Harper a écarté la Caisse de dépôt

Ottawa annoncera son choix du consortium retenu à la fin du mois d’avril.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ottawa annoncera son choix du consortium retenu à la fin du mois d’avril.

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) souhaitait ardemment devenir partenaire d’un consortium québécois appelé à présenter une offre pour la construction du nouveau pont Champlain, mais le premier ministre Stephen Harper s’y est fermement opposé.

Au cours d’une rencontre avec Stephen Harper le 3 décembre 2013, la première ministre Pauline Marois a évoqué la possibilité que la Caisse, qui jouit d’une solide expertise en matière de financement d’infrastructures, puisse faire partie, à titre d’actionnaire, d’un des consortiums choisis pour présenter une proposition en vue de la construction du nouveau pont. Selon diverses sources, le premier ministre canadien a répondu par une fin de non-recevoir, exprimant sa répugnance à traiter avec un gouvernement séparatiste ainsi que sa préoccupation à l’égard de la corruption que la commission Charbonneau, qui battait son plein, débusquait.

Cette rencontre au sommet, sollicitée par Pauline Marois, s’est avérée houleuse. Stephen Harper a réitéré que l’instauration d’un péage sur le nouveau pont Champlain était inévitable. De son côté, le gouvernement Marois a proposé de créer un bureau de projet conjoint, une proposition qu’Ottawa a rejetée par la suite. « Ce qu’il est important de rappeler, c’est qu’il s’agit d’un pont de compétence fédérale », avait déclaré le ministre fédéral des Infrastructures et des Collectivités, Denis Lebel, au sortir de la rencontre.

Au cabinet de Stephen Harper, on n’a pas voulu commenter la teneur de cette rencontre. « Je ne suis pas en mesure de commenter sur le contenu de rencontres qui sont privées », indique dans un courriel l’attaché de presse du premier ministre canadien, Carl Vallée.

Le processus de sélection du consortium « suit son cours normal », a-t-on souligné au cabinet de Denis Lebel, qui a décliné la demande d’entrevue du Devoir. « Il s’agit d’un processus mené par des fonctionnaires indépendants, sans ingérence politique », écrit dans un courriel son attaché de presse, Vincent Rabault.

En février 2012, le président de la Caisse, Michael Sabia exprimait le vif intérêt de l’institution pour la construction du pont Champlain. « J’aimerais par-dessus tout participer à l’un des consortiums qui soumissionnent à la reconstruction du pont Champlain. Ça serait un beau projet non seulement pour nos investisseurs, mais ça serait une contribution inestimable à l’économie du Québec en général », avait-il déclaré en conférence de presse.

Depuis 1999, la CDPQ a investi, en tant qu’actionnaire de consortiums, 10 milliards dans des projets d’infrastructures d’une valeur de 90 milliards, dont cinq projets de transport, notamment le train léger de Vancouver et l’autoroute 407 à péage dans la région de Toronto. En outre, en vertu de l’entente intervenue avec le gouvernement du Québec en janvier, la Caisse procédera à des analyses afin d’exploiter le SLR (système léger sur rail) du pont Champlain et le train de l’ouest de l’île de Montréal, deux infrastructures qui ne relèvent pas d’Ottawa.

La CDPQ n’a pas renoncé à investir dans le nouveau pont fédéral ; ce ne sera toutefois pas comme actionnaire, mais à titre de détenteur d’obligations, une fois le projet bien lancé. « L’idée de ne pas être parmi les soumissionnaires aujourd’hui n’enlève rien à l’intérêt de la Caisse dans le projet », a affirmé le porte-parole de la Caisse, Jean-Benoît Houde.

Or, comme actionnaire de consortiums en infrastructures, l’institution a dégagé un rendement de 17 % ces dernières années alors qu’elle peut s’attendre à réaliser un rendement de l’ordre de 3 % ou 4 % avec des obligations du futur pont Champlain. « Évidemment, tu fais ton argent quand tu es actionnaire. Quand tu prends les risques des dépassements de coûts et [de la projection] de l’achalandage, c’est là où est le levier », a expliqué au Devoir Michel Nadeau, un ancien vice-président de la Caisse, maintenant directeur général de l’Institut sur la gouvernance.

