupent, quatre députés doivent, en principe, s’abstenir de prendre position, soit le chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard, la leader parlementaire, Agnès Maltais, le leader adjoint, Stéphane Bergeron, et le whip, Marjolain Dufour.

Les résistants

Pierre Karl Péladeau a su rallier cinq députés (Nicole Léger, Pascal Bérubé — respectivement qualifiés de « chef de la congrégation de la doctrine de la foi [péquiste] » et de « “goon” de PKP » par de mauvaises langues au sein de la députation du PQ —, Harold Lebel, Maka Kotto et Dave Turcotte). Bernard Drainville a également accueilli cinq élus dans son camp jusqu’à ce jour (Guy Leclerc, Alain Therrien, Sylvain Roy, Mathieu Traversy et Carole Poirier). Alexandre Cloutier compte quant à lui sur l’appui de deux collègues (Gaétan Lelièvre et Véronique Hivon). De leur côté, Martine Ouellet et Pierre Céré sont toujours en quête d’appuis au sein du caucus.

La pression s’accroît sur la poignée de résistants, et tout particulièrement sur les anciens ministres Sylvain Gaudreault, Nicolas Marceau et François Gendron. « Je cherche encore », dit l’ex-superministre des Affaires municipales et des Transports à la veille du Conseil national du PQ, samedi et dimanche à Laval. Malgré les appels de plus en plus insistants des prétendants à la succession de Pauline Marois, il « n’exclu[t] pas de rester neutre » même si, convient-il, « la neutralité est l’antithèse de la politique ».

Sylvain Gaudreault reproche poliment aux médias de faire une « couverture élitiste » de la campagne à la chefferie en accordant une importance disproportionnée, selon lui, à l’appui de « soi-disant détenteurs de la vérité » au sein du mouvement indépendantiste. Plutôt que de faire un tapage de chacune des sorties de l’ex-chef d’Option nationale, Jean-Martin Aussant, les médias devraient « aller voir les comtés où il y a le plus de membres et de financement ». « C’est ça, la vraie “game” », soutient-il. L’appui d’un député « envoie tout un message » aux membres en règle du PQ, qui choisiront le prochain chef du PQ en mai.

Une autre indécise, la députée de Taillon, Diane Lamarre, a été appelée par plusieurs candidats à « apporter un éclairage sur le système de santé ». L’ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec se préoccupait davantage d’arracher des amendements au projet de loi 10 que de la course à la direction du PQ. « Je ne sens pas de pression », avance-t-elle.

L’argent

Financièrement parlant, les candidats ne sont pas sur un pied d’égalité. Pierre Karl Péladeau est le champion toute catégorie en la matière, amassant en une seule soirée quatre fois plus d’argent que les 30 000 $ récoltés par Bernard Drainville — don moyen de moins de 100 $ — depuis l’annonce de sa candidature. « On appelle nos amis. On appelle notre famille, popa, moman, les mononcles, les matantes. […] Là, je commence à appeler les amis à qui je n’ai pas parlé depuis un bout », explique l’ancien ministre. « Je ne pense pas que c’est l’argent qui va faire la différence dans cette course-là », plutôt la force des idées et du leadership des candidats, ajoute-t-il toutefois.

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, poursuit « des objectifs [de financement] un peu plus modestes ». Pour lui, pas de cocktail de financement au Musée d’art contemporain à 500 $ le billet. Néanmoins, l’argent joue un rôle de premier plan dans cette campagne, estime-t-il. « Inévitablement, les moyens financiers, c’est un outil pour promouvoir les candidatures. »