Trois consortiums invités

Le gouvernement fédéral a invité trois consortiums à lui présenter leurs propositions, soit le Groupe Signature sur le Saint-Laurent, dirigé par SNC-Lavalin, Saint-Laurent Alliance, mené par la filiale torontoise de la société américaine Kiewit, et, enfin, le Partenariat Nouveau pont Saint-Laurent, réuni par la société espagnole OHL et dans lequel figure Dessau. SNC-Lavalin et Dessau sont deux firmes d’ingénieurs sur lesquelles ont pesé de lourds soupçons.

À Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC), on signale que tous les membres des consortiums doivent respecter le « cadre d’intégrité » du ministère, c’est-à-dire que ces entreprises, tout comme les membres actifs de leur conseil d’administration ou ceux de leurs affiliés, ne doivent pas avoir été condamnées, ou encore avoir reconnu leur culpabilité, relativement à une série d’infractions comme la fraude, la collusion, la corruption et le trucage d’offres au cours des dix dernières années. Toutes les entreprises et leur conseil d’administration « ont été trouvés libres de toute condamnation » à cet égard, a confirmé TPSGC.

Cependant, un consortium deviendrait automatiquement inadmissible si l’une de ses entreprises ou si l’un des membres de son conseil d’administration « plaidait ou était reconnu coupable d’une de ces infractions, et ce, même dans l’éventualité où une absolution conditionnelle ou inconditionnelle serait accordée », a-t-on précisé.

Les consortiums doivent remettre leurs propositions techniques au plus tard le 11 février prochain et leurs propositions financières au plus tard le 1er avril. Le gouvernement fédéral annoncera son choix à la fin avril.

45 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 3 février 2015 00 h 52

    Quel culot

    Ce n'est pas rien, «Selon diverses sources, le premier ministre canadien a répondu par une fin de non-recevoir, exprimant sa répugnance à traiter avec un gouvernement séparatiste...». Allo!

    Et puis « Ce qu’il est important de rappeler, c’est qu’il s’agit d’un pont de compétence fédérale », avait déclaré le ministre fédéral des Infrastructures et des Collectivités, Denis Lebel, au sortir de la rencontre...»

    Après tout le fiel versé sur la tête de Pauline Marois, on apprends que finalement elle voyait plus loin que le bout du nez de ces cuistres auquels s'ajoute le premier ministre actuel, un Couillard à genoux devant le fédéral.

    Elle, elle avait les intérêts du Québec et des Québécois à coeur. Elle, elle voulait que l'argent des québécois profite aux québécois, dans la construction d'une infrastructure majeure. Parce qu'en bout de ligne l'argent qui servira à payer son érection à ce pont, bien elle sortira de la poche des Québécois.

    Et il y a encore des gens qui ne se rendent pas compte que tout ce que fait de mieux le fédéral, c'est de mépriser les Québécois. On est libre de pensée bien sûr. Mais quand on ne pense pas comme eux, on se fait cracher au visage. Ces événements en sont une preuve accablante.

    On se réveille et on se prend en main ou bien on continue de se trainer à genux devant ces politiciens de bas étage?

    Tenez-vous bien après votre pinceau messieurs Harper et Lebel, ça se pourrait qu'on enlève l'échelle...

    • Marie-Claude Delisle - Inscrit 3 février 2015 09 h 33

      Et que les Québécois paient seuls un pont qui est une voie de commerce international est déjà très injuste. Harper parle d'un pont local pour nous refiler la facture. Il refuse qu'on nous devenions actionnaires plutôt que sinples usagers, apprend-on ici.
      Il faut lire le court article de Jacques C. Martin et Jean-Jacques Nantel dans l'Action Nationale pour comprendre à quel point on se fait avoir. «Qui doit défrayer pour le coût de construction du nouveau pont Champlain ?»

      Et puisqu'on ne peut compter sur le gouvernement Couillard, il faudra sans doute se battre dans la rue pour se réapproprier le pont aussi !

    • Claude Lemaire - Inscrit 3 février 2015 16 h 42

      Et que dire de M. Couillard qui affirmait "Avoir une haine viscérale pour les partisans du PQ" lors d'un débat des chefs...

      shttp://www.ledevoir.com/politique/quebec/401846/ph

      Ne doit-il pas servir la totalité de ces concitoyens?

    • Claude Lemaire - Inscrit 3 février 2015 16 h 51

      Et que dire de M. Couillard qui clamait, au débat des chefs, " sa haine viscérale des partisans à la souveraineté " ?

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/401846/ph

      M. Couillard ne doit-il pas servir tous ces concitoyens ou seulement 50% de ceux-ci ?

  • François Ricard - Inscrit 3 février 2015 04 h 58

    Péage injuste pour les Québécois

    Ce pont, à cause de la voie maritime, coûte beaucoup plus cher qu'un simple pont.
    Nous contribuons déjà, par nos impôts fédéraux, à la construction de ce pont. Et là, on nous impose un péage pour défrayer les coûts addirionnels occasionnés par la voie maritime qui appauvrit Montréal et assure la prospérité de Toronto.
    Où sont nos vaillants défenseurs ? Que fait la "vague orange" en ce dossier?
    Que fait le PQ, QS devant cette injustice?

    • Hélène Paulette - Abonnée 3 février 2015 09 h 09

      Je pense, monsieur Ricard, que Pauline Marois a fait son possible... Relisez l'article.

    • Carole Dionne - Inscrite 3 février 2015 09 h 24

      Pas trop fort, François.

      "À cuse de la voie maritinme". À qui appartient le pont de 3-Rivières et le pont de Québec? " Pis nos impots que l'on paie". Oui, tous les canadiens paient des impôts. C'est le seul ont fédéral qui ne relie pas soit deux provinces, soit deux pays.

    • François Ricard - Inscrit 3 février 2015 12 h 10

      Mme Paulette,
      Ma remarque s'adresse à ceux qui sont là actuellement.
      À ceux qui sont en poste, aussi bien à Québec qu'à Ottawa.
      Que fait M. Mulcair pour défendre nos intérêts?
      Que font les candidats à la chefferie du PQ?

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 3 février 2015 13 h 32

      M. Ricard..Avez-vous proposé à Harper d'acheter la vieille structure et de construire vous-même un pont provincial payé par QC???Je suis sûre que Harper l'aurait vendu pas cher...

      Donc, cette structure reste de juridiction fédérale...

      J'entends les hauts cris quand le Fédéral empiète sur une des juridiction provinciale...

      Deux poids, deux mesure?

  • Richard Bérubé - Inscrit 3 février 2015 06 h 43

    Maintenant que le gouvernement du Québec est libéral!

    Peut-être que Saint-Laurent Alliance de Toronto est déjè choisi, et regardez bien ou s'en va John Baird (blague???). Harper n'a pas le droit de refuser la participation de la CDPQ qui est le bas de laine des québecois dont la majorité sont fédéralistes ou du moins pas séparatistes...il y a une très grosse anquille sous roche ici. Vous savez tous que Dessau et SNC Lavallin seront éventuellement accusés de fraude dans la foullée de la Commission Charbonneau, et Kiewit est très bien implantée au Québec la même socièté qui accomplira l'Échangeur Turcot....d'après moi Stephen Harper aurait été un bon invité si la Commission Charbonneau avait été permanente, mais rappellons-nous que c'est l'Ontario qui par son vote avait permis aux conservateurs du P.M. Harper de prendre le pouvoir de façon majoritaire....mais il y a encore espoir, car si le gouvernement Harper est défait au prochain scrutin, le nouveau gouvernement au pouvoir pourrait bien cancellé tout le processus déjà accomplit et tout recommencer....mais ce n'est pas avec nos
    bouffons québecois au pouvoir à Ottawa qu'on sera favorisé d'une quelconque manière dans ces projets d'envergure...

    • François Ricard - Inscrit 3 février 2015 09 h 16

      À Ottawa, c'est peine perdue.
      Minoritaire: 78 contre 260.
      Rien à espérer.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 3 février 2015 13 h 38

      M. Ricard..Il est encote temps! Achetez le vieux pont Champlain et vous pourrez faire ce que vous voulez avec....Vous pourrez décider: Péage ou pas péage..Tablier mobile ou pas...Train léger ou pas..Hauteur désirée.. etc...

      Et ce sera un pont que le nouveau pays n'aura pas à acheter du Fédéral lors de future négociations...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 février 2015 06 h 45

    Au cabinet

    Intéressant à lire. Surtout quand on fait des rapprochements, comme ceux-ci :
    La première ministre Pauline Marois a évoqué la possibilité que la Caisse puisse faire partie, à titre d’actionnaire, d’un des consortiums choisis. Le premier ministre Stephen Harper s’y est fermement opposé. Et le processus de sélection du consortium « suit son cours normal », a-t-on souligné au cabinet de Denis Lebel, « Il s’agit d’un processus mené par des fonctionnaires indépendants, sans ingérence politique », écrit dans un courriel son attaché de presse, Vincent Rabault.
    Ma question est : Comment peut-on affirmer que le processus se fait «sans ingérence politique» si M. Harper refuse, «Lui-même», tout de go la participation de la Caisse ?
    Autre question : Maintenant que le gouvernement à Québec n'est plus séparatiste, reviendra-t'il sur sa position ? Tout en respectant la «non ingérence politique».

    Ensuite : À Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC), on signale que tous les membres des consortiums doivent respecter le « cadre d’intégrité » du ministère. On dénote la préoccupation à l’égard de la corruption que la commission Charbonneau démontre. Et les trois consortiums en lisse ont comme partenaires : SNC-Lavalin et Dessau, deux firmes d’ingénieurs sur lesquelles ont pesé de lourds soupçons. Les consortiums doivent remettre leurs propositions financières au plus tard le 1er avril.
    Autre question : Cherche-t'on à battre de vitesse la cours de justice québécoise devant qui SNC-Lavalin et Dessau sont en procès afin de leurs accorder le contrat avant la fin des procédures ?

    Y a matière à réflexion, trouvez pas ? Un journaliste consciencieux ne pourrait-il pas y jeter un p'tit coup d'oeil ? Je suis loin d'être un journaliste et pourtant, juste à cette lecture, j'y vois des énormités énormes, même en laissant de côté mon cynisme naturel. Je ne me sers que de ma capacité de perception.

    PL

    • Hélène Paulette - Abonnée 3 février 2015 09 h 12

      En effet, monsieur Lefebvre, si on lit bien on relève plusieurs incohérences... Merci LeDevoir.

    • Guay Pierre - Inscrit 3 février 2015 10 h 16

      Bien dit, malheureusement ces questions risques de rester sans réponses. La loi du silence encore une fois. Couilard et ses bandits ne diront rien car ils sont les principaux responsables de la collusion avec les firmes dessau et snc lavallin. Le graissage de porter au CUSUM, les passes droit etc. Dessau vendu etc etc. Et l'opposition des libereux et la vague orange elle, ou est t'elle. De laisser la caisse investir dans ce pont est pour harper un cauchemar a venir car ce pont est au Quebec et il sait très bien que la souveraineté et les séparatistes ne sont pas une histoire du passé et que l'histoire risque de

    • Guay Pierre - Inscrit 3 février 2015 10 h 17

      De se répéter!

  • Patrick Daganaud - Abonné 3 février 2015 06 h 49

    De quel droit?

    Sa Majesté Stephen Harper dicte, décrète, ordonne.
    Je lui suggère de devenir Reine du Canada.
    La monarchie lui sied bien.
    La démocratie, il ne connaît pas.

    Et puis, ça lui permettra de continuer d'engraisser sa ploutocratie.
    Et de nous rire en pleine face en nous considérant comme des demeurés...

    • Carole Dionne - Inscrite 3 février 2015 09 h 26

      Qui paie le pont?


      Depuis quand une partie paie et Lautre construit selon ses goûts? je n'aime pas Harper mais il faut lui donner ce qu'il a.

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 février 2015 12 h 30

      Qui paie le pont? Le consortium qui va le construire et qui va se faire rembourser (et plus) par les usagers, principalement de la région de Montréal. Le gouvernement fédéral n'y mettra pas un sou.